Par ici ma sortie _ questions de société

Au nom de toutes les religions

Denis-Daniel Boullé
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Photo prise par © Robert Laliberté

Le 15 septembre dernier, une Love March a été organisée à Kingston, en Jamaïque, contre «la pornographie, la fornication et l’homosexualité». Une initiative de trois associations chrétiennes qui place la Jamaïque dans le peloton de tête des pays homophobes, si nous ne le savions pas déjà.

En 1999, 100 000 personnes défilaient dans les rues de Paris pour dénoncer la reconnaissance des couples de même sexe par le gouvernement socialiste de l’époque. Elles seront sûrement plus nombreuses quand le gouvernement de François Hollande proposera une loi légalisant le mariage pour les gais et les lesbiennes. En 1999, parmi ces 100 000 manifestants, il y avait des associations ultra-catholiques, des associations musulmanes et des associations juives. Une union sacrée pour dénoncer non seulement l’union des personnes de même sexe, mais l’homosexualité comme style de vie.

Musulmans, juifs, catholiques, les frères ennemis au cours de l’Histoire, avaient à cette occasion, le temps d’une journée, mis de côté leurs différends.

C’est toujours au nom de Dieu, d’un dieu, que sont condamnées, persécutées, emprisonnées, voire assassinées les minorités sexuelles, que ce soit en Afrique, au Moyen-Orient, ou en Europe de l’Est et en Russie. Ce sont toujours les grands ordres religieux qui mènent le bal pour s’opposer à toute ouverture. Aux États-Unis, au nom de la religion et au nom de la liberté d’expression, on peut brandir des pancartes appelant à tuer les gais. Protestants, orthodoxes, évangélistes, musulmans, juifs, catholiques ou toute autre branche se référant aux trois dogmes monothéistes, s’accordent sur un point : leur haine viscérale de l’homosexualité. Quel œcuménisme!

Le producteur et directeur d’un centre culturel en Ouganda, David Cecil, a été arrêté et emprisonné pour avoir maintenu son choix de présenter une pièce de théâtre à teneur homosexuelle. David Cecil risque deux ans de prison. Le Président Yoweri Museni, qui règne sur le pays depuis 1986, ne s’est pas fait connaître par son respect des droits de la personne.

Il ne se passe pas une semaine sans que des gais et lesbiennes ne soient victimes du fanatisme religieux. En Russie, l’Église orthodoxe est cheffe de file en ce qui concerne l’interdiction de la Gay Pride à Moscou.

Sans oublier les prêcheurs évangélistes, qui voient dans tout cataclysme naturel la colère divine punissant la tolérance de quelques pays à l’égard des minorités sexuelles. Mais leur message n’est pas plus ridicule que ceux qui nous disent fossoyeurs de l’humanité, ou encore qui affirment que notre reconnaissance entraînerait la reconnaissance de la polygamie, de l’inceste, voire même de la zoophilie. Un chausson avec ça!

Une tarte à la crème voudrait que ce ne soient pas les croyants qui sont homophobes, mais les institutions religieuses. On oublie que les institutions sont dirigées par des individus, qui au gré de leurs intérêts et de leur compréhension du dogme, imposent leur vision. Il n’est pas sûr qu’une trousse de sensibilisation et d’information, ou encore de démystification de l’homosexualité, soit suffisante pour les faire changer d’idée.

Une autre tarte à la crème voudrait que les religions ne condamnent plus les homosexuels, mais seulement l’homosexualité – comme si on pouvait séparer les gens et leurs actes. Dans ce cas, comment expliquer leur silence face aux exactions menées contre des gais et des lesbiennes? Quand s’indignent-elles publiquement et dénoncent-elles les actes homophobes? Quand rappellent-elles à leurs ouailles le message de tolérance à l’égard de chaque être humain? Condamnent- elles leurs fidèles quand ceux-ci expriment au nom de leur foi leur haine à l’égard de l’homosexualité?

Le nouvel archevêque de Montréal, Monseigneur Lépine, rappelle dans l’entrevue qu’il a accordée à Fugues la mission d’accueil de l’Église catholique, mais pas un mot sur ses pairs d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Europe, qui continuent de propager un message de rejet. À croire que Rome module son discours en fonction des pays : intransigeant là où son influence est grande, beaucoup plus ouvert là où elle est en perte de vitesse.

Bien sûr, il y a des églises anglicanes et des synagogues progressistes, parmi les croyants, beaucoup ne comprennent pas cet acharnement contre une partie de la population pas très dangereuse en soi. Mais leurs voix sont souvent étouffées sous celles des porte-paroles officiels de chacune des religions.

Devant toutes les urgences humanitaires et écologiques qui frappent notre planète, il faudra un jour nous expliquer une telle véhémence et un tel acharnement contre une toute petite partie de la population, pas bien méchante, qui ne demande qu’à vivre en paix.

On ne cesse de me répéter que la Bible, la Torah et le Coran ne portent que des valeurs de tolérance, d’accueil, de respect et de compassion. Comment alors comprendre que ceux qui s’en proclament les gardiens, les défenseurs et les enseignants se montrent aussi fanatiques? Peut-être qu’ils ne savent pas ce qu’ils font? Pas sûr, en revanche, qu’on ait envie de leur pardonner!



 

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Publié le 26 septembre 2012

par Denis-Daniel Boullé