Témoignage

Crystal Meth Anonyme peut vous aider

André Patry
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Lorsque j'ai remis ma chronique sur les dangers du Crystal Meth, paru il y a quelques mois dans le numéro 82 de la revue ZIP, le rédacteur en chef de Fugues m'avait demandé si j’accepterais qu’elle soit aussi publiée dans Fugues dont la diffusion est beaucoup plus grande, afin de faire prendre conscience au plus grand nombre de personnes des dangers réels d’une telle drogue.

À cet instant, je n'étais pas prêt. Pas prêt à affronter les regards et les interrogations des nombreux lecteurs du magazine. Et franchement, je n'en ressentais pas le besoin. L'avoir fait dans le Zip, auprès d’un lectorat plus restreint, avait déjà été très libérateur. Honnêtement, je voulais passer à autre chose et je pensais y arriver tout seul.

Une fois cette histoire mise sur papier, j’avais l’impression que tout était derrière moi et que l'avenir me souriait. C'était mal connaître cette drogue... En fait, ce n'était que le commencement d'un cauchemar. Et j’ai dû lutter pendant encore des mois pour en venir à bout. Par conséquent aujourd'hui, plus que jamais, je crois qu’il est essentiel de le faire. De l'écrire, pour moi afin d’exorciser l’enfer par lequel j’ai passé, mais aussi pour notre communauté.

Tout d’abord, une mise au point s’impose : je ne fais aucun jugement et sachez que je respecte le choix de chaque individu de consommer quelque drogue que ce soit. Par ailleurs, je ne ferai ni la promotion ni la condamnation de ce phénomène bien présent chez nous. Je ne ferai qu’écrire mon expérience et mon vécu en vous laissant le soin de tirer vos propres conclusions.

Depuis l’âge de 15 ans, je rencontre des hommes. Pendant de nombreuses années, je n’ai jamais utilisé de substances pour agrémenter mes partys, pas même lorsque je me suis introduit dans le milieu cuir, au début des années 80. Je n’étais pas une sainte-nitouche,
j’ai tout essayé, mais le pot et l’alcool m’endormaient et les autres substances me stimulaient trop. Je n’en retirais aucun plaisir.

Je ne comptais que sur mes hormones et mon imagination pour passer de bons moments. À 37 ans, j’ai découvert les «circuit partys» et ce qui allait avec. Par contre, ma consommation n’était pas déraisonnable et n’avait jamais nui à mes activités quotidiennes. Je ne comprenais pas comment certains pouvaient se perdre en ingurgitant des doses excessives de psychotropes.

Il y a deux ans, j’ai rencontré un gars qui m’a présenté le Crystal Meth. J’avais bien évidemment entendu parler de cette substance et de ses dangers... Comme des autres drogues en fin de compte. Alors, comme j’ai toujours eu le contrôle, je me suis dit : «Pourquoi pas l’essayer et aller une étape plus loin dans l’exploration de mes sens?»

Comme toujours, j’y suis allé petit peu par petit peu, avec contrôle... jusqu’à ce qu’un jour j’en prenne un peu plus qu’à l’habitude. Ç’a été une soirée exaltante! Mais aussi la journée la plus marquante de ma vie... Dès le lendemain et pour les prochains mois, je suis devenu dysfonctionnel. J’ai dû manquer le travail et je ne pouvais vraiment pas m’en remettre... et, contre toutes mes attentes, je ne pouvais plus imaginer mes relations sexuelles sans le Crystal Meth. C’était tellement bon, mais que dire de l’enfer qui suivait mes fiestas, des chroniques que n’ai pu écrire, des relations amoureuses perdues et surtout des crises de panique majeures causées par la chimie des composantes de cette diabolique substance. J’ai failli, littéralement, y laisser ma peau.

Grâce au soutien de mes amis, j’ai décidé de reprendre le contrôle de ma vie. J’ai fait appel au Centre Dollard-Cormier et j’ai un suivi régulier. Chaque mardi soir, je fréquente aussi le groupe Crystal Meth Anonyme pour échanger avec ceux qui désirent arrêter d’en prendre.

J’ai maintenant repris mon train-train quotidien et je profite de la vie tout en reprenant graduellement confiance en moi et en retrouvant l’estime personnelle que j’avais complètement perdue. Aujourd'hui, en cette fin d'été, je profite de la liberté d'être sobre. Je célèbre le fait d'être vivant et j'en apprécie chaque seconde. Je continue mes thérapies et je vais aux rencontres CMA. J'avoue avoir été marqué par ces supplices, mais j'ai beaucoup appris sur le genre humain et cela m'a fait grandir.

Par ce témoignage, je veux vous mettre en garde contre le Crysal Meth. Si cette drogue a réussi à m’avoir, moi, qui avais toujours su garder un plein contrôle sur ma personnalité, elle peut venir à bout de beaucoup d’autres gars et filles. Ce n’est pas une drogue comme les autres. Elle est pernicieuse et sournoise. Sous des attraits de bonheur et d’extase, elle transforme en quelques mois votre vie en cauchemar. Je sais par expérience que je ne peux vous empêcher d’en prendre, mais si vous le faites, soyez prudent et prenez garde! Fixez-vous des limites et si vous les dépassez, posez-vous des questions.

En rédigeant ce papier, je suis conscient que le fait de me mettre à nu pourrait avoir des incidences pour moi. Mais je me sens le devoir de le faire. Il en a fallu de peu que je ne sois plus ici parmi vous. Et surtout, si je peux aider ne serait-ce qu’une personne à ne pas passer à travers la trajectoire que j’ai empruntée, ç’en aura valu la peine.

Si vous avez besoin d’aide, contactez le Centre Dollard-Cormier au 514-385-1232 ou allez au groupe de rencontre de Crystal Meth Anonyme (CMA) au 1223 Amherst, tous les mardis soirs à 19 h 30.

 

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Publié le 28 septembre 2012

par André Patry