Les MiGNONS : l’amour c’est la guerre! _ fiction

Candide, ou de l’hypocrisie (2e partie)

Frédéric Tremblay
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Photo prise par © Robert Laliberté

Appuyé contre le cadre de sa porte, Jean-Benoît regarde dormir le petit-fils de Louise. Dire que c’est ce même Guillaume, dormant comme un bébé à l’air angélique, qui, hier soir, au Mado, a failli se mettre nu sur la scène. Et qui a fini par les embrasser, lui et son ami Sébastien. Il sent encore le goût de ses lèvres… alcoolisées un peu, sucrées surtout… Il se perd dans ses pensées. Il en sort pour se rendre compte que Guillaume le regarde en retour, réveillé et en train de s’étirer. «Bon matin, Jean-Benoît. Ça va?» «Assez bien, merci. C’est moi qui dois te le demander surtout. Après ta soirée…» «Oh, damn, je m’en souviens à peine. Je crois que j’ai vraiment abusé de l’alcool. Avec Louise qui insistait tant…» «C’est une drôle de grand-mère que tu as là, effectivement.» «Qu’est-ce qui s’est passé?» Jean-Benoît s’assoit et lui raconte tout.

Guillaume pouffe de rire quand il apprend pour le striptease, il pince les lèvres quand il entend parler des deux baisers. «Je suis désolé, vraiment.» «Il ne faut pas. On a tous déjà été jeunes. Mais je me demandais… Est-ce que c’est vraiment juste parce que tu étais soûl? Je veux dire, j’ai vraiment l’impression d’avoir profité de ta faiblesse, tu ne l’aurais sûrement pas fait sans ça…» «Je ne sais pas. Je crois que je n’aurais pas osé le faire.» «Pas osé?» Guillaume rougit. Jean-Benoît ne peut pas résister. Il se déplace sur le sofa à côté de Guillaume et l’embrasse. L’haleine du matin ne le dérange pas, ses lèvres goûtent encore le sucre, et la tête de Jean-Benoît s’allège. Ils sont serrés l’un contre l’autre, leurs érections évidentes, quand ils entendent les clés tourner dans la serrure. Ils se séparent en vitesse. «Je dérange rien, j’espère?», demande Louise en riant et en entrant avec des sacs d’épicerie. «Mais non, mamie, qu’est-ce que tu t’imagines!» «Je sais pas trop quoi penser de toi, après la soirée d’hier.» «Justement, faut qu’on s’en parle, de ça!»
Sébastien se réveille tôt ce matin-là, heureux d’avoir calé quelques verres d’eau avant de se coucher, prêt à commencer une journée à l’horaire chargé. Lui aussi se souvient avec plaisir de sa soirée, mais il se dit que le petit jeune était sous influence, que ça s’arrêtera là et que c’est aussi bien comme ça. Rien de plus terrible que l’amitié au temps de l’amour; et il ne tient pas à perdre Jean-Benoît. En ouvrant son cellulaire, il tombe sur un texto d’un numéro inconnu, qui dit : «J’ai hâte de te revoir.» Il fronce les sourcils et répond : «C’est qui?» Quelques heures plus tard, un autre texto lui arrive : «Guillaume, le petit-fils de Louise. Tu m’as donné ton numéro quand on attendait pour les vestiaires, hier soir.» «Ah, oui, je viens de me rappeler. On se reverra à un prochain souper chez ta grand-mère!» «Pourquoi pas avant?» Sébastien se le demande aussi. Après tout, peu importe ce que Guillaume a fait avec l’alcool, il a encore tout à découvrir à son propos. «Qu’est-ce que tu proposes?» «Cinéma ce soir?» «Ça me va!»
Il a perdu l’habitude des rencontres aussi classiques dans des lieux aussi habituels… Mais peut-il encore parler de rencontre classique, s’ils se sont embrassés la veille? Quoiqu’il en soit il se fait beau, il se parfume, il arrive un peu d’avance. Comme la première fois qu’il en a entendu parler, il essaie de se convaincre que Guillaume n’est sûrement pas si beau, et comme la première fois qu’il l’a vu, son charme blond le foudroie comme l’éclair. Guillaume lui prend la main pendant le film, et il le laisse faire sans trop de difficulté. Un repas au McDo leur semble une bonne façon de continuer la soirée. «As-tu déjà eu un chum?» interroge Guillaume tout de go. «Quelques-uns. Ça fait longtemps. Je n’en cherche plus vraiment. Et toi?» «Jamais. Il n’y avait pas tant de gais en Abitibi, pas intéressants en tout cas. C’est dommage que tu n’en veuilles plus.» «Enfin, je n’en cherche pas, mais si j’en trouve un, je ne sais pas…» Guillaume lui prend les mains et les relâche presque aussitôt, l’air paniqué. Sébastien se retourne et voit, de l’autre côté de la vitre, Jean-Benoît qui passait par hasard, et qui les fixe un moment avant de tourner les talons. «Tu ne voulais pas qu’il nous voie?», s’amuse Sébastien. «Je me suis dit que toi, tu ne voudrais pas.» «Ce n’est sûrement pas une si bonne chose. Mais tant qu’à avoir commencé…» Il lui prend les mains et les embrasse. Guillaume sourit. Ils vont marcher, parlant de tout et de rien, puis se quittent sur un long baiser. Sébastien se demande ce qu’il est en train de faire au juste.
Sa grand-mère dort déjà quand Guillaume rentre à l’appartement, mais de la lumière filtre de sous la porte de Jean-Benoît. Guillaume cogne à sa porte. «Oui, Louise, qu’est-ce qu’il y a?» «Ce n’est pas Louise.» «Oh, c’est toi… Tu n’es plus avec Sébastien?» «Je peux te parler?» Jean-Benoît le fait entrer. Ils discutent pendant une heure : Guillaume explique qu’il n’a jamais vraiment été en relation, qu’il n’a pas l’habitude de se faire séduire, qu’il faut lui pardonner son manque d’expérience… «Mais tu m’intéresses vraiment.» «Tu lui as sûrement dit la même chose tantôt?» «Pas tout à fait. Et on n’a pas fait ça.» Guillaume le plaque contre le lit, l’embrasse, défait sa ceinture. Ils font l’amour longuement et intensément, mordant l’o-reiller pour éviter de réveiller Louise. Jean-Benoît l’invite à rester dormir; Guillaume dit qu’il aimerait bien, mais que c’est trop risqué. Jean-Benoît essaie de s’endormir, sans grand succès. Il se dit qu’il veut un dernier baiser et sort de sa chambre. Le sofa est vide. Il va voir aux toilettes, dans la cuisine, sur le balcon. Guillaume est parti. Où? Jean-Benoît soupire. Il a sa petite idée là-dessus.