Jean Chaîney sort de son studio

Le piano aux « Boules » !

André-Constantin Passiour
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Eh oui, la piétonnisation de la rue Sainte-Catherine Est est terminée et les « Boules Roses » de l’architecte-paysagiste Claude Cormier ont repris le chemin de l’entrepôt. Mais, quelle surprise, près de l’édicule du métro Beaudry, à l’entrée du parc Serge-Garant, vous avez peut-être vu l’artiste Jean Chaîney donner des couleurs au piano public installé là depuis la réouverture de ce lieu, il y a quelques semaines? Les fameuses sphères rosacées s’y retrouvent ainsi peintes en diverses teintes. Un rappel de ce qui n’est plus et de la prochaine saison peut-être… Rencontré le 5 septembre, ça faisait déjà une dizaine de jours que Jean Chaîney s’appliquait à ce piano. Bon, il y a eu quelques journées orageuses et pluvieuses qui ont stoppé les élans de ce créateur. Accompagné de son acolyte, le poète et artiste Simon DuPlessis, Chaîney, patiemment, passionnément serait-on tenté de dire, travaille et retravaille les espaces sur ce « tableau-piano », un petit plus d’ombre et de gris par ici, un peu plus de rose par là… Ainsi de suite. « Il y a eu plusieurs étapes. Jean a d’abord peint le piano en blanc, puis a ajouté les couleurs, il y a eu les nuages et, enfin, les boules. Il y a beaucoup de détails », d’expliquer Simon DuPlessis.



Jean Chaîney sort ici de sa zone de confort pour deux raisons. « Je n’aime pas travailler en dehors de chez moi parce que, dans mon atelier, j’ai tout l’équipement nécessaire, je peux tourner une toile, etc. Donc, je peux contrôler tout ou presque. De plus, ce ne sont pas les conditions idéales pour peindre, nous sommes à l’extérieur, il y a la température, la pluie, etc. Ensuite, normalement, je peins à l’huile, mais ici je dois le faire à l’acrylique et je ne suis pas habitué, ce n’est pas facile », souligne Jean Chaîney de manière calme en restant toujours concentré sur son œuvre.

Artiste peintre et photographe, les œuvres de Jean Chaîney sont reconnaissables par leur hyperréalisme et par le souci minutieux du détail alors que rien n’est laissé au hasard de son pinceau… Voilà plus de 37 ans que Jean Chaîney s’exerce à sa passion. Il a exposé à la Galerie D au printemps dernier, une collection qu’il avait intitulée Climax, une série de tableaux aux accents orageux, mais toujours avec cette grande poésie qu’on lui connaît. En 2011, Chaîney exposait sa collection Entre chien et loup à la galerie Zéphyr, également sur Amherst. Entre ses expositions, on peut le voir au Festival international Montréal en arts (FIMA).



La genèse du piano
Vous allez me dire : mais qu’est-ce qui fait que Jean Chaîney se retrouve pratiquement dans la rue à peindre un piano? L’installation du piano en libre-service dans le Parc Serge-Garant est une initiative de la Direction de la culture de l’arrondissement Ville-Marie et de sa très dynamique chef de division, Maryse Bouchard. Aussitôt les rénovations du parc terminées, le piano a été installé pour le plus grand plaisir des amoureux de ce merveilleux instrument qui a la particularité d’adoucir les mœurs.

De plus, l’installation du piano venait avec une somme d’argent de l’arrondissement pour faire peindre le piano par un artiste choisi par la SDC. « Je me suis fait plaisir et j’ai demandé à l’artiste de grand talent Jean Chaîney de le peindre, en lui donnant carte blanche », de dire Bernard Plante, directeur général de la Société de développement commercial du Village (SDC). Ce piano quittera le parc à la fin septembre pour être cédé gracieusement à un organisme communautaire du Village.

«Cela fait différent d’être dans un parc ainsi. C’est aussi tout un défi parce que ce n’est pas une toile. Mais si je n’avais pas accepté l’offre de la SDC, je l’aurais probablement regretté», avoue en souriant timidement un réservé et calme Jean Chaîney.

Il faut se hâter d’aller voir le piano puisqu’il disparaît de l’endroit le 29 septembre prochain!



Photos : Richard Traversy