Solidairement vôtre!

Une ouverture… papale ?

Steve Foster
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À titre de directeur général du Conseil québécois LGBT, c’est avec étonnement, d’une part, et, je dois l’admettre, un certain espoir, de l’autre, que j’ai accueilli les propos du pape François lors de son retour vers Rome après les Journées mondiales de la jeunesse catholique de Rio. Ce n’est pas parce que je suis catholique, mais lorsque j’ai entendu le pontife dire que «Si une personne est gaie et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour juger?», je me suis mis à croire à une prémisse d’ouverture envers nous, croyants ou non. Mais je dois admettre aussi que je me suis demandé si cette ouverture signifiait une réelle volonté d’égalité et d’inclusion pour les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transsexuelles (LGBT) au sein de l’Église. Cette ouverture, si elle est réelle, est d’autant plus importante pour nombre de personnes LGBT d’allégeance catholique qui espèrent depuis des décennies cet appel à la non-discrimination et à l’acceptation de qui ils et elles sont.

Toutefois, nous pouvons imaginer qu’il sera difficile pour beaucoup d’entre eux de témoigner une confiance envers cette Église tant et aussi longtemps que les propos ne se concrétiseront pas par une action réelle à notre égard, d’autant plus que l’histoire nous incite à une certaine réserve, voire une méfiance, envers cette Église qui nous stigmatise depuis si longtemps.

En effet, nous devons nous rappeler que les prédécesseurs de François ont toujours condamné le fait que deux personnes de même sexe puissent s’aimer, vouloir partager leur vie et avoir des relations sexuelles. D’ailleurs, en 1961, le pape Jean XXIII bannissait les homosexuels de la prêtrise en disant que « accéder aux vœux d’ordination sacerdotale devrait être interdit à ceux qui sont affligés de mauvaises tendances vers l'homosexualité ou la pédérastie, car pour eux, la vie en commun et le sacerdoce les exposeraient à de graves tentations .... Ils ne sont pas aptes à la vie religieuse. »*

Il faut donc se demander ce que signifie pour le pape François l’ « intégration » ou encore le fait d’ « avoir un comportement acceptable ». Est-ce que derrière ces mots se cachent des définitions qui font de l’abstinence pour les homosexuels la seule alternative viable à leur intégration? Là est toute la question. Car l’acceptation des personnes LGBT passe par le fait d’accepter toutes les facettes de leurs vies, incluant celle d’avoir les mêmes droits que les couples hétérosexuels, y compris le droit d’avoir des enfants et de se marier s’ils le souhaitent. Sans cette acceptation pleine et entière de la part des leaders spirituels et politiques, nous nous retrouvons avec des situations comme celle que l’on voit actuellement en Russie, où nous sommes humiliés, battus, torturés, voire assassinés par les Poutine de ce monde sous le regard approbateur de la milice, des clergés et des gouvernements, juste parce que nous sommes qui nous sommes et demandons les mêmes droits.

Et d’ailleurs, vouloir avoir le droit d’exister, avoir le droit à notre intégrité et à notre dignité, réclamer les mêmes droits que tout le monde n’est pas un luxe ou un caprice de notre part. Et n’en déplaise à Sa Sainteté, le fait de militer pour les obtenir ne fait pas de moi et de mes semblables des lobbyistes. Défendre les droits de la personne, l’égalité de chaque individu n’est pas une question d’intérêt, mais bien une question de justice.

Le message central du Christ est « Aimez-vous les uns les autres ». Celles et ceux qui, comme vous et moi, tentent un tant soit peu d’améliorer la vie des personnes LGBT ne sont pas des lobbyistes, nous sommes des humanistes qui tentent, à leur façon, de mettre en application ce leitmotiv. Viendrait-il à l’esprit du pape de dire que les hommes et les femmes qui militent en faveur des droits des femmes ou des peuples autochtones, par exemple, sont un lobby néfaste à son Église et à notre monde? Alors pourquoi notre militantisme serait-il pour sa part si mauvais? D’autant plus qu’il n’y a pas de profit à notre action, seulement le désir de voir chacun s’épanouir en toute dignité.

Il est donc important que François comprenne que les personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles et transsexuelles ont le droit non seulement d’être intégrées, comme il le dit, mais elles ont aussi et surtout le droit d’être égales en tous points aux autres êtres humains. Et militer pour l’égalité des droits de la personne, y compris les nôtres, est aussi de son devoir. Ainsi il témoignerait par l’action de sa réelle intention de nous « intégrer »!