Elle

L’été, c’est full gai

Mado Lamotte
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Pas déjà la fin juillet? Je capote, on embarque dans la deuxième moitié de l’été et comme d’habitude j’ai l’impression d’être en train de passer à côté de quelque chose. Je sens que je vais me réveiller le premier jour de septembre sans avoir rien fait d’autre que travailler, travailler et encore travailler. Même si ma job c’est comme l’été à longueur d’année, ça me prend un peu de divertissement populaire qui me sort de ma routine des 3 B : bitcher, boire et baiser. Mais avec le temps de crotte qu’on a eu en mai et juin, j’me demande ben si on peut appeler cette saison-là l’été. Qu’est-ce que j’ai à me plaindre? Au moment où j’écris ces lignes, on est en pleine canicule.

En plus, chus encore bronzée comme une Linda qui revient de Cuba. Ça doit bien vouloir dire qu’on a eu quelques heures de soleil icitte et là. Pas le temps de me plaindre, il me reste un tout petit mois pour faire tout ce que je me suis promis de faire cet été.

Donc si je n’ai pas le temps de faire le tour des Cantons-de-l’Est à vélo comme j’avais prévu, ben j’irai admirer la faune locale sur la piste cyclable du canal Lachine. Et à défaut d’aller me geler les ovaires dans les eaux glaciales de Provincetown, ben j’irai nager dans la pisse de p’tits morveux à la plage Jean-Drapeau.

Et comme ce ne sont pas les festivals et activités de toutes sortes qui manquent à Montréal pendant l’été, je devrais trouver facilement chaussure à mon pied d’athlète! Hum, j’ai déjà manqué les Francofolies, la Drag Race du Fringe Festival (maudite bitch de mère nature qui a fait pleuvoir toute la journée sur la plus drôle journée drag queen de l’année!) et le Festival de Jazz (pour une fois que j’avais une plogue, cossé t’avais d’affaire à annuler, Aretha Franklin!!). Et il reste quelques jours au festival Juste pour Rire, mais chu pas sûre que j’ai envie de me taper une autre parade de jumeaux : « Regarde maman, les deux jumeaux habillés avec des linges à vaisselle qui jouent du tamtam! » « Ben non ma chérie, c’est pas des jumeaux, c’est des krishnas! »

Donc qu’est-ce qu’il reste à faire? Les Mosaïcultures? Hum, ça pourrait être exotique. J’ai jamais baisé derrière un buisson en forme de tortue ninja. Le festival Fantasia? Non, chu le genre à avoir peur de mon voisin qui tond son gazon en bobettes dans sa cour, ça fait que très peu pour moi les fontaines de sang qui giclent de la tête d’une grand-mère zombie coréenne. Le Piknik électronique? Autant j’étais fan finie il y a quelques années, aujourd’hui j’ai pus l’âge de danser en gougounes entourée de jeunes corps tous plus fermes que le mien sur de la musique de casseroles.

Cherche encore, ma noire, tu vas ben trouver quelque chose pour te divertir. Si j’étais pas blasée par tout ce qui s’appelle feux d’artifices, étincelles et pétards à mèche, je pourrais me joindre aux badauds sur le pont Jacques Cartier à faire des «oh!» et des «ah!» chaque fois qu’une grosse boule de couleurs éclate au-dessus de ma tête de clown. Mais voyez-vous, moi chu plutôt du genre à crier «oh!» et «ah!» quand j’me retrouve à genoux devant un gros pétard de 12 pouces. Et comme je ne suis pas une pitoune blonde à grosses boules qui n’est pas gênée d’exhiber à tous vents ses 36 double D achetés à rabais dans une clinique de Laval, vous ne me pognerez pas en train de me shaker le gras de cuisses pleines de cellulite dans une pataugeoire au Beach Club de Pointe-Calumet, pas plus que vous me verrez couchée à côté d’un douchebag en bermuda Ed Hardy sur la plage d’Oka.

Vous avez plus de chances de m’apercevoir sur mon balcon en jaquette Hello Kitty, effouerrée dans ma chaise en phentex tressé en train de lire des vieilles bandes-dessinées d’Archie et des photoromans italiens (non, non, les gars ont pas l’air gai du tout dans ces revues là!).

Et comme ça risque d’être les seules vacances que j’aurai le temps de prendre cet été, si vous me le permettez, je vais fermer les yeux deux minutes et m’imaginer sur la plage de Copacabana avec un beau Brésilien qui me fait des châteaux de sable entre les deux jambes : « Enwèye mon cochon, viens défoncer le château-fort à matante avec ton gros madrier! »

Ouen ben je sens que le seul festival que je vais
me taper cet été c’est encore la vente trottoir sur la Plaza Saint-Hubert! Ah! la joie d’acheter des
brassières en plein air entre un stand de blé d’Inde et des racks de robes de mariée! Des heures de plaisir!

Mais j’y pense tout d’un coup, où ai-je la tête, moé là? Je sais ce que je vais faire dans les prochaines semaines. Dans quelques jours à peine commence le mois le plus gai de l’année à Montréal.

À force de vivre dans une ville ouvertement gaie 365 jours par année, on finit par oublier qu’on a l’occasion d’être encore plus fiers deux fois plutôt qu’une entre Divers/Cité et Fierté Montréal. Ne me demandez pas par contre de vous dire quel évènement je préfère ou celui que je fréquenterai le plus, parce que je ne suis pas ici pour vous diriger d’un bord plus que de l’autre. L’idéal, je l’ai déjà dit et je le répète, serait que les deux évènements s’associent pour devenir une seule et grande fiesta gaie de renommée internationale, comme le mardi gras de Sydney par exemple.

Une chose est sûre, dans les deux semaines qui vont suivre, vous ne verrez pas traîner dans les rues du Village (et c’est pas moi qui va s’en plaindre) les Stupid Harper, Jeff Fillion et Cardinal Turcotte de ce monde.

Et comme si y’avait pas assez d’adorateurs de Priape et de disciples de Sapho à Montréal pour donner de l’urticaire aux membres de l’Agnus Dei et aux fidèles de François 1er, j’aurai la joie et l’allégresse de participer à une autre fierté gaie, la fête arc-en-ciel de Québec, où je me donnerai tout entière, comme la Vierge s’est offerte au Saint Esprit, en spectacle avec mes queens le dimanche 1er septembre sur la Place d’Youville.

Ouen ben y manquerait plus juste qu’ils orga-nisent une fin de semaine de fierté gaie au Camping Ste-Madeleine pour que mon mois d’août soit gai au complet. Emmenez-en des gay prides, des événements extraordinaires, des spectacles renversants, des partys étourdissants et des rencontres exceptionnelles entre gais, lesbiennes, bisexuels, transsexuelles et hétérosexuels de toutes couleurs et toutes saveurs venus célébrer en parfaite harmonie dans le respect absolu de chaque individu.

Ça doit être ça, le rêve de l’ONU, pis c’est nous autres qui le vit. Coooool! Maintenant vous vous demandez sûrement oussé que vous allez vous gârocher pendant ce beau mois d’août bourré d’activités des plus diverses? Au Camping Ste-Madeleine? C’est tentant, n’est-ce pas? Mais ça risque d’être un des seuls endroits dans un périmètre de 250 kilomètres exempt de tout signe de fifure.

Personnellement j’aurais bien aimé aller me brûler le fond de la tête dans les estrades du parc Jarry pendant la coupe Rogers pour aller admirer le beau p’tit cul de Rafael Nadal et les cuisses musclées de David Ferrer, mais comme y’a quelqu’un qui a eu la brillante idée de programmer ça en même temps qu’un de mes plus gros mois de travail de l’année, ben je devrai me contenter des quelques dizaines de milliers de fans en délire qui viendront tripper avec moi pendant Mascara et pendant mon set de DJ avant le Dream Académie dans le parc et tous les autres soirs dans mon cabaret.

Et bien sûr, malgré toute ma charge de travail, je me ferai un devoir de servir de guide touristique à ceux qui iront se perdre dans les sentiers du mont Royal et je me ferai un plaisir renouvelé soir après soir de faire office de prix de consolation à tous les touristes qui n’ont pas scoré au Stud ou à l’Apollon, et qui iront chercher un peu de saveur locale dans les couloirs sombres d’un sauna.

Qui a dit qu’on n’avait pas un bel été?