Pour en finir avec le mythe

Nathalie Paquette
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Au cours des dernières semaines nous avons eu le privilège… ainsi que la bénédiction de Dame Nature… de pouvoir participer à une panoplie d’activités tant à la Fierté Montréal qu’à la Fête Arc-en-Ciel de Québec. Le GRIS-Mauricie/Centre-du-Québec dont je suis la directrice générale a eu le plaisir de tenir un kiosque représentant notre orga-nisme ainsi que nos services offerts sur notre territoire. Pour nous, c’était l’occasion de se faire connaître davantage de la population et de créer des liens avec les différents participants et instigateurs de ces deux évènements. Pourquoi participer à ces évènements alors que nous ne sommes pas de la région me direz-vous? Pour une raison toute simple! La visibilité.

Notre but premier était de montrer aux gens que nous sommes bien présents pour eux et pour leurs connaissances qui habitent sur notre territoire et qui se sentent seul au monde. Plusieurs visiteurs ont dit connaître quelqu’un qui habite sur notre territoire et pour qui la découverte de notre organisme sera grandement bénéfique.

Ce qui m’amène à mon sujet principal! Les fameuses «régions». Que vous habitiez Montréal, Québec, Victoriaville, Trois-Rivières, Sherbrooke, Gaspé ou Amos la définition du mot homosexuel, bisexuel, transexuel, transgenre ou intersexe reste la même dans le dictionnaire. La seule et unique chose qui vous différencie est votre lieu de résidence. Point à la ligne!

Je me fais poser régulièrement «LA» fameu-se question : Est-ce que la diversité sexuelle est plus difficile à vivre en Région que dans les Grands Centres? Je suis native de Drummond-ville. À 17 ans je suis partie étudier à Montréal pour finalement en revenir qu’au bout de 16 ans.

Est-ce que les gens me regardaient comme si je venais d’une autre planète? Parfois oui! Car en 1996 l’homosexualité n’était pas aussi ouvertement acceptée qu’aujourd’hui. Par contre je me suis toujours tenue debout très droite avec ma différence et j’ai toujours mis en avant plan non pas mon orientation sexuelle mais ce que je suis comme femme… une maman, une femme autonome, authentique, qui a un énorme sens de l’humour et un cœur grand comme la terre. C’est ce que je voulais que les gens voient de moi! Et c’est ça qu’ils ont vu!

Ça fait plus de 8 ans que je suis de retour dans ma région et honnêtement, après avoir vécu les deux réalités je m’interroge le fameux mythe : est-ce vrai que c’est plus difficile en régions que dans les grands centres? Non! C’est tout simplement différent!

Je demeure la même femme qui a décidé d’attacher ses bretelles à ses pantalons et de se tenir debout devant l’adversité. Les gens ne me regardent pas bizarrement et je ne me sens pas persécutée.?Cela dit, je vis comme n’importe quel couple et famille. Je ne me permets pas de faire ce que n’importe qui ne ferait pas faire. Je n’embrasse pas ma conjointe allègrement dans un parc public et je m’attends à la même chose de n’importe quel couple, gai ou hétérosexuel. On se tient la main en se baladant en couple ou avec son fils comme n’importe quelle famille et les gens sont très polis et agréables avec nous. Tout est une question de respect de soi et des autres à mon avis.

La chose que je constate par contre est que «généralement» en région les gens sont physiquement plus près de leur famille. Souvent nos parents, frères/sœurs, cousins/cousines, oncles/tantes habitent tous à proximité. Les gens sont donc plus réticent à dévoiler leur orientation sexuelle, non pas par peur de représailles personnelles, mais par peur du jugement qui pourrait être porté envers leur famille.

Malheureusement il y a encore de l’intimidation dans les écoles, au travail, dans les bars et la rue. Des jeunes hommes (majoritairement) se font agresser physiquement à cause de leur présumée orientation sexuelle. Mais que ce soit n’importe où, des situations comme celles-ci arrivent.

En région, la population étant moindre, lorsqu’un acte comme celui-ci se produit on en parle. Je peux vous affirmer que dans toutes les grandes villes du Québec des incidents de ce type surviennent. Par contre, dans une ville de 2 millions d’habitants le risque qu’on en parle est infiniment plus petit que dans une ville de 65 000 habitants.

On ne se le cachera pas, la société a encore besoin d’évoluer. Il fut un temps où les gens quittaient les régions pour aller vivre leur homosexualité dans les grands centres alors pas surprenant que les Régions semblent accuser un retard en ce qui attrait à l’acceptation de la diversité sexuelle.

La différence majeure entre les grands centres et les régions demeure le nombre de ressources disponibles. Et c’est là notre véritable problème! Les gens vivent de l’isolement car ils n’ont pas d’endroits où se référer. Ils n’ont pas de ressources, de bars, de regroupement ni d’associations.
Parfois il y a un organisme, comme le nôtre, qui fait tout pour tenter de pallier à ces manques en offrant le plus de services possibles avec le, trop souvent, maigre budget alloué pour le faire. Mais ça demeure largement insuffisant!

Ce qu’il faudrait aujourd’hui c’est que les acteurs d’influences de toutes les Régions se mobilisent et se concertent afin que cesse ces injustices et que les personnes de la diversité sexuelle puissent vivre leur vie sans peur de représailles pour eux ou ceux qu’ils aiment, peu importe d’où ils viennent.

Nathalie Paquette, du GRIS-Mauricie/Centre-du-Québec