journée internationale des réfugiés

Le Canada n’est pas au courant de la situation des personnes vivant avec le VIH au Mexique

Denis-Daniel Boullé
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Le 3 avril dernier, journée internationale des réfugiés, l’organisme AGIR organisait une conférence de presse pour alerter l’opinion publique du retour injustifié des demandeurs d’asile séropositifs mexicains dans leur pays. La raison? Le Mexique ne peut assurer qu’il offrira à ceux-ci les soins et surtout les médicaments dont ils ont besoin. Le choix du gouvernement de pousser les médecins à choisir les thérapies les moins coûteuses, au détriment de la santé des patients, hypothèquent l’espérance de vie des personnes vivant avec le VIH. Au Mexique, les médicaments sont gratuits. Concernant les médicaments donnés aux personnes vivant avec le VIH, tout dépend s’ils sont employés du secteur public ou les grandes entreprises. S’ils travaillent dans ces secteurs, ils ont accès aux traitements antirétroviraux. Pour les autres, elles doivent se tourner vers l’assurance publique. Et c’est une agence gouvernementale, la CENSIDA, qui est en charge de l’approvisionnement et de la distribution des médicaments dans les différents états mexicains. Une agence dont la mauvaise gestion et les mauvaises décisions ont des conséquences désastreuses pour les patients. C’est ce que Edson Emilio, d’AGIR, à travers le cas de Julio César Salas, un activiste VIH/sida de Montréal, a démontré dans un volumineux rapport qu’il a remis aux autorités d’Immigration Canada pour les sensibiliser et les informer de cette inquiétante situation.

« Le directeur de CENSIDA a démissionné suite à sa mauvaise gestion des fonds publics alloués, mais la situation n’a pas changé, témoigne Edson. Par exemple, le guide envoyé à tous les médecins des différentes agences des états, et qui reçoivent les personnes vivant avec le VIH, recommandent fortement la prescription de médicaments moins coûteux. Pour ceux qui sont plus chers, le médecin doit en référer à la CENSIDA avec un dossier détaillé motivant son choix, et le patient doit attendre la décision, qui peut être négative ». Pour Edson Emilio, il s’agit d’une véritable discrimination que le changement de direction à la tête de CENSIDA ne règlera pas. « Si l’on prend le cas de Julio César, il ne pourra plus obtenir les médicaments qu’il prend aujourd’hui car ils ne font pas partie de ceux nouvellement recommandés par le guide. Julio César n’est pas le seul dans ce cas, et le Canada ne prend pas en considération cette situation.»

Cet exemple à l’appui, AGIR, un organisme géré uniquement par des bénévoles, demande que l’on prenne davantage en compte, avant d’expulser un demandeur d’asile, l’accès aux soins et aux médicaments dans son pays d’origine. De même à l’initiative d’Edson Emilio, un des neuf membres du conseil d’administration d’AGIR, l’organisme a mis sur pied le PROJET PROTÈGE, qui vise à augmenter la sensibilisation sur les questions actuelles au sein des communautés vulnérables au Canada.

Le rapport rédigé par Edson Emilio sur l’accès aux médicaments des personnes vivant avec le VIH/sida au Mexique, et qui s’intitule The Current State of HIV/AIDS Treatment for Drug-Resistant HIV in Mexico's National Health System: Drug Shortages, Draconian Policies and Human Rights Violations sera officiellement lancé le 17 mai prochain lors de la Journée internationale contre l’homophobie.