Aires Libres 2013

Un bilan positif pour la 6e édition

André-Constantin Passiour
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Du 16 mai au 2 septembre, on a eu droit, encore cette année, à la piétonnisation de la rue Sainte-Catherine, entre Saint-Hubert et Papineau. Mais bon, l’été est terminé et les beaux jours de chaleur aussi… Alors quel bilan peut-on tirer de cette édition 2013 de l’événement «Aires Libres» ? Puis, il y a eu ce pavé dans la marre causé par le journaliste Luc Boulanger remettant en question l’existence d’un Village gai à Montréal, une sorte de coup de semonce qui a fait jaser sur les terrasses qui, quoi qu’en dise M. Boulanger, étaient encore plus belles cette année… Plus que jamais, les Boules Roses de l’architecte paysagiste Claude Cormier et de son complice Yannick Roberge ont été la cible de milliers de clichés, de touristes autant que des «locaux» ! Une signature qui s’impose de plus en plus pour le Village…
L’effet Boulanger

Mais avant tout, débutons avec ce coup de tonnerre qui a choqué. Le 17 août en plein milieu de Fierté Montréal, Luc Boulanger publiait une chronique dans le quotidien La Presse intitulée «A-t-on (encore) besoin d’un Village gai ?» Il n’en fallait pas plus pour mettre le feu aux poudres. Steve Foster, directeur général du Conseil québécois LGBT, Éric Pineault, le président de Fierté Montréal, et Denis Brossard, le président du conseil d’administration de la Société de développement commercial du Village (SDC) réagissent vigoureusement et prennent position de manière claire en faveur du Village. Beaucoup de citoyens, dont de nombreuses personnes LGBT, s’en offusquent, également sur les réseaux sociaux. «D’un certain point de vue, cela a eu du bon, confie M. Brossard. On a vu un bel appui au Village et aux actions de sa SDC. On a constaté l’attachement. Ce fut un effet positif. Ensuite, cela nous a fait prendre conscience aussi du besoin d’explications sur ce que nous faisons. Aires Libres existe depuis 6 ans maintenant, mais cela fait trois ans que nous avons pris une orientation vers l’art public avec les Boules Roses, entre autres. Donc, nous sommes sur la bonne voie, mais je me rends compte qu’il nous faut l’expliquer, la publiciser. Nous savons, par exemple, que les Boules Roses ont remporté des prix ainsi que l’installation Trous de mémoire. Mais peu de gens sont au courant, cela reste dans un certain cercle intéressé au design. Peut-être devra-t-on faire des interventions avec des pancartes en indiquant les prix et les mentions accolées à chacune de ces installations artistiques ? On verra comment le faire de manière à ce que l’information circule.»

Et en effet, en octobre 2012, lors de la première remise des prix de Mission Design, appelés «Facteur D», l’architecte paysagiste Claude Cormier et la SDC du Village remportent un prix pour les Boules Roses dans la catégorie «Architecture de paysage». «C’était un prix très prestigieux en matière de design et l’on vient d’obtenir une distinction de Communication Arts, un prestigieux magazine de design basé en Californie et distribué à travers le monde, dans la catégorie «Design environnemental», pour « Trous de mémoire » de Louis Gagnon [de l’agence Paprika], à l’Aire Banque Nationale. Donc, il y a des prix à ces manifestations culturelles, c’est fantastique. Cela marque le Village, cela le distingue, l’enrichit, mais c’est donc notre travail de diffuser cette information», de souligner M. Brossard.

La tangente culturelle

«Le bon coup de cette année a certainement été de recourir aux services de la Commissaire en art publique, Marie-Ève Beaupré qui nous a ouvert une porte sur tout un monde artistique, poursuit Denis Brossard. Il y a eu le succès de l’habillage de l’édicule de la station de métro Beaudry, une très belle œuvre de Dominique Pétrin et de son équipe. Aucun graffiti n’est venu entacher cette création, Dominique a passé du temps à expliquer sa démarche aux jeunes qui occupent le secteur et ils ont respecté son œuvre.» Dominique Pétrin a, également, égayé les 2 façades de la Banque Nationale de Place Dupuis. Le seul bémol fut les balcons de l’édifice du sauna L’Oasis, coin Plessis. Les toiles de papier sérigraphiées de Dominique n’ont jamais pu coller correctement au béton des balcons très mal en point et dont la surface se désagrégeait lors de l’installation. «Oui, c’est une déception, mais cela nous a appris beaucoup sur la technique d’installation. Il faudra tenter l’expérience à nouveau, mais en employant une autre méthode plus pratique ou une autre surface en meilleur état», estime M. Brossard.

«Trous de mémoire», dans le terrain vague sur Sainte-Catherine, entre Amherst et Wolfe s’est fait, également, abondamment photographié et visité de jour comme de nuit. «Ça aussi, c’est un beau succès», croit Denis Brossard qui est, cependant, surpris du nombre de gens qui y ont rajouté des commentaires, des états d’âme, etc. «Mais le concepteur Louis Gagnon, paraît-il, s’attendait à ce que les gens se l’approprient en écrivant sur les toiles.» Pour l’an prochain, la SDC oeuvrera avec le département des Arts de l’UQAM en vue de créer un concours auprès des étudiants pour «habiller» l’installation « Trous de mémoire », donc proposer un autre visuel tout en gardant la même structure.

«J’ai constaté une amélioration de la présentation des terrasses, poursuit le président du conseil d’administration de la SDC. Cela crée un environnement de qualité. Je suis heureux de voir que certains propriétaires ont compris que la piétonnisation était là pour rester et ont décidé d’investir dans le mobilier et le décor car cela est plus chaleureux pour la clientèle. Évidemment, il n’a pas fait très beau cet été ce qui fait qu’on n’a pas pu en profiter suffisamment, mais on ne contrôle pas la température…»

Et côté sécurité alors ?

Il semblerait qu’il y ait eu moins d’incidents cette année que par les précédentes saisons. «Les deux Intervenants de liaison de la SDC, Samira et Jean-François, y sont pour beaucoup je crois, précise Denis Brossard. Cela a aidé à calmer les choses parce qu’ils entrent en contact avec la clientèle itinérante et s’impliquent s’il y a un incident. C’est une bonne initiative de la SDC, rendue possible grâce à une subvention de l’arrondissement Ville-Marie qui nous soutient depuis les tout débuts d’Aires Libres.» Car, oui, on ne peut s’empêcher d’en parler de cet épineux sujet de la sécurité et de la présence d’itinérants et de revendeurs de drogues dans le secteur, souvent assez visibles…

«L’occupation de la Place Émilie-Gamelin par le Partenariat du Quartier des spectacles a des conséquences positives sur l’environnement immédiat du lieu et sur la clientèle itinérante qui le fréquentent. Mais c’est un problème de tout le centre-ville et non pas uniquement du Village. Il nous faut continuer à faire des pressions afin que les personnes fragi-les, souffrant souvent de problèmes de santé mentale et de consommation de drogues puissent recevoir l’aide dont elles ont besoin, d’une part. D’autre part, on se doit aussi de continuer les pressions sur la police afin qu’il y ait un meilleur contrôle de la criminalité et de la vente de drogues qui se fait à ciel ouvert, tout le monde la voit, la constate, elle n’est même pas cachée», commente le président du conseil d’administration de la SDC du Village.

Pour l’an prochain, oui, les Boules Roses, en version «4.0», seront de retour ainsi qu’une période de piétonnisation similaire couvrant de 108 à 110 jours environ et le retour de la portion entre Berri et St-Hubert, qui avait été coupée cet été et l’été dernier. Donc la 7e édition d’Aires Libres se tiendra entre Berri et Papineau.

 
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Anciens commentaires

  • Les boules Roses pour une 4e année! Non, vraiment!?? Je peux comprendre que ça plaise aux touristes, mais pour nous montréalais, on les a assez vues. Le Village ne se renouvelle pas. Cette stagnation est très dangereuse pour son avenir. Publié le 11/10/2013
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  • Les boules Roses pour une 4e année! Non, vraiment!?? Je peux comprendre que ça plaise aux touristes, mais pour nous montréalais, on les a assez vues. Le Village ne se renouvelle pas. Cette stagnation est très dangereuse pour son avenir. Publié le 11/10/2013