Célébrations de la Fierté

Pas sans la sensibilisation au VIH

André-Constantin Passiour
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En feuilletant le programme souvenir officiel de Fierté Montréal, vous tomberez sur une page encourageant la prévention des ITSS (Infections transmissibles par le sexe et par le sang) y compris le VIH. L’artiste multidisciplinaire, commissaire et organisa-trice Kat Coric ainsi que le Dr Réjean Thomas, le président et cofondateur de la Clinique médicale l’Actuel, nous invitent ainsi à «Penser santé». Trop souvent, festivités du Gay Pride riment avec partys, rencontres d’un soir, peut-être même partenaires multiples, toutes des occasions plaisantes d’avoir du sexe… Et pourquoi pas… Mais on peut aussi, facilement, perdre la tête… Mais pourquoi est-ce encore important aujourd'hui, alors qu'il y a plein d'informations existantes, de rappeler l'importance de la prévention surtout en lien avec de telles festivités ? «La prévention demeure ce qu'il y a de plus important. Le vieil adage «Mieux vaut prévenir que guérir» est toujours vrai. Malgré les grandes avancées dans les traitements contre le VIH, il n’en demeure pas moins que cette maladie reste une maladie grave qui aura d'importantes conséquences physi-ques et psychologiques chez les patients. Le VIH, contrairement au cancer, demeure très stigmatisé et les gens en souffrent beaucoup. Nous devons utiliser toutes opportunités pour rappeler ce message», de répondre le Dr Thomas.

«C’est plus important que jamais de parler de la prévention au VIH parce qu’il n’y a pas encore un remède et tant qu’il n’y en aura pas, il y aura de nouvelles infections et des gens vivant avec le VIH et, donc, il faudra faire circuler l’information. Il faut justement parler du VIH aux séronégatifs et pas uniquement aux personnes séropositives parce qu’il y a beaucoup de stigmatisation envers ces personnes et il faut faire tomber ces barrières. Comme le Dr Thomas et moi le mentionnons dans notre campagne «n’importe qui peut s’infecter». J’aimerais que l’on propage un message d’acceptation envers les séropositifs et que l’on juge moins», de renchérir Kat Coric.

Quelle est la chose la plus importante à dire à des «party goers» pour les sécuriser face au VIH et aux ITSS ? «Il est important de rappeler aux gens qui ont de nombreux partenaires sexuels de se faire dépister pour les ITSS plus d’une fois par an. La majorité des ITSS n'ont pas toujours de symptômes comme la syphylis, la gonorhée ou chlamydia à la gorge ou à l'anus et même l'hépatite C qui est en éclosion a Montréal surtout chez les hommes gais séropositifs. Il est important de rappeler aux personnes infectées par le VIH qui ont une charge virale indétectable que même si le risque de transmission du VIH est faible, cela n'empêche pas de contracter une ITSS ce qui peut nuire à leur système immunitaire. De plus, entre 15 et 20 % des hommes gais à Montréal sont séropositifs et ne le savent pas. Alors aujourd'hui, en 2013, «Mieux vaut le savoir» pour sa propre santé et celle des autres», explique ce médecin spécialiste du VIH.

Mais est-ce que l’on a laissé de côté ce sujet parce qu’on ne voulait pas mélanger la Fierté, les party et le VIH alors qu’auparavant tout était relié ? «Je ne crois pas, poursuit Kat Coric. Lorsqu’on prend en considération de grands événements ici et aux Etats-Unis, la prévention est encore présente. Par exemple, cette année, lors du Pier Dance de la Fierté de New York, produite par Heritage of Pride, j’ai accroché les affiches de prévention que j’ai réalisée pour la Fondation BBCM en 1999. Cela fera la 14e année d’affilée que des affiches d’une campagne canadienne sont les bienvenues à un événement américain. Et je suis très fière de cette campagne qui avait été coréalisée par Charles Henri. Les affiches traitent de la réduction des méfaits et de s’amuser de façon sécuritaire et mettent en garde contre les dangers que représentent certaines drogues associées aux partys […] Je sais que les gens aiment ces affiches parce qu’elles sont toujours subtilisées par les fêtards…»

«Je crois que le moment était venu pour moi de m’impliquer plus dans la prévention et la santé en lien avec la communauté LGBT. C’est une cause qui m’est très chère et je le ferai volontiers tant que le besoin se fera sentir. Je sais que ce n’est qu’un petit geste, mais j’espère que le plus de gens possible liront nos suggestions sur la santé et la prévention», de terminer Kat Coric qui a donc signé cet avis de santé avec le Dr Réjean Thomas… Souhaitons que les festivaliers y prêteront attention pour leur propre bien être…