Projet photographique

Exposer la beauté féminine sous toutes ses formes

Julie Vaillancourt
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Contrer la lesbophobie par le biais de la visibilité, c’est ce que la photographe Lou Bélanger a décidé de mettre de l’avant par le biais de son projet photo. La photographe autodidacte de 32 ans, désire exposer la beauté féminine sous toutes ses formes, par le biais d’une exposition de photos et recherche présentement des modèles de tous âges, seuls ou en couple, pour photos habillées, semi-nues et nues. Vous désirez poser? N’ayez crainte. Rien de pornographique, rassure la jeune femme, mais plutôt des clichés exposant la beauté, la finesse et la douceur de l’amour saphique. Rencontre avec la sympathique Lou Bélanger pour une discussion photographique. C’est lors de ses études secondaires que Lou Bélanger prend un premier contact avec la photographie, alors qu’un de ses professeurs lui prête son appareil photo argentique. Dès lors, c’est le coup de foudre avec la photographie, une passion qui perdure depuis plus de 16 ans. «J’ai suivi quelques cours, mais les professeurs me disaient toujours "qu’est ce que tu fais ici, tu as déjà la technique!" Aussi, mon père avait un vieil appareil, et comme il voyait que je développais une passion pour la photo, il me l’a prêté». Graduellement la pratique de la photographie lui a permis de traverser des périodes difficiles de sa vie, confie celle qui a jadis vécu dans la rue suite à une relation conflictuelle avec son père qui n’acceptait pas son orientation sexuelle. Photographe autodidacte amateur, la jeune femme de 32 ans, au caractère enjoué, franc et sympathique, ne s’en cache pas «la photo me permet de rencontrer les gens et c’est un des côtés que j’apprécie particulièrement», précise Lou qui cite, parmi ses influences, les photo-graphes Vivian Maier et Robert Doisneau.

À l’ère du numérique, la nouvelle génération de photographes pri-vilégie une approche très «Photoshope» de la photo, ce que Lou prône peu. Bien sûr, elle retouche ses clichés à certains niveaux; cadrages, couleurs, etc. Cela dit, elle préfère garder le caractère spontané et naturel de la photo. D’abord, «il a fallu que l’on me chicane pour que je passe au numérique, car j’aime beaucoup l’argentique. C’était la photo telle qu’elle était», appuie celle qui se définit avant tout comme une photographe de rue : «À la base, il faut avoir l’œil et savoir aller vers les gens. Je me promène dans la rue, et je photographie les gens au naturel. Si on va voir la personne avant, elle pose et on perd le moment, le caractère instantané.» La spontanéité est pour Lou un élément essentiel en photographie, à la mesure de sa personnalité. Cela dit, la créativité et la technique ne sont pas délaissées pour autant, puisque Lou utilise une technique peu commune pour photographier ses modè-les, le light painting. À la manière des grands maîtres qui utilisaient jadis l’éclairage à la bougie, Lou utilise la lumière pour «peindre» ses sujets: « Une femme peut être dessinée de tant de façons; en tant que photographe je peux décider de mettre en lumière une partie précise du corps, pour exposer la sensualité féminine». À noter que pour le projet photo de Lou, les modèles ne sont pas complètement nus, et la mise en scène du sujet sera discutée au préalable avec les modèles impliqués: « Je ne veux pas tout monter, mais je ne veux pas tout cacher non plus», précise la photographe.

Lorsque l’on parle de l’image de la femme, Lou Bélanger désir offrir une vision nouvelle, autre que celles de ces femmes parfaites, retouchées et hyper-sexualisées que l’on voit dans les ma-gazines: « Ma fille de 12 ans lis des teen magazines et elle m’a dit l’autre fois "maman je me trouve grosse!", alors que ce n’est pas du tout le cas! C’est quoi l’image de la femme que l’on présente aux jeunes générations?!» Sans conteste, pour son projet photo Lou désire se
dégager de cette image de la femme-objet sexualisée à outrance afin d’exposer la beauté féminine sous toutes ses formes : « Je veux monter l’amour entre femmes, la sensualité
et la tendresse, sans que ce soit provocant. Malheureusement, ce que les gens ne voient pas des couples lesbiens ce sont les moments de tendresse au quotidien». Ainsi, Lou désir se dégager de cette représentation clichée du lesbianisme, soit l’aspect sexualisé de la relation lesbienne véhiculé dans les médias et la société en général.

Du coup, «les femmes ont peur de se montrer», souligne celle qui avoue avoir de la difficulté à trouver des femmes lesbiennes qui désirent poser. « J’ai plusieurs amies et connaissances hétérosexuel-les qui désirent poser pour la cause, mais je désire donner l’opportunité aux lesbiennes de tous âges et de toutes apparences». Et si vous êtes de celles qui ne veulent pas être «identifiées» ou mises trop à nu, Lou réponds qu’elle a des idées et elle comprend la réticence des femmes à se montrer, puisqu’elles ne sont pas toujours très bien représentées dans les médias. Cela dit, le regard d’une photographe lesbienne est sensiblement différent, puisque directement impliqué dans les discours sur la visibilité. Avec toutes les générations de féministes qui se sont battues pour nos droits, reculer aujourd’hui, au niveau de la visibilité, serait dommage, explique Lou : « Il faut s’ouvrir au monde et prendre notre place, s’afficher. Et c’est plusieurs choses, que ce soit poser pour un projet photo ou tout simplement ne plus avoir peur de prendre la main de sa blonde lorsqu’on se promène dans la rue».