Plaire, séduire, rencontrer

Julie Beauchamp
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Photo prise par © Robert Laliberté
Le temps des Fêtes s’amorce en beauté au Garde-Robe, les lumières scintillantes mettent en valeur les sourires heureux des filles au cœur léger. À l’aube de cette nouvelle année, plusieurs espèrent savourer, le temps d’un baiser, les remous dansants de la valse de l’amour en duo. Caroline est assise au bar, elle discute avec Fred qui pour la soirée s’est déguisée en «petit renne au nez rouge» version pin-up rétro. «Wow! Fred, t’es super hot!» Fred sourit «Merci, c’est pour l’occasion et ça me fait rire, j’aime ça le burlesque et ma blonde me trouve sexy, c’est l’important!» Caroline approuve et dit : «Ah! J’ai hâte que ça m’arrive de rencontrer une fille qui me trouve séduisante, qui me plait et que ça dure. » Fred lui lance : «Regarde autour de toi, y’a plein de filles intéressantes», Caroline se retourne et se lève. «Ah!» Fred curieuse s’intéresse : «Alors? T’as vu quelqu’un?» «Oui! Ce sont mes tantes, elles sont venues finalement!»

Caroline les présente à Fred. «C’est Diane, ma tante et sa blonde Micheline, trente ans de bonheur, ce sont elles mon modèle de couple! » Diane, 62 ans, Micheline, 68 ans, en 1982, elles se sont croisées dans un lancement de livre, il y a eu une première rencontre et Micheline est partie. Elles se sont finalement retrouvées par des amies communes. «Et là, je ne l’ai pas laissée partir, je savais que j’en étais follement amoureuse, c’était bouleversant» dit Diane. Micheline sourit et lui prend la main. «Et toi Micheline?» demande Fred captivée. «Diane, ça été comme une bourrasque qui venait bousculer toutes mes idées, mes valeurs, quand elle est arrivée dans ma vie, c’était tout un changement, moi si tranquille et elle, une boule d’énergie, je ne pensais pas à cette époque-là que je pouvais aimer quelqu’un aussi fort, aujourd’hui, je le sais.»

Caroline les regarde avec admiration, Fred les quitte et retourne à ses clientes. «Et toi, ma filleule adorée, qu’est-ce qui se passe?», lui dit Diane. «Rien, un gros vide de rien, c’est comme si je traversais un désert rempli d’oasis auxquels je n’ai pas accès, c’est comme un pattern, je ne suis jamais au bon moment à la bonne place. Ma dernière histoire s’est terminée comme ça encore une fois!» Diane et Micheline la regardent tendrement et Micheline lui dit : «Mais Caroline, tu exagères, tu as quand même été 5 ans avec Marie-Josée, et votre rupture date d’il y a à peine 2 ans. Tu verras avec le temps…» Caroline maugrée : «J’ai 33 ans, j’aimerais ça moi aussi rencontrer le grand amour, avoir une famille, m’installer avec quelqu’un, comme vous, une belle histoire qui continue bien!» Diane comprend et ajoute : «Mais ça va arriver, ça arrive tout le temps, on finit toujours par rencontrer, l’amour se pointe un jour ou l’autre.» Caroline embrasse sa tante et va se chercher une bière.

Quand elle revient, une femme est assise avec ses tan-tes. «Viens Caro, je te présente Monique! Elle travaille avec moi.» Caroline sourit poliment «Bonjour». Monique s’exclame: «Alors, c’est toi, la célèbre filleule, tu es aussi jolie que sur les photos!» Caroline rougit et se demande qui est cette femme d’une beauté singulière, sa tante ne lui a jamais parlé d’une lesbienne au travail, elle enchaîne «Vous vous connaissez depuis long-temps?» Les trois amies éclatent de rire et Diane dit : «C’est une longue histoire, en résumé, on se connait depuis au moins 10 ans, mais je ne savais pas que Monique était gaie! » Monique répond en riant « Oui, c’est vrai, j’ai été dans le placard pendant des années jusqu’à ce que je sorte de ma coquille, il y a à peine 2 ans! » « 2 ans! Mais tu as quel âge? » réplique Caroline curieuse. Monique lève les yeux au ciel : «Ah! L’âge! J’ai 54 ans.» Caroline dit avec finesse : «C’est vrai?!» Monique s’exclame «Charmante en plus, hé bien, ta filleule a tout pour plaire!», en s’adressant à Diane qui fait un clin d’œil à Caroline. «Arrêtez, de toute façon, je ne plais pas! Et toi Monique?» Elle raconte, ses années de célibat et ses premières aventures.

Une heure passe et Monique doit quitter, elle a un rendez-vous ce soir. «Wow! Quelle belle soirée!» dit-elle «Et ce n’est que le début!» rétorque Micheline complice. Monique les embrasse une par une, quand elle s’approche de Caroline, cette dernière lui prend la main et se lève «ça m’a fait vraiment plaisir de te rencontrer, c’était inspirant! C’est vraiment domma-ge que tu partes…» Monique lui murmu-re doucement «Tu as tout pour toi, je te souhaite de rencontrer une fille géniale!» Caroline retient sa main dans la sienne et lui dit : «Et toi, tu l’as rencontrée cette fille géniale?» Monique est frappée par la question et ne sait quoi répondre : «Oui, j’ai rencontré quelqu’un, mais je ne sais pas, on verra.»

Caroline regarde Monique s’en aller, elle ne peut s’empêcher de la trouver séduisante. «Je reviens!» dit-elle à ses tantes. Elle court vers la sortie, Monique attend au vestiaire, elle s’approche : «Monique?» Elles se regardent et les mots restent bloqués, serrés dans la gorge de Caroline. Monique ressent le malaise et la serre naturellement. Leur étreinte dure le temps qu’il faut, assez pour savoir que certaines rencontres sont encore possibles. « Il faut vraiment que je parte. » Caroline la laisse partir et reste immobile, elle savoure les effluves d’un parfum qu’elle n’est pas prête d’oublier.