Votre santé, Ils s’en « câl… »

Steve Foster
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Dans La Presse du 3 novembre dernier, Catherine Handfield écrivait un article 1 sur les résultats d’un sondage en ce qui a trait aux connaissances des Cana-dien(ne)s à l’égard du VIH-Sida. Cette enquête, commandée par l’Agence de la santé publique du Canada, a de quoi nous inquiéter, car nous apprenons qu’en à peine dix ans, les gens en savent de moins en moins sur le sujet. Cours d’éducation sexuelle absents, insuffisance du financement des organismes, campagnes de prévention inexistantes, désintérêt des médias, mais aussi la stigmatisation et la sérophobie peuvent expliquer en partie cette situation. Il me semble que cela devrait inquiéter nos gouvernements au point où, ils devraient voir l’urgence d’agir afin de contrer cette ignorance grandissante et qui au final met la santé des individus en danger.
Quelques données

En 2006, 19% des Canadien(ne)s ignoraient que le VIH/sida n'est pas guéris-sable même s'il est soigné à temps. Aujourd’hui, soit 6 ans plus tard, c’est 27% de la population. Près de 4 personnes sur dix (37%) ignorent que le VIH peut s’attraper lors d’une relation sexuelle non protégée entre un homme et une femme soit une augmentation de 13 % par rapport à 2006. Le tiers de nos concitoyen(ne)s (33%) trouvent que le VIH-Sida est moins problématique qu’il y a dix ans. Ils étaient 21% en 2006 à partager cette opinion. Et finalement, les gens portant le condom sont tout aussi nombreux que par le passé, mais celles et ceux qui utilisent cette protection sont seulement 17% à le faire afin de diminuer le risque d'attraper ou de transmettre le VIH/sida. Une baisse de 7% depuis 2006. À ce rythme, dans quelques années, c’est plus de 50% des gens qui ne connaitront rien à l’égard du VIH-Sida et de ces conséquences. Je n’ose même pas imaginer les effets sur l’augmentation des cas de séropositivité et de ses problématiques.

Si ces données témoignent d’une réalité plus qu’inquiétante, ce qui étonne le plus, c’est d’apprendre que pour obtenir ces statistiques, La Presse a dû avoir recours la Loi d’accès à l’information pour avoir ladite étude. Est-ce moi qui m’en fait trop ou l’Agence de la santé publique du Canada se fout royalement de nous! Comment une instance gouvernementale peut-elle cacher à la population des informations qui ont un impact direct sur notre santé quand ce n’est tout simplement pas nos vies? Il y a toujours bien des limites à vouloir contrôler l’information qui, sous le règne des « Conservatueurs » soit dit en passant, n’en finit plus de se faire contrôler.

Et ce contrôle devient encore plus inadmissible lorsqu’en matière de santé publique nous sommes obligés d’avoir recours à une Loi pour être en mesure de connaître le contenu d’études ou de sondage relevant du gouvernement ou des organismes publics. Nous le constatons, il y a dérive depuis plusieurs années en matière d’accès à l’information et de transparence de la part du gouvernement canadien. Et cette dérive ne semble pas sur le point de s’arrêter.

Mais que voulez-vous, quand l’idéologie de ceux qui sont au pouvoir amène à financer les organismes religieux d’évangélisation pour des projets de coopération internationale, à classifier les groupes écologiques comme étant des terroristes, à museler les chercheurs et les scientifiques, à écraser les organismes de défenses des droits humains, dont ceux en VIH-Sida, il y a de quoi être inquiet. Quand notre premier ministre et nos ministres érigent l’ignorance en vertu, notre santé doit être un moindre souci. Mais qui sait, peut-être que Monsieur Harper va prendre un moment d’arrêt, dans le cadre de la Journée mondiale de lutte contre le VIH-Sida, et réfléchir à l’impact de ses politiques sur la vie des gens.

De mon côté je prendrai un moment d’arrêt pour penser à ceux vivant, ou ayant vécu, avec cette maladie. Je penserai aussi à ces jeunes qui risquent un jour, par méconnaissances et par faute d’avoir eu accès à l’information et aux ressources, d’être celles et ceux à qui nous devrons penser.

En attendant, je me demande si Harper et ses sbires considèrent que leur inaction sur les enjeux touchant le VIH-Sida s’apparente à de la négligence criminelle, car tel que le stipule la Loi, quiconque : « soit en faisant quelque chose; soit en omettant de faire quelque chose qu’il est de son devoir d’accomplir, montre une insouciance déréglée ou téméraire à l’égard de la vie ou de la sécurité d’autrui » est coupable de négligence criminelle.

Il est du devoir du Premier ministre d’assurer la santé publique et d’agir en conséquence…