ZWERG_WHIMS ’N’ WORDS

Chanter son coin de pays

Julie Vaillancourt
Commentaires

Ce piano man originaire du Nouveau-Brunswick a non seulement le physique de l’emploi, mais du talent à revendre. Avec son quatrième opus intitulé Whims ‘N’ Words, Eldon Thiele, alias ZWERG, présente un album accompli en hommage à son coin de pays. Et avec 17 titres et de multiples photos (sublimes) du musicien, prises dans diverses provinces ma-ritimes, on ne peut accuser l’auteur-compositeur-interprète de 34 ans d’être peu généreux envers son public. Discussion avec ZWERG sur la musique, l’homosexualité, les provinces maritimes et les sujets qui composent son univers.

Créer son univers musical

Les influences musicales de ZWERG sont très variées. D’emblée, il n’hésite pas à vanter les talents de Tori Amos, sa favorite pour son jeu pianistique : «Je joue du piano depuis que j’ai 5 ans et c’est mon père qui m’a d’abord enseigné. Par la suite, j’ai continué à étudier la musique à Notre-Dame D’Aca-die, une école prestigieuse à Moncton. C’était strict, mais j’ai beaucoup appris.» ZWERG a grandi dans une famille des plus musicales, avec une mère violoniste et un père professeur de piano pendant 25 ans. La question qui nous brûle les lèvres : était-ce plus sévère dans cette école réputée ou avec papa? Eldon se rappelle: «C’était définitivement plus strict avec mon père!» Cela dit, pour être polyvalent et ouvert d’esprit en tant que musicien, «je me suis toujours exposé à plusieurs types de musiques», précise Eldon. «Je me suis permis d’être influencé par plusieurs styles à la fois». Par exemple, l’influence des Smashing Pumpkins est tangible dans ses premiers albums, et il n’hésite pas à l’admettre. Cependant, tout musicien cherche à créer son propre univers. ZWERG, dans son processus créatif, avoue avoir une approche très spirituelle dans la création et d’abord musicale. Pour lui, certains mots ne peuvent exprimer ce qu’il ressent. Ainsi, les paroles viennent s’annexer à la musique, à la fin, «comme la cerise sur le sundae». Son 4e album, tant musicalement que visuellement, se veut un voyage à travers les provinces maritimes, l’artiste devenant comme un ambassa-deur de celles-ci. Et si l’on tient compte des portraits très réussis du musicien en ces lieux, on pourrait croire qu’il a déjà fait du mannequinat : «J’en ai déjà fait! Mais je suis trop petit pour l’industrie.» Et si ZWERG veut dire «petite personne» en allemand, Eldon mentionne que ce nom d’artiste est aussi redevable à ses origines allemandes.

Chanter son coin de pays

Plusieurs pièces de Whims’N’Words présentent des chansons traditionnelles et thématiques des provinces maritimes et du Canada. Pensons à New Brunswick, Northern Lights of Labrador, The Land of New Brunswick, ou O Canada, pour ne nommer que celles-là. Il y a aussi une reprise de la chanson Réveille de Zachary Richard, où ZWERG chante dans un français à l’accent acadien. Elle se veut un hommage à son héritage acadien : «Mes racines uniques et l’histoire acadienne ne pouvaient pas être retrouvées ailleurs. J’ai vécu à Toronto et à Montréal brièvement, et je me suis rendu compte que les gens connaissent peu le Nouveau-Brunswick, particulièrement les anglophones (les francophones connaissent plus la culture acadienne)». Cet album était donc l’occasion de faire connaître son coin de pays.

Être ouvertement homosexuel

Eldon vit aujourd’hui au Nouveau-Brunswick avec son amoureux et gérant : «Nous vivons ici, dans les bois, j’ai mon studio à la maison et nous avons une merveilleuse vie ensemble.» Mais le tableau n’a pas toujours été rose. Lorsqu’on demande au musicien monctonien si le choix de révéler son homosexualité était un choix conscient, il avoue y avoir réfléchi pendant plusieurs années : «J’ai grandi dans la mentalité des Églises Baptistes où l’homosexualité n’est pas favorisée. Lorsque tu es jeune et influen-çable, tu ne questionnes pas toujours les préceptes. En grandissant, j’ai donc tout essayé pour changer mon homosexualité, même des traitements physiologiques. Devant leur inefficacité, c’est là que j’ai réalisé que c’était ridicule. J’ai eu l’aide d’un docteur chrétien qui me disait que je ne pouvais pas me battre contre ma vraie nature, que je devais l’accepter. Il m’a ouvert les yeux et ç’a été le début d’une nouvelle vie!» Si Eldon avoue ne plus aller à l’Église, il se considère comme une personne très spirituelle. Après le dénouement positif de sa difficile histoire de découverte personnelle, il ne se voit pas nécessairement comme un role model mais espère aider les gens via sa musique, en communiquant l’amour et l’acceptation : «Je crois que j’ai la responsabilité de partager ce que je considère vrai. Et je crois aux droits humains. Je crois aussi que l’on peut à la fois être un être sexué et spirituel. Il faut arrêter de ressentir cette honte associée à l’homosexualité, qui a été véhiculée par l’Église et les sociétés patriarcales.» D’ailleurs, selon ZWERG, on élève trop souvent les artistes en pensant que leur histoire est plus valable ou intéressante à raconter que celles des autres : «On a tous notre propre histoire et notre passé et tous valent la peine d’être racontés. Ce qui diffère des artistes, c’est qu’ils peuvent exprimer leurs histoires et leurs expériences par le biais de leur art.» Nommé pour 4 Music New Brunswick Awards, dont album de l’année, gageons que ZWERG s’exprimera encore longtemps par le biais de son art sur la scène canadienne.


Site officiel www.ZWERG.ca et Facebook www.facebook.com/pages/ZWERG/20352626699
L’album de ZWERG intitulé Whims ‘N’ Words est présentement en vente.

 

  Envoyer cet article

ZWERG_WHIMS ’N’ WORDS

Chanter son coin de pays

Créer son univers musical Les influences musicales de ZWERG sont très variées. D’emblée, il n’hésit (...)

Publié le 26 septembre 2012

par Julie Vaillancourt