Situation dans le Village

Tout n’est pas rose, mais tout n’est pas noir non plus !

André-Constantin Passiour
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Dans notre dernier numéro, nous faisions état du ras-le-bol de certains citoyens et résidants du Village gai quant à la vente de drogue de plus en plus présente dans le quartier et tout ce que cela peut entraîner. On relatait aussi l’intimidation dont sont victimes plusieurs personnes, surtout en ce qui a trait au parc Serge-Garant (métro Beaudry). Les cris du cœur de gens comme Ghislain Rousseau, Daniel Vaudrin et, tout récemment, du DJ Alain Jackinsky ont fait couler beaucoup d’encre et d’activités sur les réseaux sociaux. Nous avions requis, aussi, l’opinion du commandant du poste de quartier 22 (PDQ) du SPVM, Vincent Richer. Comme si cela ne suffisait pas, cela s’est doublé de la fermeture du Drugstore et de Priape (qui a rouvert une semaine plus tard), entre autres. Il n’y a pas à dire, les citoyens sont de plus en plus inquiets sur l’avenir du Village. Face à tout cela, certains se demandent pourquoi la Société de développement commercial du Village (SDC) n’intervient pas ? Mais que peut-elle faire en réalité ? Plusieurs facteurs dépassent complètement les compétences d’une telle organisation…

« Les cris du cœur des gens concernant le Village nous prouvent que cela les touche au plus profond d’eux-mêmes, sans doute parce que le sentiment d’appartenance est beaucoup plus fort ici qu’ailleurs à Montréal. Donc, on voit la problématique de manière plus particulière. Il y a également des problèmes d’itinérance, de vente de drogues et de violence sur le boulevard Saint-Laurent, dans le Vieux-Montréal et même sur la rue Saint-Denis, mais on n’en parle presque pas. Ici on le dit parce qu’on y tient à notre Village.», dit Bernard Plante, le directeur général de la SDC du Village.

Si plusieurs interpellent la SDC, comme s’il s’agissait d’un croisement entre le Maire de Montréal et la Police, celle-ci est pourtant bien démunie face aux problèmes sociaux, même si ceux-ci sont bien présents sur son territoire depuis fort longtemps, sans doute même bien avant que le Village s’installe dans le Centre-Sud. «Les SDC sont des groupes de pression qui réunissent les commerçants d’un secteur donné dans le but d’améliorer le développement commercial, elles n’ont aucun autre pouvoir que celui de représentation», explique Denis Brossard, le président du conseil d’administration de la SDC du Village et copropriétaire du Cabaret Mado. « C’est malheureusement le cas, le législateur n’a donné aucun pouvoir aux SDC dans la loi provinciale qui les concernent, autre que celui de représentation», seconde Bernard Plante.

« À la SDC du Village, nous allons déjà au-delà du mandat d’une SDC traditionnelle. Que ce soit avec la police ou les 12 884 groupes communautaires qui oeuvrent dans le quartier, continue avec une pointe d’humour M. Brossard. Nos agents de liaison, Jean-François Robillard et Cyrille, font du très bon travail en lien avec l’itinérance, notamment. Mais on oublie trop souvent, également, que le Village s’est constitué dans ce qu’on appelait autrefois le “Centre-Sud”, soit le quartier le plus défavorisé au Canada. Et cela s’est amélioré, mais on ne peut pas faire exception de ce fait… »

La SDC demandera la permission à l’Arrondissement Ville-Marie d’ajouter de l’éclairage dans les 2 parcs du Village (Serge-Garant et de l’Espoir), dans le but d’améliorer la sécurité dans ces 2 endroits très sombres. Une partie des projecteurs utilisés durant l’été, pour éclairer le plafond de boules roses, pourraient ainsi augmenter considérablement l’éclairage de ces deux parcs publics durant la période hivernale.

Les critiques et les commentaires ont fusé sur les réseaux sociaux. « Je suis un partisan de ce que disait John F. Kennedy : “Ne demandez pas ce que le pays peut faire pour vous, mais plutôt ce que vous pouvez faire pour votre pays”. La critique est facile, mais il faut faire œuvre d’utilité, il nous faut une réelle implication citoyenne, une véritable association des résidants du Village. Si eux interviennent auprès des politiciens, des élus, auprès des conseils de quartier, auprès de la police, on va les prendre plus au sérieux parce qu’ils habitent le quartier et qu’ils ne sont pas des commerçants, des “méchants capitalistes”. Trop souvent, il est difficile de s’attaquer à la vente de drogues et certains groupes refusent de collaborer avec les marchands et ne se coordonnent pas non plus entre eux », indique Denis Brossard.

Il n’y a pas de solution miracle, constate M. Brossard. Le tout passe par la discussion, la négociation, le dialogue constructif entre tous les groupes. « Mais il faut aussi que les gens comprennent que les membres du conseil d’administration de la SDC sont des commerçants bénévoles, nous ne sommes pas payés pour les rencontres avec les groupes, la police, etc. Nous nous occupons de nos commerces déjà. Nous faisons tout cela de manière bénévole parce que nous y croyons. La permanence de la SDC n’est constituée que de 2 personnes qui sont loin de chômer. Depuis l’an dernier, grâce à une subvention de l’Arrondissement Ville-Marie, deux nouveaux employés (Intervenants de liaison) sont à temps plein sur ce dossier. Nous avons donc doublé le staff de la SDC et 50% va exclusivement en sécurité et médiation sociale... une première pour une SDC! »

Hausse des loyers

La clé dans la porte du Drugstore a fait prendre conscience aux gens de la fragilité de certains commerces, mais aussi du nouveau phénomène de l’augmentation du prix de location des espaces commerciaux. Encore là, si l’on vise la SDC, il n’y a rien qu’elle puisse faire puisque celle-ci repré-sente les commerçants et non les propriétaires d’édifices commerciaux. Il faut noter que la majorité des commerçants sont locataires et ne possèdent pas l’édifice ou le local dans lequel ils ont pignon sur rue.
« C’est un cercle vicieux, estime Bernard Plante. D’un côté, on s’organise pour créer de l’achalandage, pour augmenter l’offre aux visiteurs, mais, de l’autre côté, si les propriétaires voient que les commerces sont pleins, ils ont tendance à vouloir un plus gros morceau du gâteau et augmentent les loyers, sans aucun contrôle contrairement aux baux résidentiels. »

Denis Brossard, quant à lui, se désole de cette nouvelle tendance dangereuse pour ce secteur de la ville. « Est-ce qu’on veut un Dix30 avec des Boules roses ?» s’interroge-t-il. «Qui peut payer des loyers exorbitants, à part les grandes chaînes ? Est-ce que c’est cela qu’on veut ? Les commerces ferment non pas parce qu’il n’y a pas d’achalandage, mais bien à cause de l’augmentation des loyers et ça, on ne peut que le constater nous aussi, sans ne rien pouvoir faire d’autre que de sensibiliser les propriétaires, car rien ne les empêche d’accroître les loyers comme bon leur semble… » C’est à espérer que les quelques propriétaires d’édifices commerciaux, et il n’y en a que quelques-uns dans le Village, puissent entendre de telles doléances… ou encore que le gouvernement provincial commence à penser à une législation s’inspirant de la Régie du logement pour les propriétaires d’édifices commerciaux trop gourmands.

Du positif

«Mais, dans le département des bonnes nouvelles, car oui, il y en a si on prend la peine de regarder attentivement, il y a le resto St-Hubert qui rénove. Il ferme pour des rénovations, c’est un investissement majeur pour le secteur. Alors que le St-Hubert a fermé en face du Théâtre St-Denis, ici, on procède à des travaux subs-tantiels d’amélioration. C’est une bonne chose. Cela fait sept ans et demi que je suis à la SDC et cela faisait sept ans et demi que l’édifice au coin de Wolfe [et Sainte-Catherine] était à l’abandon et, finalement, on est en train de le terminer et c’est beau. De plus, il l’annoncera lui-même, mais il y a un autre commerçant phare du Village qui va déménager bientôt, mais toujours dans le Village, dans un local plus vaste et moins cher. Donc, sur le lot, il y a de bonnes nouvelles, il n’y a pas que des fermetures comme certains pourraient le penser. Sans oublier Ghislain Rousseau, propriétaire du « Fétiche Armada, qui avait annoncé qu’il n’habiterait plus le Village, eh bien après avoir évalué les pour et les contres, il vient juste d’acheter un condo... dans le Village!», de commenter Bernard Plante.