Mado est au Boutte - Quoi, elle voyage encore la chienne?

Viva la vida!

Mado Lamotte
Commentaires
Photo prise par © Robert Laliberté

Je ne sais pas pourquoi, mais à chaque fois que j’atterris dans un aéroport, je me surprends à fredonner Tourne la page de René et Nathalie. Que voulez-vous, on est quétaine ou on l’est trop! Dans ce cas-ci c’est plutôt Viva Espana que j’aurais dû chanter en débarquant à l’aéroport de Barcelone.


Pas aussitôt le pied à terre que j’ai une soudaine envie de danser le flamenco avec un beau bronzé au regard pénétrant. À la place je vais valser entre les piles de valises qu’un groupe d’Allemands laissent trainer au beau milieu du chemin comme si l’aéroport leur appartenait. Hum, pas étonnant qu’on les appelle les Américains d’Europe. Je suis sensée rejoindre ma chum, la Beaulieu, mais elle semble avoir fait un détour par le sauna ou les backrooms car je cherche et je ne trouve pas.

Oh mais qu’aperçois-je au loin trainant deux valises, trois sacs et une sacoche Diesel avec un iPhone à la main ( encore sur Scruff ! ) ? « Te v’là toé! Coudon, arrives-tu de passer un an en Inde ou ben tu prévois t’ouvrir une boutique à Montréal? » C’est quoi tout ce stock-là? Moi qui pensais être la reine du magasinage en voyage, en v’là une qui pourrait donner des cours. Mais pas le temps de niaser la bonne femme, ramasse tes poches de lavage, on a un train à prendre pour Sitges, la Mecque des moumounes d’outre-Atlantique.

Ah fabuleuse Sitges, j’y passerai une semaine merveilleuse de pur bonheur à profiter du soleil, de la plage, des bons tapas et des beaux espa-gnols. Fin septembre c’est le moment idéal, c’est un peu hors saison, il y a encore de l’action, les restos ne sont pas pleins et on ne se marche pas sur les gougounes, comme en plein mois de juillet, en prenant un verre dans la rue en face de El Horno et de La Villa. Mais ça ne nous a pas empêché de partir su’l party, surtout la Beaulieu (elle est barbue et on était en fin de Bear Week, c’est tout un avantage). C’est pas mêlant, on était là 7 jours et la moitié de la ville la saluait par son prénom le 2e jour. A chaque « Holà chica » qu’elle récoltait moi je pestais contre tous les poilus de ce monde qui ne daignaient accorder un seul regard de sympathie à la pauvre imberbe que je suis. Il s’en est fallu de peu que je sorte avec un rasoir pour éliminer la compétition car on sait que chez les gais, l’indice de popula-rité se mesure au nombre de poils au pouce carré. Et je suis très mal placée pour m’en plaindre car je suis la première à me gârocher la face dans le buffet quand je me ramasse avec un gorille dans mon lit.

Mais on ne va pas à Sitges seulement pour s’envoyer en l’air avec des Cro-Magnon, on y va aussi pour la plage, surtout la nudiste, pour les tapas, surtout ceux de la Picara, pour le vin, surtout la bouteille à 3 euros vendue à l’épicerie et pour les belles rencontres, surtout la gentille Patricia, une drag queen d’un âge certain, qui vend des bonbons, des toutous et toutes sortes de cossins inutiles sur la rue du Parrots où se donne en spectacle la gorgeuse Lady Diamond, une autre drag queen d’un âge plus qu’incertain venue directement d’Angleterre pour divertir la plèbe touristique.

Ouais ben, force est de constater qu’elles ne sont plus très jeunes les drags queens locales. Quand c’est rendu que tu ne sais plus si ce sont ses seins ou ses genoux qui dépassent de sa robe, tu te dis qu’elle a surement commencé à faire du spectacle avant la première guerre mondiale ou à la cour de la reine Victoria ! A bien y penser, c’est ici que je devrais prendre ma retraite, car du haut de mes éternels 29 ans et avec mes allures de déesse italienne tout droit sortie d’un film de Fellini, je deviendrais vite la star des nuits de Sitges où des masses de badauds se bousculeraient à mes pieds pour venir applaudir mon talent. Applause, applause, applause !

Mais que nenni, je serai toujours l’éternelle Canadienne en vacances venue du froid pays de Céline Dion. Ceux qui voyagent savent très bien de quoi je parle. On ne s’en sortira donc jamais du frette et de l’ombre de la diva de Charlemagne? C’est immanquable, dès que je dis que je viens de Montréal, on me ressert le même cliché, over and over : « Ah vous êtes canadienne, comme Céline! ». Hey le chorizo pas circoncis, ça va faire les comparaisons avec les chanteuses de casino. Pis arrêtez de dire que chu Canadienne bâtard, chu Québécoise, bout d’viarge!

Non mais quand est-ce que le monde va finir par comprendre qu’une canadienne c’est un manteau de laine avec des boutons de bois ou ben une grosse rougeaude au cheveux beige qui met du Cheeze Whiz sur ses céleris! Je commence à comprendre les Français qui doivent être ben tannés de se faire traiter de « maudits Français » à gauche pis à droite dès qu’ils osent critiquer quoique ce soit. Pas étonnant que j’aie autant d’affinités avec eux et que je me sente si bien en terre française. D’ailleurs, c’est en France, plus précisément à Montpellier et aux alentours, que je terminerai mon voyage, pour une autre semaine de pur bonheur, ah dolce vita que tu es bonne avec moi. Mais je ne quitterai pas l’Espagne sans visiter la célèbre maison Torrès qui fait certains des vins les plus réputés d’Espagne et qui me rappelle que les vins espagnols sont à l’image de leurs hommes; suaves, costauds, goûteux et longs en bou-che! Merci ami sommelier Olivier pour la suggestion.

Et pour terminer en beauté mon escapade catalane, rien de tel qu’une razzia de magasinage à Barcelone, ne serait-ce que pour mettre la Beaulieu au défi de ne pas acheter une huitième paire de chaussures chez Adidas et un treizième jeans chez Desigual. Défi relevé plutôt deux fois qu’une, je pars pour la France la tête tranquille en me disant que je ne suis pas si pire que ça avec mon nouveau sac de hockey rempli de trouvailles incroya-bles et de guenilles de luxe qui feront pâlir d’envie les copines du cabaret. Ah mes chéris, je sais pourquoi j’aime autant la France. Que de beautés, que de splendeurs, que de paysages à couper le souffle, que de couleurs locales à découvrir et que d’arabes beaux à croquer le shish taouk! J’ai encore passé une semaine de pur enchantement dans une région que je connaissais un tout petit peu, le Languedoc, et qui va vite rejoindre mon palmarès des plus beaux endroits de France.

J’ai été de nouveau emballée par cette ville enivrante, merci Montpellier, j’ai fait de grandioses découvertes, merci les grottes de Clamouse, je fus émerveillée par un autre miracle de la nature, merci le Cirque de Navacelles, j’ai été charmée par un beau petit village si sympathique, merci St-Guilhem-le-désert, j’ai participé à une fête votive dans une ambiance complètement déjantée, merci Aigues-Mortes, j’ai voyagé au Moyen-Âge, au temps des Templiers, merci village de la Couvertoirade, j’ai marché dans les rues abandonnées d’un village fantôme, merci Celles, je me suis baignée dans des eaux argileuses, merci lac du Salagou, j’ai fait la rencontre de deux êtres absolument adorables, merci mes nouveaux amis Serge et Jean-Bruno du magazine LOM, j’ai revu l’homme le plus gentil et le plus sexy de tout l’Hexagone, merci Thomas de Lyon et finalement, j’ai réalisé un rêve que je chéris depuis tant d’années, merci Mylène pour ce spectacle époustouflant.

Ah mes enfants, je ne sais pas si je suis fortunée de vivre tous ces moments de félicité, mais une chose est sûre, si on dit qu’on bâtit son propre destin, moi le mien n’a pas fini de s’extasier devant les splendeurs de mère nature, les merveilles réalisées par l’être humain et par les moments passés en agréable compagnie. Et tant pis si ça sonne quétaine de dire ça, mais y’a tellement de monde qui voit la vie en gris et le verre à moitié vide, moi ça fait longtemps que j’ai décidé de voir la vie en rose et quand mon verre commence à se vider, ben c’est pas compliqué, je le remplis cibole! Viva la vida ! Joyeux Automne mes poussins!