Rencontre avec Linda Farha

Un appel à la mobilisation de la communauté gaie

André-Constantin Passiour
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Le dimanche 29 septembre se tiendra la 21e marche de la Fondation Farha qui vient en aide aux associations VIH-sida du Québec. Mais cette année est spéciale : on franchit le cap des deux décennies de la disparition de Ron Farha, l’instigateur, le fondateur de Ça Marche. Ron Farha lui-même n’a jamais participé à la marche à laquelle il tenait tant. Il a été emporté par le sida qui, à ce moment-là, dans les années 1990, ne pardonnait pas… La mort était inéluctable pour la plupart des gens qui en étaient atteints. Ron Farha, même souffrant, luttait de toutes ses forces pour les gens qui étaient, comme lui, malades. Il voulait amasser des fonds pour aider les personnes atteintes, pour qu’elles puissent recevoir les meilleurs soins et ne pas mourir seules, abandonnées, comme cela était trop souvent le cas. Il voulait, surtout, que l’on puisse trouver un remède… En 2013, on attend toujours, hélas…

L’entrevue avec Linda Farha a été réa-lisée le 12 juillet, soit à la date anniversaire du décès de Ron Farha, son frère, il y a 20 ans jour pour jour. «Nous pensons à lui chaque jour. Nous voulions souli-gner de manière spéciale cette journée-là en contactant les médias, mais malheu-reusement, avec les événements que l’on connaît [la tragédie de Lac-Mégantic], nous comprenons que les médias ne soient pas disponibles pour discuter de ça aujourd’hui, a indiqué Linda Farha, une des organisatrices de la marche. C’est sûr que c’est une journée triste, de continuer Linda Farha. Avec Evelynn [sa mère] et Caroline [la directrice de la Fondation], on parle tout le temps de la Fondation, on voit la photo de Ron, il est toujours présent dans nos pensées, il était tellement dédié à cette cause, et ce qui est encore plus triste et fou, c’est qu’il n’a jamais pu faire la marche… »

Ron Farha a donc quitté cette terre le 12 juillet 1993 avec l’espoir qu’un jour le VIH-sida puisse être éradiqué… La marche lui a ainsi survécu. «Je me mets à penser des fois à ce que Ron ferait s’il était encore vivant, de quelle manière, avec les médias sociaux, il communiquerait avec les gens, comment il passerait le message, parce qu’il avait cette habileté à transmettre le message. Il suffisait d’une seule rencontre avec lui et il réussissait à toucher les gens», explique Mme Farha.

Linda Farha se remémore cette première marche que Ron n’a pas connue. «Il y a eu environ 8 000 personnes la première année, puis 18 000 l’année suivante et 30 000 en 1995. Les gens marchaient parce qu’ils connaissaient des gens qui étaient décédés ou des amis malades, continue Mme Farha. Les gens de la communauté gaie étaient plus sensibilisés à l’époque. Maintenant, Ça Marche attire maintenant à peine 3 000 à 4 000 personnes. Je crois qu’aujourd’hui, les gens ont peur de marcher parce qu’ils se disent que s’ils y vont, les gens vont croire qu’ils sont séropositifs. Donc, d’un côté je crois qu’il y a une forme de discrimination envers les séropositifs, mais d’un autre côté, je comprends qu’on ne puisse pas demander que les gens, les gais, s’engagent autant qu’avant, parce qu’ils l’ont fait pendant tellement d’années. Mais ce serait important que la communauté gaie s’implique à nouveau, s’investisse dans cette marche, d’autant plus qu’elle traverse le Village. »

Depuis la mort de Ron, les amis et membres de la famille, dont Evelynn qui avait repris le flambeau, ont fait si bien fonctionner la fondation que celle-ci a distribué près de 9 M$ à 76 organismes à travers le Québec, des programmes et services tels que éducation, nourriture et logement (aux séropositifs), ainsi que prévention. Mais si Ron Farha était en vie, il verrait que, malheureusement, il n’y a pas encore de vaccin et de cure et, deuxièmement, qu’il y a bien du pain sur la planche pour que la population soit bien informée. En effet, selon une recherche canadienne, plus de la moitié des élèves de quinze ans croient qu’il existe un remède au VIH-sida.

« Il nous faut donc continuer la lutte et informer les jeunes, parce qu’il n’y a pas de cours d’éducation [sexuelle] dans les écoles, et ils pensent que l’on peut guérir du VIH alors que ce n’est pas le cas! Les jeunes peuvent donc s’infecter. Il faut nous aider à créer un momentum, à mieux informer le public, à inciter les gens à marcher et à amasser des fonds, parce que chaque dollar compte», note Linda Farha. Et, pour ceux qui se le demandent, oui, on trouvera le moyen de souligner de manière particulière la mémoire de Ron Farha…