AIRES LIBRES 2013

Encore plus de couleurs dans le Village !

André-Constantin Passiour
Commentaires
Si vous vous promenez relativement souvent dans le Village, vous avez sûrement déjà vu à l’œuvre Dominique Pétrin et son équipe d’artistes en train d’enjoliver de beaux motifs la palissade qui entoure les rénovations du parc Serge-Garant (attenant au métro Beaudry). On «habille» d’ailleurs toutes les surfaces en béton de l’édicule du métro. Une autre astuce artistique colorera de manière spéciale le triste édifice de béton gris au-dessus du sauna Oasis. Mais non, il ne s’agit pas d’initiatives personnelles, mais bien d’un programme culturel de la Société de développement commercial (SDC) du Village appelé «Habiter sa couleur» ! On désire ici donner une signature plus «artistique» au secteur. Ce qui est dans la lignée des «Boules Roses» de l’architecte paysagiste Claude Cormier. Au cours des années à venir, de telles «interventions» risquent de se multiplier…

Le mois dernier, Denis Brossard, le président du conseil d’administration de la SDC, nous entretenait des projets futurs et de cette «signature» artistique. Afin de mieux la concevoir, on a eu recours à une jeune commissaire en art public, en la personne de Marie-Ève Beaupré, étudiante au doctorat en arts visuels à l’UQAM.Nous nous sommes donc entretenus avec Mme Beaupré afin d’en savoir un peu plus et sur ce qu’est, au juste, une «commissaire à l’art public».

Le travail du commissaire est encadré par plusieurs verbes d’action : questionner, sélectionner, structurer, spatialiser. L’objectif est de rassembler, au moyen de l’exposition, des œuvres qui font des cons-tats différents d’un sujet de recherche commun. Le commissaire à l’art public doit envisager le territoire sur lequel il travaille comme un espace où « accrocher de la pensée ». Il doit constamment se demander comment, dans un même espace physique, faire coexister plusieurs réalités ? Plusieurs spatialités ? Plusieurs identités ?»

Est-ce la première fois que vous travaillez avec une SDC pour une telle exposition extérieure ?


Il s’agit de ma première collaboration avec la SDC du Village. Toutefois, j’ai eu la chance d’organiser une exposition extérieure en 2010. Avec le centre d’artistes Est-Nord-Est, établi à Saint-Jean-Port-Joli, nous avons réalisé un événement qui s’intitulait Perdre le nord. Un parcours d’œuvres sonores, d’installations et de sculptures avait été conçu et diffusé avec la collaboration de la communauté. Nous avions aussi produit une série de concerts en plein air ainsi qu’un ciné-parc sur un site niché au pied du fleuve Saint-Laurent. Ce fut une magnifique expérience, très riche sur le plan humain.

Est-ce que «art public» et ce qu'on appelle «street art»sont des concepts qui se rejoignent ?

Oui. Dans les deux cas, il est fondamental que les artistes soient perméables à leur environnement.

Ils doivent être ouverts en somme ?

Oui, en effet. Dans le cas du «street art», c’est l’artiste qui choisit la ville, le secteur, la rue, le site où il va créer. En « art public », c’est l’artiste qui est invité à créer dans un espace déjà défini et de s’adapter à son environnement. Dans les deux cas, les artistes sont amenés à utiliser le lieu public, un espace occupé, habité, où circule des gens, etc. avec toutes ses particularités. Ils doivent être à l’écoute de leur environnement. Mais c’est une des grandes qualités des artistes en art contemporain que de pouvoir s’adapter au milieu dans lequel ils sont appelés à intervenir.

On parle ici, pour la SDC, de combien de projets et de quelle nature ? Qu'est-ce que cela implique pour les artistes choisis?

«Habiter sa couleur», c’est aussi se laisser habiter par elle. Voilà la prémisse de l’invitation que j’ai lancée à l’artiste visuelle Dominique Pétrin. Cette dernière a développé un ensemble d’œuvres d’art public en investissant/travestissant divers lieux du quartier. Elle travaille comme une peintre, même si les œuvres qu’elle produit relèvent du domaine des arts d’impression : son matériau de prédilection est le papier sérigraphié. Dominique vient de terminer une première étape, celle du recouvrement d’une palissade située auprès du parc Serge-Garant. La deuxième étape a été d’emballer la station de métro Beaudry. Aussi, elle travaillera sur l’édifice du 1380, rue Sainte-Catherine E. (au-dessus du Sauna Oasis). Ces interventions ne passeront pas inaperçues !

De plus, une sélection de photographies réalisées par Angela Grauerholz, Benoit Aquin, Cyrille Lauzon, Eve K. Tremblay, Marisa Portolese, Martin Verreault, Olga Chagaoutdinova, Sylvie Cotton et Yann Pocreau sera exposée le long de la rue piétonnisée. La rue Sainte-Catherine sera un véritable musée à ciel ouvert durant l’été !

Est-ce que vous considérez la rue Sainte-Catherine, et le Village gai en particulier, comme une artère intéressante pour une opération d'art public ?

Absolument ! Car non seulement l’espace urbain est fort diversifié, du point de vue de son architecture, mais le public qui fréquente le quartier l’est tout autant.

Et quels styles seraient appropriés selon vous, afin de donner une signature au Village, été comme hiver, en termes d'art ?

Je crois que le quartier possède déjà une signature très forte. C’est aux artistes de mettre en valeur les caractéristiques qui lui sont propres.