AIRES LIBRES 2013 : Entrevue avec Dominique Pétrin

Le Village : «Un quartier très coloré»

André-Constantin Passiour
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Si vous vous êtes promené dans le Village gai de Montréal récemment, vous vous êtes rendu compte que certains édifices avaient pris, disons, de la couleur! Dans le cadre d’Aires Libres 2013, le nom donné à la piétonisation culturelle de la rue Sainte-Catherine Est, on a fait appel à la créativité et à l’ingéniosité de l’artiste québécoise Dominique Pétrin. Afin que le Village prenne encore plus un aspect culturel et artistique, venant en appui aux désormais célébrissimes Boules Roses (de l’architecte paysagiste Claude Cormier), ces installations « street art » font partie de la thématique « Habiter sa couleur » d’Aires Libres 2013. Ainsi, par temps gris et maussade, ces coloris égayent – quel jeu de mots! – un peu nos vies et, lorsque le soleil brille, elles resplendissent de toute leur vivacité… La vitrine de la Banque Nationale, l’édicule de la station Beaudry et l’édifice du sauna Oasis (coin Plessis) ont été gratifiés de ces installations éphémères.

C’est, en effet, la tangente qu’a pris la Société de développement commercial (SDC) du Village que de faire de ce secteur voisin du centre-ville, un endroit d’exploration artistique orienté vers des interventions et des installations facilement repérables de la rue et qui enjolivent le Village. Pour ce faire, la SDC a recouru aux services de la commissaire en art public Marie-Ève Beaupré (lire la chronique du mois dernier), une experte en la matière au Québec. Voyant ce qu’elle avait déjà réalisé dans le passé, Mme Beaupré a choisi de recruter Dominique Pétrin, dont les concepts s’intègrent magnifiquement au projet d’Aires Libres…

Désirant en savoir plus sur le travail de Dominique Pétrin, nous avons réalisé une courte entrevue avec l’artiste afin qu’elle nous explique sa démarche dans ses propres mots.

Comment est venue pour vous la proposition de vous impliquer artistiquement dans le Village? Quel effet cela vous a-t-il fait?

J'ai été approchée au mois de février dernier par la commissaire Marie-Ève Beaupré pour participer à l'édition 2013 de Aires Libres en créant des installations éphémères dans le Village. J'ai été immédiatement emballée à l'idée de travailler dans le Village, ce quartier étant très coloré et vivant. Mon travail est déjà en soi coloré, vif et mordant; je savais donc que je pourrais me permettre beaucoup d'humour et d'audace dans ce quartier.

Qu'est-ce qui vous a inspiré pour ces créations, en particulier sur l'édicule du métro Beaudry, l'édifice au-dessus de l'Oasis ainsi que la façade de la Banque Nationale à la Place Dupuis?

Pour l'édifice au-dessus de l'Oasis, on m'a proposé de recouvrir les surfaces bétonnées des balcons. J'ai donc voulu recréer un ensemble de drapeaux, certains réels et d'autres fictifs, représentant une communauté dans sa diversité. En nommant cet édifice House of Xtravaganza, j'ai voulu faire référence au mouvement vogue à New York, où les gens, à travers leurs mouvements de danse, exprimaient leur différence et leur fierté. Pour l'édicule du métro Beaudry, j'ai pris inspiration des motifs utilisés dans les stations de métro de Montréal en poussant la répétition et en multipliant les jeux optiques rappelant les enseignes de bars et de cabarets. La station de métro Beaudry étant la porte d'entrée principale du Village, j'ai voulu que lorsqu'on sort de la station de métro, on ressente la couleur unique du quartier. La façade de la Banque Nationale est dans cette même continuité, en y ajoutant des aspects ludiques.

On ne peut pas faire plus urbain que ces installations. Quel message voulez-vous suggérer aux passants, aux visiteurs, aux résidents du quartier?

J'ai vraiment voulu souligner la diversité, la liberté et la frivolité du quartier en réalisant ces installations dans le Village. Mes installations ne portent pas de message en tant que tel, mais se veulent un reflet du quartier et des gens qui y habitent. J'ai aussi pensé à tous ces gens qui viennent de partout à travers le monde pour visiter le Village.Dans un sens plus large, j'ai voulu y illustrer la couleur de Montréal, une ville ouverte, tolérante et accueillante.

Quelle est la différence entre ce projet et les autres que vous avez réalisés jusqu'à présent, comme celui du bar rock Katacombes sur Ontario et Saint-Laurent l'an dernier, par exemple?

J'ai vraiment beaucoup orienté le projet en fonction du quartier, en le faisant répondre d'une manière esthétique et ludique. Tout au long du montage, j'ai eu l'occasion de rencontrer des personnes extraordinaires qui donnent vraiment une couleur particulière au Village. C'est un quartier rempli de personnages incroyables et de toutes sortes de gens qui cohabitent harmonieusement. Toute mon équipe de montage a vécu une expérience dont on se rappellera toute notre vie.

En tant qu'artiste, qu'est-ce qui vous inspire en général?

Je suis inspirée par l'histoire de l'ornementation, la musique, le cinéma de Bollywood [le cinéma indien], les peintres plasticiens, le Op art et la culture populaire.

Est-ce que ce n'est pas difficile, pour un artiste, de créer une œuvre dont on sait qu’elle va être « éphémère », et dont il va falloir se séparer par la suite?

Non. J'ai l'habitude de me détacher de mon travail. J'aime l'idée que mon travail existe durant un laps de temps donné et qu'il disparaisse ensuite. Ces installations, lorsqu'elles sont à l'extérieur, s'usent avec le temps. Elles n'existent ensuite que dans le souvenir d'une expérience vécue.


« La SDC du Village tient à remercier ses différents partenaires dans ce projet vivifiant de l’artiste Dominique Pétrin. Merci à Peter Sergakis, à la STM, à la Banque Nationale, à l’Arrondissement Ville-Marie, à Marie-Ève Beaupré, sans oublier la magnifique Dominique Pétrin et son équipe! », souligne Bernard Plante, le directeur général de la SDC du Village.