AFFAIRES

Des préférences « particulières » du président d’Abercombie & Fitch

Étienne Dutil
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Les petits excès du patron d'Abercrombie & Fitch dans l'avion de son entreprise ont des répercussions à Wall Street. Et font pâlir un peu plus l'étoile de la chaîne américaine de vêtement culte auprès des hommes gais.

On savait que certains hommes gais aiment s'entourer de statues grecques à la maison, comme le veut le cliché. En tout cas, le patron d’Abercrombie & Fitch ne va pas aider à dissiper ce stéréotype. Michael S. Jeffries, 68 ans, fait face à plainte d'un de ses anciens employés: en fait, l'ex-pilote de son avion privé. Ce dernier, Michael Stephen Bustin, accuse son ancien patron de l'avoir renvoyé pour le remplacer par un commandant plus jeune — et « plus à même de représenter adéquatement la société ».

Une copie du règlement interne auquel est soumis l'équipage du Gulfstream s'est retrouvée publiée dans les pages du Wall Street Journal. On peut y lire le cahier des charges délirant des agents de bord affectés au service dans l’avion de M. Jeffries. Ces jeunes hommes, sélectionnés pour leur look de mannequins, sont tenus de porter des vêtements griffés A&F (y compris les sous-vêtements) ainsi que l’eau de cologne maison.

Ils n'ont le droit de porter de veste sur leur polo que si la température extérieure baisse en dessous de 10 °C. Les trois chiens de M. Jeffries ont leur place attitrée dans l'appareil. Avant leur arrivée, l'aspirateur doit être passé dans la cabine de l'avant vers l'arrière, de manière à former des lignes droites parfaites sur la moquette. Les employés sont tenus de présenter un choix de magazines, desquels ils auront préalablement ôté toutes les publicités.



Enfin, ils doivent répondre au maître par « No problem », à l'exclusion de toute autre affirmation. Pour les WC, à eux de veiller à l'absence de traces de doigts sur les surfaces et de vérifier après le décollage que le savon n'a pas glissé. Aucun pli n'est toléré sur le papier toilette. Et ainsi de suite sur 47 pages de demandes aussi loufoques que dérogatives à certains lois du travail.

Ces révélations embarrassantes arrivent à un mauvais moment pour A&F, note le «New York Times»: la firme n'est pas en grande forme financière et a stoppé son expansion il y a quelques mois. Quant à l'affaire Bustin, qui traîne devant les tribunaux depuis 2010, elle a en outre mis Jeffries en difficulté face à ses actionnaires, qui aimeraient que le PDG leur rende des comptes sur l'usage du jet de la société.

Ouvertement gai, Michael S. Jeffries avait sauvé la marque du naufrage dans les années 1990. Elle était devenue culte sur les campus et auprès de la communauté gaie, à grand renfort de coups de pub controversés («L is for Loser») et d'employés aux abdos parfaits.

L’entreprise a déjà quelques boutiques au Canada, et prévoyait ouvrir deux à trois boutiques au Québec, mais rien n’est sur étant donné la santé financière de l’entreprise.

 

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Des préférences « particulières » du président d’Abercombie & Fitch

On savait que certains hommes gais aiment s'entourer de statues grecques à la maison, comme le veut (...)

Publié le 22 octobre 2012

par Étienne Dutil