Famille élargie ou éclatée

Julie Beauchamp
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Photo prise par © Robert Laliberté
Fred est dans la lune, Camille a décidé de passer quelques jours de plus à Strasbourg avec une « ancienne » amie rencontrée à son colloque! Son vendredi soir prend du temps à décoller, elle pense à sa blonde et s’ennuie un peu. Jonathan l’agace : «Fred, dis-le dont que ça te stresse la mystérieuse amie retrouvée dans les rues de Strasbourg! Les conversations philosophiques devant un verre… elle doit tripper ta Camille!» «Arrête de faire exprès, tu sais bien que je suis contente pour elle!» À ce moment, elle se retourne et voit là au bord du bar une femme déjà connue, il y a au moins deux ans! Fred s’approche et lui dit : «On se connait je pense?» La femme la regarde avec un air amusé : «Oui, je me souviens de vous…» Fred sourit, elle sait qu’elle la connait mais ne se souvient pas qui elle est. «Je m’appelle Véronique, on s’est rencontrées il y a plus de 2 ans ici, j’étais, disons, perdue.» Tout lui revient, Fred se souvient, cette femme distinguée, mariée, hétéro, qui est partie comme ça, qui est partie en vitesse. Elle reprend: «Alors, de retour au Garde-Robe? Pourquoi une si longue absence, notre bar est tellement accueillant?» Véronique éclate de rire : «Accueillant, oui!» «Vous êtes toute seule?» Véronique répond : «Ce n’est pas nécessaire de me vouvoyer, oui je suis venue toute seule, j’attend quelqu’un mais plus tard, j’avais besoin de voir, de ressentir. » Elle raconte que depuis les deux dernières années, tout a déboulé, elle a quitté son mari, ses enfants ont finalement compris… avec le temps, presque tout s’explique. Fred l’écoute assidument, Véronique arrête soudainement: «Je suis désolée, je m’étale, enfin, tout ça pour dire que j’ai plongé et que maintenant je suis ici!» Elles continuent à discuter quand arrive une jeune femme début trentaine, Véro-nique l’accueille avec joie : «Bonsoir!» Geneviève l’embrasse tendrement, Véronique les présente : «Frédérique, voici Geneviève, ma… copine.» Gene-viève rit : « Vas-y Véronique, tu peux le dire, ma copine, mon amoureuse, ma blonde, MA CONJOINTE!» Elle reprend: « Enchantée Frédérique, c’est presque grâce à toi qu’on s’est retrouvées ensemble, cette soirée-là il y a deux ans, elle a sonné à ma porte, on venait de se rencontrer ici!» Fred se rappelle de tout : «C’est une belle histoire, c’est inspirant!» Geneviève s’exclame : «Une histoire d’amour contemporaine!» Véronique les quitte quelques minutes. Fred demande plus d’explications : «contemporaine tu dis?» Geneviève explique : «J’ai 34 ans et Véronique en a 20 de plus, elle a deux postadolescents de 18 et 19 ans et moi je rêve d’avoir un enfant, donc, ça va être la famille reconstituée moderne! Deux femmes, deux postados et un bébé!» Fred lève son verre au rêve de Geneviève, Véronique revient : «Vous trinquez, puis-je aussi me réjouir de l’occasion!» Fred s’exclame : «Et bien, on trinque à vous, à votre future descendance!» Véronique semble interloquée : «À notre descendance?» «Oui! Au rêve de Geneviève!» «Ho! Je comprends mais, comme tu sais Geneviève, ce n’est pas aussi simple.» Geneviève répond : «Oui, ma chérie, je sais…» Véronique lui prend la main et dit : «Je n’ai plus 30 ans, avoir un enfant, c’est l’histoire d’une vie, à mon âge, c’est différent.» Fred intervient : «Mais n’est-ce pas la beauté d’être lesbienne aujourd’hui justement, vous pouvez être la co-mère, il n’y a pas de règle d’âge, de genre ou d’orientation! » Véronique sourit : «En es-tu si certaine? J’ai eu plutôt l’impression d’avoir fait éclater ma famille et de les traîner avec moi dans un tourbillon, qui justement mélange toutes ces catégories.» Geneviève répond : «Mauvaise, très mauvaise perception de la réalité, tu n’as pas fait éclater ta famille, au contraire, tu l’as élargie! C’est vrai, ton ex-mari a une nouvelle blonde qui a deux enfants, et tes garçons se promènent entre leur appartement, et vos deux maisons! Tout le monde est relativement heureux!» Fred s’étonne de les voir discuter ainsi, avec aisance, posément, de sujets aussi complexes, elle pense à Camille et se dit qu’elle adorerait cette conversation. Son cell retentit, elle répond : «Allo!» «Hello my love!» «Camille! Tu m’appelles de Strasbourg?» «Fred, tu me manques, j’en peux plus, je rentre demain finalement, j’ai un sujet important à te parler…» Fred attend la suite, elle commence à connaître sa blonde, ça ressemble à une crise existentielle « Oui… je vais aller te chercher et ce sujet, tu m’en dis plus? » Silence au bout du fil, Fred réitère «Allo?» «Oui, je suis là, bien… j’ai pensé à la famille.» «À la famille?» «À notre future… famille…» Fred balbutie, elle pense comprendre mais, en effet, une discussion s’impose. «On en reparle demain de cette idée de famille. » «Ok, je t’aime.» Et elles raccrochent. Fred retourne voir les amoureuses la tête un peu embrouillée, elle n’a jamais pensé à ça, avoir une famille, un enfant, surtout pas maintenant. Véronique la regarde : «Ça va Frédérique?» «Oui, vos conversation me font réfléchir, c’est tout, c’est vrai quand même que c’est l’histoire d’une vie avoir un enfant! » Geneviève dit : «Y as-tu pensé, je veux dire, toi et ta copine, vous y pensez?» Fred répond évasivement : «Oui et non, je sais pas, on verra.» Le bar se remplit, Fred retourne à ses clientes et regarde les amoureuses dans leur bulle, elle pense à Camille, sa Camille intense et entière, sa relation va prendre une autre tournure…

 
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Anciens commentaires

  • Bonjour, J'aime bien lire vos textes à chaque mois....Ils sont bien souvent remplis de tendresse et de belles réflexions.Etant moi-même une femme gaie,il est facile de me transporter dans ces histoires de vie...longue vie à Camille et Fred,, et Merci à vous Julie! Publié le 05/03/2013
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  • Bonjour, J'aime bien lire vos textes à chaque mois....Ils sont bien souvent remplis de tendresse et de belles réflexions.Etant moi-même une femme gaie,il est facile de me transporter dans ces histoires de vie...longue vie à Camille et Fred,, et Merci à vous Julie! Publié le 05/03/2013