États-Unis

Dans l'État-clé de Caroline du Nord, la question du mariage gai divise

Chantal Cyr
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Derrick Montgomery n'est pas un pasteur comme les autres: ouvertement homosexuel, ce trentenaire noir qui dirige une église en Caroline du Nord, au coeur de la « Bible Belt » américaine, est ravi que Barack Obama ait approuvé le mariage homosexuel en mai.

Mais en Caroline du Nord, l'un des États-clés du scrutin du 6 novembre opposant le démocrate Barack Obama au républicain Mitt Romney, la question est très loin de faire l'unanimité. Du reste, le 8 mai, ses habitants, comme dans d'autres États, ont voté à 61 % pour inscrire dans leur constitution l'interdiction du mariage homosexuel.

« Ça m'a énervé », peste Derrick Montgomery, qui officie à l'« Église de la famille bénie de Dieu », à Fayetteville. Le lendemain de ce référendum, Barack Obama se disait favorable au mariage entre personnes du même sexe.

Les questions économiques, dans un pays qui peine à se relever d'une des plus graves crises de son histoire, ont jusqu'à présent éclipsé les questions de société dans la campagne présidentielle. Mais à Fayetteville, une ville d'environ 200 000 personnes parsemée d'églises et d'écoles chrétiennes, certains électeurs se préparent à aller voter avec, aussi, ces sujets en tête.

« Si on se dit chrétien, ça veut dire qu'on essaie de ressembler le plus possible au Christ et si la Bible dit que l'homosexualité est une abomination, alors on doit se dresser totalement contre, de tout son coeur, point à la ligne », martèle Chris Sain, un ancien soldat de 45 ans, devant son église, la Berean Baptist Church. « Il ne le fait pas », conclut-il, évoquant Barack Obama.

Le pasteur de son église, Sean Harris, avait choqué au printemps en prononçant un sermon virulent contre les homosexuels, appelant les parents à « frapper » leurs gars s'ils sont efféminés et à remonter les bretelles des filles « trop masculines ». Il s'était ensuite excusé de la violence de ses propos, tout en maintenant son opposition au mariage homosexuel.
Dans un État que Barack Obama avait remporté de justesse devant John McCain en 2008, les conservateurs ont compris que la question - qui divise l’électorat - pouvait faire pencher la balance en leur faveur chez les électeurs indécis.

« Le pasteur d'une paroisse n'est pas un dictateur » Une association ultraconservatrice, l'Organisation nationale pour le mariage, a ainsi dépensé entre 50 000 et 60 000 dollars pour diffuser une publicité à la radio critiquant le soutien de Barack Obama au mariage homosexuel. Pour porter le message, l'association a choisi un pasteur noir, Patrick Wooden, tablant aussi sur les divisions que suscite la question au sein de la communauté noire.

« Le président Obama a tourné le dos aux valeurs de notre communauté avec son fort soutien apporté au mouvement homosexuel... Comme moi, dites "ça suffit" au président Obama », martèle le pasteur dans ce spot diffusé en août.

Pour autant, le sujet, même s'il est controversé, ne devrait pas changer la donne pour beaucoup, assure Kerry Haynie, professeur de sciences politiques à l'université de Duke, en Caroline du Nord. « Il y aura de nombreux Afro-Américains qui diront qu'ils ne sont pas d'accord avec Obama sur ce sujet, mais qui se présenteront et voteront pour lui avec enthousiasme le 6 novembre », affirme-t-il: « Il y a cette tradition dans les églises noires qui veut que le pasteur d'une paroisse soit le leader de la congrégation, mais ce n'est pas un dictateur ».

Dans la rue, cette analyse semble confirmée par certains participants noirs à un festival populaire dans le centre de Fayetteville, qui avouent anonymement être déçus par le soutien d'Obama au mariage homosexuel tout en soulignant qu'ils ne le lui feront pas payer dans les urnes. « Je vais voter pour Obama », affirme lui aussi Arthur Glover, un chauffeur routier de 58 ans: « J'essaie de laisser chacun vivre sa vie comme il l'entend... tant que ça n'affecte pas la mienne ».

Dans ce contexte, Derrick Montgomery reste optimiste quant à l'issue de l'élection présidentielle, dans un État où Barack Obama et Mitt Romney sont au coude-à-coude: « Je serais surpris que Barack Obama ne soit pas réélu ».

Le mariage homosexuel semble en outre de mieux en mieux accepté par la population américaine. Selon un sondage de l'Institut Pew publié en avril, 47 % des personnes interrogées y sont désormais favorables, contre 43 % qui y sont opposés. En 2008, ses opposants étaient toujours majoritaires (51 %), et encore plus nombreux quatre ans plus tôt (60 %).

 

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Publié le 09 octobre 2012

par Chantal Cyr