Les Mignons : l’amour, c’est la guerre!

Nietzsche on the beach

Frédéric Tremblay
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Photo prise par © Robert Laliberté

Il règne une ambiance fébrile dans l’appartement de Jonathan. C’est une toute petite chambre qu’il loue depuis deux ans pour être plus près de l’École nationale de théâtre; mais il suffit qu’il ait un invité pour qu’ils se marchent littéralement sur les pieds. À plus forte quand raison quand, en plus de cet invité, à savoir son copain Maxime qu’il a installé dans un coin,

il répand ses vêtements et autres accessoires partout dans la pièce. «Crème solaire, là… Rasoir… Sandales… Zarathoustra…» «Zarathoustra? demanda Maxime en haussant un sourcil. Comme dans Ainsi parlait Zarathoustra, de Nietzsche? C’est ce que tu appelles de la lecture légère?» «Je te raconterai un autre jour pourquoi j’aime tant ce livre, pour l’instant on est un peu pressés, les autres nous attendent, et Louise qui arrête pas de me texter – cette idée de mettre un cellulaire entre les mains d’une vieille pie, aussi! Mais oui, je le relis chaque été. Y’en a qui lisent Fifty Shades of Grey ou le roman policier de l’heure quand ils veulent se détendre, moi, j’ouvre Ainsi parlait Zarathoustra et je me sens enfin vraiment en vacances. Ça te va? » « Go for it! »

Louise n’avait au départ invité que Marc-André, mais elle a par la suite étendu sa générosité à tous les autres mignons. Avec des fonds insoupçonnés, elle leur paie tous le voyage à Miami. Ils se retrouvent chez elle pour prendre le taxi vers l’aéroport, puis quittent Montréal pour la Floride. Ils s’installent dans leur hôtel merveilleusement chic et se mettent aussitôt à visiter tout ce qu’ils peuvent. Le deuxième jour après leur arrivée, ils décident de se reposer sur la plage.On sort les lunettes soleil et les magazines à potins. Jonathan sort Ainsi parlait Zarathoustra. Maxime s’en moque gentiment : «Ah! c’est vrai, ton maudit livre plate.» Jonathan lève le nez et se met à lire. Quelques minutes plus tard, un Frisbee le frappe derrière la tête. «Non mais, regardez où… » Il laisse sa phrase en suspens en voyant celui qui vient récupérer l’objet. Le beau et grand Latino, parfaitement musclé, lui sourit de toutes ses dents. «I’m so sorry, oh God!...» Puis il voit son livre et reprend, dans un français teinté d’espagnol et d’anglais : «Excellent choix. C’est la première fois que tu le lis?» «Non, la dixième.» «Pour mettre au monde une étoile qui danse, il faut encore avoir en soi quelque chaos. » Jonathan est bouche bée. « Amen. Euh… Ainsi parlait Zarathoustra. » Le Latino éclate de rire et lui tend la main. « José Alvares, enchanté. » Il étend le geste à tout le groupe. «Si vous voulez venir jouer avec nous…» «Non, merci, ça ira», répond brusquement Maxime. «Moi, je veux bien!», s’exclame Louise. Quelques autres, intéressés soit par le sport, soit par José et ses amis, acceptent de se joindre à eux.

«Je vais y aller moi aussi, je crois bien», dit Jonathan. «Et ton Nietzsche, tu l’abandonnes comme ça?» «Il est mort depuis plus de cent ans, il peut attendre encore un peu.» «Tu le mangeais des yeux, avoue. Pas Nietzsche, le beau Latino, je veux dire.» «Il m’a cité une de mes phrases préférées. Ça me charme, que veux-tu!» «Va donc le rejoindre avec les autres, allez!» «Grand jaloux! T’avais juste à t’y intéresser avant qu’il le fasse! Viens donc avec nous!» Jonathan se lève et invite Maxime à le suivre. Mais il préfère continuer de bouder. Jonathan se joint aux autres et ils s’amusent tout l’après-midi sous le soleil. Les amis de José sont tous aussi beaux que lui et les mignons ne se gênent pas pour les admirer ouvertement. Ils repartent avec leurs numéros et la promesse de les revoir plus tard. Au souper, Jonathan reçoit un texto qui le fait sourire. «Et puis? », demande Maxime. «José m’invite à parler de surhomme en marchant sur la plage ce soir. Tu permets?» «Il veut plus parler d’un homme sur un autre, je pense! » Louise apprécie la blague et s’esclaffe. Jonathan fronce les sourcils. «Bonne soirée à vous.»

Quand Jonathan revient dans sa chambre ce soir, Maxime l’attend en souriant. «L’homme est une corde tendue entre la bête et le surhomme!» «Bien essayé, mais elle est trop facile.» Il se couche et s’endort presque aussitôt. Maxime, enragé, passe une partie de la nuit à lire le livre pour essayer de trouver une phrase moins évidente. Le lendemain ils retournent sur la plage, où ils retrouvent leurs beaux Latinos en train d’exhiber leurs corps parfaits en se baignant. Ce soir-là aussi, Jonathan retourne marcher avec José. Mais il ne revient pas dormir. Maxime passe la nuit à se faire toutes sortes de scénarios. Quand son copain rentre au matin , il explose. «Tu as couché avec lui! Et sans même faire l’effort de te cacher!» «Non, je n’ai pas couché avec lui. Il s’est essayé, mais je l’ai repoussé. C’est toi que j’aime, Max.» «Où tu étais, alors?» «Il m’a montré un très bel endroit. Une crique sur l’océan. C’est magnifique.» «Tu aurais pu m’avertir, non?» «J’ai oublié. On a beaucoup parlé, José et moi.» «Et on ne parle pas, nous?» «Oui, on parle. Mais de sujets, disons… différents.» Maxime n’avale pas la pilule. Pour Jonathan, tout est réglé. Au moment de faire ses bagages, il ne trouve plus son Ainsi parlait Zarathoustra. Il se retourne vers Maxime : «Tu me le remets? » Maxime a un sourire en coin. «Il est dans l’océan. Mais tu avais raison : c’est un bon livre, José est brillant… et la crique est splendide.»



 
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  • J'ai toujours lu et relu ces rubriques pour ne jamais rien n'y comprendre... est-ce normal? Publié le 31/07/2013
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