Le japon

Le pays du soleil levant, réellement éclectique

André-Constantin Passiour
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Si je vous dis Japon, à quoi pensez-vous ? Bon, je sais, plusieurs d’entre-vous vont immédiatement me dire «sushis» ! Mais il n’y a pas que ces délices de riz et de poissons, les samouraïs ou les geishas. Pour bien des gens, l’Empire du soleil levant peut apparaître autant exotique qu’hermétique.


Il faut dire que, pendant des siècles, cet archipel se suffisait à lui-même et se suffit encore lui-même malgré la « mondialisation ». Est-ce un pays ouvert aux LGBT tant locaux qu’étrangers ? Comme dans bien des cultures asiatiques, le mot clé ici est discrétion. Un passionné de voyages et curieux des diverses civilisations, Fernand Godfrind a réalisé de nombreux séjours en Asie… L’an dernier, à pareille date ou presque il s’est retrouvé, au printemps, au beau milieu du merveilleux festival des cerisiers en fleurs… Tout un spectacle ! Il a constaté que modernité et tradition se côtoient constamment au Japon alors que le touriste nord-américain, lui, sera tantôt émerveillé tantôt surpris des diverses coutumes locales.En sortant de l’aéroport, des gens baissent la tête à l’arrivée de l’autobus qui les emmènera au centre-ville de Tokyo. Ils ne saluent pas le car, ils courbent la tête par respect au chauffeur qui les accueillera à bord pour les transporter ensuite ver la ville. « Pour les Japonais, c’est une marque de grand respect et de déférence… Nous, les Occidentaux, ne sommes pas habitués à ce genre de scène que l’on trouverait très bizarre, mais ce sont des choses qui sont très importantes pour eux et qu’il nous faut respecter si l’on veut comprendre comment vivent les Japonais », de dire Fernand Godfrind, ex-président d’Équipe Montréal durant de nombreuses années et fondateur de plusieurs équipes sportives gaies, dont Les Gens d’Air, un groupe de plein air.

Alors direction Shinjuku (prononcer « shinjoukou »), un quartier du centre de Tokyo. « C’est un quartier grouillant d’activités, il y a plein de boutiques à la mode, mais aussi de vieux temples shintoïstes, des parcs, etc. C’est à Shinjuku que l’on retrouve aussi plusieurs commerces gais : bars, restaurants, cafés et, évidemment, des sexshops… », d’expliquer le sympathique Fernand Godfrind.

Si l’on veut vivre une expérience de tradition, il faut alors visiter des lieux de culte shinto, de grandes et vieilles pagodes en bois, généralement, où les Japonais vont pour prier, pour se purifier – par exemple en se lavant les mains avec l’eau d’une source du temple – ou pour s’y marier. Vous y verrez, avec un peu de chance, un mariage typique avec sa procession lente et, surtout, silencieuse alors qu’aucun mot n’est échangé jusqu’à l’intérieur de l’enceinte du temple. «C’est très surprenant parce que cela a quelque chose de presque mortuaire tellement tout se fait dans le calme, on n’entend rien des participants qui déambulent vers le temple. Ce qui est beau à voir ce sont les kimonos spéciaux de mariage portés pour l’occasion, autant pour l’homme que la femme», indique Fernand
Godfrind.

Arrivé en fin mars début avril dans la capitale de l’Empire nippon, M. Godfrind peut assister à l’un des plus beaux événements de l’année, le Festival des cerisiers en fleurs ou Sakura qui a lieu chaque année alors que des familles ou des groupes d’hommes gais se rassemblent dans le parc pour un pique-nique. «C’est véritablement une grande fête, les gens se déguisent comme pour l’Halloween chez nous ou le Mardi gras, c’est très coloré», ajoute ce grand voyageur. Inutile de dire que la senteur de ces centaines d’arbres en fleurs est sans pareille ! Bien sûr, qui dit festivités dit bouffe et il y en a en profusion : des grillades de viandes, du poisson, etc. «C’est dans de telles occasions qu’on peut voir la vie des Japonais et à quel point ils tiennent à de telles traditions et fêtes», note-t-il.

Durant son séjour, par hasard, au détour d’une artère principale, Fernand Godfrind découvre un spectacle encore inusité au Japon. C’était l’époque du lancement de l’album MDNA de Madonna. Une douzaine de voitures décapotables sont alignées et attendent le signal du départ : dans chaque auto une drag queen japonaise accompagnée de beaux garçons… Ils vont ainsi parader dans les rues de Shinjuku. C’est une forme de publicité pour l’album, mais on connaît aussi l’appui de la chanteuse à la cause gaie et à ses revendications… «C’était très intéressant et sympa à voir. Mais c’est plutôt inhabituel, parce que les Japonais gais, comme tous les Japonais en général, sont très discrets, très réservés, souligne M. Godfrind. Cela dit, les choses changent tranquillement. La jeune génération s’ouvre, elle est un peu plus expressive malgré tout, plus occidentale et plus libre. Mais on ne verra pas deux hommes se tenir par la main ou s’embrasser en public.»

«La vie gaie à Tokyo est à l’image des Japonais, elle se vit dans le calme
et la discrétion même si certains gais sont «out». Les gais se tiennent en groupe et tout se passe à l’intérieur de ce cercle d’amis en règle générale. C’est leur manière d’exprimer et de vivre leur homosexualité», indique celui qui a maintes fois parcouru l’Asie.

Le Dragon Men, le Alama’s Café, le Vogue, plusieurs bars, dont certains très petits, représentent des endroits de socialisations des gais japonais. Le Dragon Men est un bar de la grandeur du Cabaret Mado, «c’est l’endroit où les Japonais, surtout les jeunes, se rencontrent et socialisent le plus, c’est aussi le club le plus fréquenté par les gais occidentaux et les touristes», dit M. Godfrind. Les soirées thématiques sont très populaires dans les clubs.

Qui dit établissements gais, dit aussi «saunas» ! «Il y en a deux à Shinjuku, précise M. Godfrind. Mais encore là, l’expérience est assez saisissante puisqu’on n’entend aucun bruit. Est-ce que ces hommes baisent, est-ce qu’ils dorment ? On ne le sait pas. La discrétion extrême des Japo-nais fait en sorte à ce qu’il n’y a aucun son. C’est très surprenant pour un gai occidental !»

Voyageur invétéré, celui qui a déjà parcouru d’autres contrées d’Asie est satisfait de son séjour à Tokyo. «Au départ, on m’avait dit que les Japonais étaient plutôt froids et distants envers les étrangers, pourtant, j’y ai rencontré des gens aimables, très polis et serviables. Tokyo a une certaine démesure avec ses larges avenues et ses foules considérables auxquelles nous ne sommes pas habitués, mais ce qui surprend malgré cette densité, c’est l’ordre, la discipline, tout semble être programmé et prévu, il n’y a pas d’excès, tout se fait dans le calme et le respect. La propreté des lieux est particulièrement admirable. Et la vie gaie est un peu à l’image de la société nippone, elle est présente, mais discrète qui fait que si vous voule véritablement savoir comment elle se vit, il vaut mieux essayer d’entrer en contact avec des Japonais avant de vous y déplacer afin qu’ils vous introduisent à leurs cercles d’amis…», de conclure Fernand Godfrind qui se promet de remettre les pieds dans l’Empire du soleil levant…