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Entre mondialisation gaie et intimidation homophobe

Yves Lafontaine
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Photo prise par © Robert Laliberté

Avec son dernier livre, Global Gay, Frédéric Martel journaliste et historien ouvertement gai, fait en quelque sorte la synthèse de deux convictions, d’une part le progrès inexorable des revendications gaies et la mondialisation de la question gaie qui devient mainstream. Ce qui provoque, on l’a trop souvent vu, des réactions extrêmes de la part de ceux qui considèrent encore aujourd’hui l’homo-sexualité comme une maladie.

Alors qu’au Québec le gouvernement montre son soutien à la communauté LGBT en finançant ses organismes phares et en diffusant une campagne de sensibilisation pour contrer l’homophobie, qu’à l'Assemblée nationale française on vient d'adopter le mariage pour tous, qu’aux États-Unis l’opi-nion publique semble plus favorable que jamais au mariage gai, le dernier livre du chercheur et journaliste Frédéric Martel vient rappeler que la question gaie dépasse largement le cadre du Québec, de la France ou des États-Unis, et aussi qu’elle dépasse la seule question du droit au mariage.

Aujourd'hui, l'homosexualité est encore passible de la peine de mort dans 8 pays (notamment l'Iran, l'Arabie Saoudite et le Yémen), et de la prison dans plus de 70. Cependant, la dépénalisation progresse — elle a même fait l'objet d'une déclaration de l'ONU en 2008, soutenue par 66 pays — et on assiste à ce que Frédéric Martel appelle une mondialisation de la question homo-sexuelle». Peu à peu, elle devient une nouvelle frontière des droits de l'homme au niveau mondial. Cela dit, les gais, universels, mondialisés, restent aussi très «locaux», c'est-à-dire qu'ils continuent à être singuliers et différents à Tokyo, à Téhéran, en Chine, en Russie à Cuba, à Montréal, à Mexico, ce qu’on a tendance à oublier.

La question du mariage n’est pas débattue qu’en France et aux États-Unis. Ça va bouger en Allemagne cette année ou l’année prochaine, c’est certain, comme d'ailleurs en Angleterre, en Irlande, au Luxembourg, à Taïwan, en Nouvelle-Zélande, et même en Uruguay. C'est donc un débat global. Cela est bien différent de ce que les leaders homosexuels occidentaux voulaient dans les années 1970 et 80 avec la radicalité des discours des groupes de l’époque. Il y a clairement une envie de «normalisation», un désir que la réalité «banale» de certains gais et lesbienne soit reconnue. Le souhait de fonder une famille, une envie de protection des enfants qu’ils ont déjà ou qu’ils désirent avoir.

En Europe, en Amérique latine et bien sûr dans les États-Unis de Barack Obama les choses s'améliorent, et pas seulement au Québec. Mais nous ne sommes qu'au début, à l'échelle globale, d'un long chemin. On est en train de passer de la pénalisation de l'homosexualité à la pénalisation de l'homophobie et je trouve cela plutôt bien. Pas vous?

Cela dit, le mouvement vers l’égalité ne plait pas à tous, cela est certain. On l’a vu au Québec le mois dernier sur certains forums de discussions et sur les réseaux sociaux, alors que certaines personnes, sous le couvert de l’anonymat, se croient permit de jeter leur fiel et leur haine sur une minorité qui ne demande rien d’autre qu’on lui permette d’exister comme le reste de la société.

Chez nos amis Français, il aura fallu attendre la publication et la médiatisation de la photo insupportable du visage atrocement tuméfié, déformé par les coups de Wilfred de Bruijn, victime d’une agression avec son compagnon, pour que l’on se rende compte de ce qu’était l’homophobie au pays des Droits de l’Homme. Le débat, souvent ou-trancier et blessant pour les gais et les lesbiennes, autour de l’ouverture du mariage et de l’adoption pour les couples de même sexe a suscité l’expression d’un mal qui ronge la société française, l’intolérance devant la différence.

La reconnaissance du mariage entre personnes de même sexe a été au Canada une grande avancée en matière d’égalité, d’autant plus qu’elle s’est faite ici sans l’expression de la haine qu’on voit déferler en France (peut-être parce que les réseaux sociaux n’existaient pas encore vraiment). Mais cette reconnaissance n’a pas suffi à mettre un terme à l’homophobie. C’est pourquoi les initiatives de sensibilisation sont essentielles et le seront encore pour longtemps — le temps d’une ou deux générations sans doute. À ce titre la sensibilisation chez les jeunes est essentielle.?Saluons à ce titre l’action du GRIS-Montréal et des autres GRIS en régions qui interviennent en milieu scolaire, avec beaucoup de pédagogie. Les services de soutien et de référence (par téléphone ou en ligne) de Gai Écoute et la Fondation Émergence par sa Journée contre l’homophobie, dont elle est l’instigatrice, contribuent évidemment au travail essentiel de sensibilisation.

Dans le cadre de sa campagne annuelle autour de la Journée internationale de lutte contre l’homophobie, la Fondation Émergence braque cette année les projecteurs sur l'homophobie en ligne, après l’homosexua-lité en milieu de travail l’an dernier. L’orga-nisme cible plus particulièrement les réseaux sociaux où l’anonymat permet un déchaînement de violence verbale. Lesjeunes lesbiennes, gais et bisexuels seraient deux fois plus nombreux que les jeunes hétérosexuels à signaler la cyberintimidation et l’intimidation à l’école. Pour lutter contre ce phénomène, un Registre des actes homophobes en ligne a déjà été mis en place par Gai Écoute en 2012. Parmi les autres mesures envisagées, la Fondation Émergence voudrait notamment «limiter l’utilisation de pseudonymes», un concept que certains gouvernements européens envisa-gent déjà.

Je m’en voudrais de ne pas saluer le gouvernement du Québec d’avoir pris cons-cience qu’il faut beaucoup plus d’actions de sensibilisation contre les discriminations homophobes et qu’il faut soutenir monétairement le travail des groupes communautaires qui jouent un grand rôle dans ces actions indispensables.



 
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  • Je vous joure que je ne suis pas chouvain, mais today le pays des droits des gais est le Mexique, á tour les jours on a des nouvelles lois, today: http://www.sdpnoticias.com/gay/2013/04/23/policias-capitalinos-seran-sensibilizados-en-materia-de-diversidad-sexual Publié le 23/04/2013
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  • Je vous joure que je ne suis pas chouvain, mais today le pays des droits des gais est le Mexique, á tour les jours on a des nouvelles lois, today: http://www.sdpnoticias.com/gay/2013/04/23/policias-capitalinos-seran-sensibilizados-en-materia-de-diversidad-sexual Publié le 23/04/2013