Présidentielles Américaines

À la convention démocrate, une poignée de délégués transsexuels ravis de se trouver là

L'équipe de rédaction
Commentaires

De sa voix grave, Melissa Sklarz égrène les chiffres: « six en 2004, huit en 2008, et nous sommes 13 aujourd'hui. C'est un record », se réjouit cette transsexuelle, déléguée à la convention démocrate américaine de Charlotte.

Melissa, Amy, Jamie, Janice, Mara, Meghan ou Kylar sont venus de tous les États-Unis, pour apporter leur voix au président Barack Obama pour l'élection présidentielle. Ils et elles plaisantent, se congratulent, ravis de se retrouver là, pour le caucus des délégués LGTB.

Même si elles ne sont que 13, parmi les 5 964 délégués, c'est l'occasion de saluer les progrès de ces dernières années. De dire leur reconnaissance pour ce président « de la diversité ». Mais aussi parfois, de partager les confidences d'une vie difficile, surtout pour les plus âgées.

Janice Covington, 66 ans, solide ex-ouvrier du bâtiment à l'épaisse chevelure brune, est dithyrambique. « Nous avons le bon président au bon moment ». Pour Barack Obama, dit-elle, peu importe « d'où vous venez ou votre race, pour lui, vous avez tous les mêmes droits ».

« Le Parti démocrate nous a adoptés, nous et notre lutte pour l'égalité », renchérit Melissa Sklartz, casque de cheveux auburn, elle aussi dans la soixantaine. Mara Keisling, 52 ans, n'est pas déléguée, mais a tenu aussi à venir à Charlotte. Elle est directrice du centre national pour l'égalité des transsexuels. « Je suis tellement contente de venir apporter mon soutien au président. Il a fait faire tellement de progrès aux LGTB. Sur tout ce qui concerne les droits humains, il a été avec nous. Mais le travail n'est pas terminé », ajoute-t-elle.


Désormais petit homme moustachu aux yeux verts, Kylar Broadus, 49 ans, porte fièrement un badge revendiquant sa transsexualité. Venu de Columbia (Missouri), il raconte comment il a été licencié, alors qu'il travaillait dans la finance, quand il a entamé ce que tous appellent ici leur « transition ». Depuis, il fait plusieurs petits boulots pour boucler ses fins de mois. « La plupart des transsexuels gagnent moins de 10.000 dollars par an, en dessous du seuil de pauvreté », dit Kylar. « Beaucoup n'ont pas de travail ».

« Les gens sont virés de leur boulot, ils perdent leur maison, ils n'ont pas de couverture médicale », dit aussi Melissa, en racontant comment elle est restée sans travail pendant trois ans durant sa transition. En dépit d'études supérieures, après une carrière de 20 ans en entreprise, elle a été tour à tour serveuse, réceptionniste, vendeuse par téléphone... avant de se lancer en politique et d'y trouver un équilibre.

Drôle et chaleureuse, Janice Covington se souvient encore de son enfance difficile, de l'infirmière de l'école qui avait ordonné à son père de l'emmener chez le médecin quand il avait 11 ans. « En 1958, ils me regardaient comme une abomination qui devait être exterminée », dit-elle. « Le médecin a dit que je ne me développais pas comme un garçon, et ils m'ont mis sous traitement de testostérone pendant deux ans ».
D'une voix douce, Jamie Shiner, ancien ingénieur du Wisconsin qui porte perruque blonde, parle aussi de sa « lutte avec elle même pendant 50 ans », et de celles de ses amis, « policiers, navy seals, pompiers » qui dit-elle, ont longtemps refusé leur identité.

Mais « à la fin, c'est une question de survie. Si vous voulez rester en vie, vous faites votre transition. C'est ce que j'ai fait en 2005. C'était très cher, épuisant émotionnellement. Et après, vous recollez les morceaux et vous recommencez tout ».

À la convention démocrate, elle dit vivre « les meilleurs moments de (sa) vie ».
(Source AFP)

 

  Envoyer cet article

Présidentielles Américaines

À la convention démocrate, une poignée de délégués transsexuels ravis de se trouver là

Melissa, Amy, Jamie, Janice, Mara, Meghan ou Kylar sont venus de tous les États-Unis, pour apporter (...)

Publié le 06 septembre 2012

par L'équipe de rédaction