politique

Vous avez reçu un courriel… du ministre.

Steve Foster
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À la fin septembre, de nombreux gais au Canada, dont plusieurs du Québec, ont eu la surprise de recevoir un courriel à leur adresse personnelle de la part du ministre de la Citoyenneté, de l'Immigration et du Multiculturalisme, Jason Kenny. Cette missive, intitulé Les réfugiés iraniens LGBT, visait à vanter, en gros, les actions du gouvernement conservateur en matière de promotion et de défense de droits des personnes LGBT à l’internationale. Les organismes LGBT du Canada eux? Rien, même pas une ligne. Eh oui, le ministre a ciblé des gens de nos communautés pour répandre sa bonne nouvelle, et ce même si les personnes visées par cette communication n’avaient pas sollicité de recevoir de correspondances de la part du ministre, ni des conservateurs d’ailleurs. Si la situation n’était pas si préoccupante, nous pourrions presque rire de la prétention des conservateurs à se positionner comme des défenseurs des droits humains et plus particulièrement de nos droits. Ce n’est certes pas deux ou trois discours, en six ans, et les très rares interventions à dénoncer les violations des droits LGBT dans le monde qu’il y a de quoi pavoiser.

Pour expliquer cet envoi, l’attaché politique du ministre, Alexis Pavlich, a affirmé au Devoir, le 26 septembre dernier, que le message visait à répondre aux personnes qui avait signé une pétition en ligne en soutien à un artiste gai d’origine nicaraguayenne qui voulait se réfugier au Canada, et ce, un an auparavant. Je passe sous silence le délai de réponse qui est plus qu’irrespectueux envers les gens, dans la mesure où ceux-ci auraient demandé à obtenir une dite réponse. Ce qui n’est pas le cas.

Entendons-nous bien, il est normal pour un député, voire un minis-tre, de répondre aux correspondances qu’il reçoit dans la mesure où cela est demandé. Ce qui l’est moins c’est que l’on conserve, sans le consentement des gens concernés, des informations et de les cataloguer en fonction d’un profil donné. Et si on collige des adresses courriel sans qu’on le sache, quelles autres informations ce cher gouvernement Harper, emmagasine-t-il sur nous? Comment ce fait-il que les conservateurs si prompts à vouloir détruire le Regis-tre des armes à feu, des plus utiles aux policiers soit dit en passant, soient si peu pressé à détruire nos données personnelles?

Une partie de l’explication, comme le rapporte la journaliste dans le Devoir c’est qu’« en apparence, la pratique du bureau de M. Kenney peut être associée à une stratégie peaufinée depuis plusieurs années par le Parti conservateur du Canada. Au moyen du logiciel Constituent Information Management System, les conservateurs ont mis sur pied une base de données extrêmement détaillée sur les électeurs canadiens. Elle permet notamment de déterminer les enjeux précis auxquels s’intéressent les électeurs. Cela sert à confectionner des envois ciblés, par exemple auprès de la communauté juive. La pratique n’est pas exclusive, mais les autres partis ont du retard sur les conservateurs. Le problème, c’est que les moyens utilisés pour confectionner ces bases de données demeurent nébuleux».

Quand nous observons la manière de gouverner de Stephen Harper et des Conservateurs en matière de transparence et de contrôle de l’information, nous avons tout intérêt à regarder de près la situation. D’autant plus, et je l’ai découvert en préparant mes entrevues à ce sujet, que les Partis politiques ne sont pas assujettis à la Loi sur la protection des renseignements personnels. Cette situation ne permet donc pas à la Commissaire fédérale à la protection de la vie privée de pouvoir mener une enquête en cas de plainte, car elle n’a pas compétence pour agir. Donc les Partis peuvent faire ce qu’ils veulent sans avoir à craindre de se faire embêter…

Dans un rapport, rendu public en mars 2012, intitulé Les Partis politiques fédéraux du Canada et la protection des renseignements personnels : une analyse comparative[1], nous apprenions que les partis emmagasinent des renseignements sur nous et ce par l’intermédiaire des sources variées telles que les prises de position publiques, les pétitions ou les sondages téléphoniques. Bref, partout où vous laissez votre marque, un Parti politique s’intéresse à vous. Et dans le cas des conservateurs, je parie qu’ils s’intéressent à vous davantage!

Cette pratique de collecte d’information n’est certes pas illégale, pour l’instant, mais elle n’en demeure pas moins des plus troublantes. Ce n’est pas parce que la Loi ne l’interdit pas que c’est moralement acceptable ou éthique. Comment ce qui proscrit à l’ensemble des entreprises et des individus peut-être permis aux Partis politiques? Est-ce qu’il existe un élu digne de ce nom pour déposer un projet de loi qui prohiberait ce genre de pratique? J’en ai fait la suggestion à Alexandre Boulerice, député du NPD dans Rosemont – La Petite-Patrie. On verra la suite.

D’ici à ce qu’un député se lève, sachez que Big Brother vous surveille et qu’il attend le bon moment pour vous cataloguer et qui sait avec un peu de chance vous finirez par aboutir dans la catégorie - Extrémiste d’origine intérieure militant pour des causes précises telle que les droits des animaux, l’environnementalisme, et l’anticapita-lisme » que l’on retrouve dans le document Renforcer la résilience face au terrorisme : Stratégie antiterroriste du Canada[2].

Rappelez-vous que signer une pétition, écrire un commentaire sur les réseaux sociaux ou écrire une chronique dans un magazine peut vous valoir de recevoir un message de votre gouvernement.

Bon, un autre texte que les conservateurs vont colliger! Y a pas à dire, Big Brother est dans mon lit…