RENCONTRE

Jean Paul Gaultier en 5 questions

Michel Joanny-Furtin
Commentaires
Pour beaucoup d’admirateurs, plus qu’un créateur, Jean-Paul Gaultier est une icône gaie. Bien qu'il soit quelque peu conscient de cette image, il ne se définit pas comme un porte-drapeau, c'est la création qui lui sert d'étendard et marque ainsi SA différence. Cinq questions à ce créateur à l’horaire hyper-chargé, auquel la Chambre de commerce gaie du Québec rendait hommage le 22 novembre.
Votre création mode et parfums est chargée de sexualité et d’homo-érotisme, Comment avez-vous trouvé des alliés dans cette démarche de créateur «provocateur» ?


Je n’ai jamais voulu provoquer pour provoquer. Je trouve que les créateurs doivent exprimer ce qui se passe dans la société. Pour vous donner un exemple, j’ai pensé à faire une jupe pour homme pour la première fois en 1983-84. Un jour, un ami et mannequin hétérosexuel est venu me visiter dans le studio, et il portait le sarong ! Je me suis alors dit que j’avais raison de présenter la jupe pour homme, que c’était dans l’air du temps…

De la même manière, quand j’ai vu une amie porter juste un soutien-gorge sous une veste à la fin de l’année 70, j’ai compris qu’il y avait un changement dans le comportement des femmes après le «womens’lib» et qu’elles voulaient séduire en leurs propres termes. J’ai toujours voulu montrer que il n’y pas une beauté, mais plusieurs beautés, que j’aime la différence et le métissage.


Après la griffe JPG d'une collection d’accessoires de décoration chez Roche-Bobois, le designer Jean-Paul Gaultier semble passer du «style de mode» au «style de vie». À quand un hôtel griffé JPG?


Je suis très occupé par mes collections, je présente six défilés par an, mais un jour pourquoi pas…


Qu'est-ce qui vous passionne encore après tant d'années dans le métier ?


On ne peut pas faire ce métier sans passion. Tout me passionne encore. Je m’arrêterai le jour où je perds la passion.


Où trouvez-vous votre inspiration, plus particulièrement en ce qui concerne la mode masculine ?


L’inspiration je peux la trouver partout, dans la pop-culture, que ce soit Tom of Finland, Marlon Brando ou David Bowie, ou dans mes voyages, ou même en voyant quelqu’un dans la rue…


À l’approche du 1er décembre, vous avez toujours montré votre engagement indéfectible envers la cause du VIH/sida, alors que d'autres l'ont abandonné. Qu’est-ce qui vous motive à poursuivre cet engagement ?


Il faut continuer à se battre, car cette maladie est toujours parmi nous, il n’existe pas un vaccin, les gens meurent encore; ce n’est pas le moment pour abandonner la cause.


Depuis longtemps, vous êtes associé à la star du show business, Madonna. Qu’en est-il de cette «association» ?


Ça fait plus que 20 ans que nous travaillons ensemble, depuis Blond Ambition Tour qui était une vraie collaboration. Madonna n’a peur de rien et notre vision était en harmonie et symbiose. C’est une histoire d’amour. Et je suis très heureux de lui avoir dessiné un costume pour sa nouvelle tournée.