Élections provinciales

Une femme, Pauline Maurois, à la tête d’un gouvernement minoritaire

Denis-Daniel Boullé
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Rarement une élection aura été marquée par autant de surprises, avec au final une victoire en demi-teinte pour le Parti québécois (PQ) qui formera le prochain gouvernement minoritaire avec 54 députés. Alors que les sondages prévoyaient une débâcle pour le Parti libéral (PLQ), le parti de Jean Charest talonne le PQ aussi bien dans la représentation à l’assemblée avec 50 députés libéraux élus, mais aussi dans le nombre d’électeurs qui avait choisi de le reconduire pour un quatrième mandat. Avec 31,2 % des votes contre 31,9 % pour le PQ, le PLQ restera un joueur crédible dans les mois à venir. Si la Coalition Avenir Québec (CAQ) n’obtient que 19 députés, 27,1 % des Québécoises et des Québécois ont quand même choisi ce nouveau parti. Il serait difficile de ne pas souligner que pour la première fois de son histoire, le Québec se dote d’une femme comme première ministre. En ce sens, le Québec prend le virage dans l’essor des femmes à occuper les plus hauts postes politiques.

Pauline Marois, qui a œuvré en politique depuis 33 ans, qui a été 14 fois ministres avec en charge des portefeuilles les plus importants, connaît bien la machine gouvernementale et pourra compter sur une expérience non négligeable surtout quand il faudra aller chercher l’appui des partis de l’opposition dans l’imposition de son programme. Même dans tous les dossiers d’ordre social, elle pourra compter, sous toute condition, sur le soutien des deux élu-e-s de Québec Solidaire (QS) puisque la coporte-parole de ce mouvement progressiste, Françoise David a été élue dans Gouin, Pauline Marois n’aura pas la majorité nécessaire.

Il faudra qu’elle compte sur ses grandes qualités de négociatrice pour ne pas voir l’action de son gouvernement bloquée par les deux autres partis de l’opposition officielle. De plus, il devient improbable que certaines des priorités du programme du PQ puissent être inscrites dans l’agenda du nouveau gouvernement, comme celui de rapatriement de certains pouvoirs d’Ottawa, ou le mandat sur la souveraineté ou encore sur l’initiative de référendum populaire. En revanche, elle peut par décret abroger l’augmentation des frais de scolarité et la loi 78. En fait, le PQ gagne avec un parfum de défaite et le PLQ perd avec un parfum de victoire.

On ne donne généralement pas cher d’un gouvernement minoritaire. Il est évident que dans les premiers mois, personne ne cherchera à renverser le gouvernement, les élections coûtent cher, et il faut de nouveau convaincre la population de retourner aux urnes. En fait, Pauline Marois peut sans doute compter sur au moins un an et demi pour tenter d’imposer son programme, mais cela ne se fera pas sans coup d’éclat de la part de l’opposition.

Ces élections ont eu leur lot de surprises. La plus importante, la défaite de Jean Charest dans son comté de Sherbrooke. Si le premier ministre sortant a su sauver le PLQ d’une défaite cuisante, il est sanctionné dans une ville où il a été élu et réélu, aussi bien au fédéral qu’au provincial, depuis 28 ans. Sans grande surprise, Jean Charest a décidé d'abandonner la politique au lendemain des élections, même si deux députés libéraux élus lui avaient proposé leur compté.

Du côté de la CAQ, si l’élection de Jacques Duchesneau était attendue, la défaite de Gaétan Barrette dans Terrebonne a créé une petite commotion pour ce nouveau parti. Ce candidat qui promettait un médecin pour chaque québécois, dont le franc-parler et la jovialité avaient séduit, n’a pas réussi à séduire dans son comté.

Québec Solidaire double son nombre de députés. Le coporte-parole, Amir Khadir, réélu dans Mercier, voit son double au féminin, Françoise David, élue dans Gouin, le rejoindre sur les bancs de l’Assemblée. Françoise David, figure légendaire du féminisme au Québec, a battu le péquiste Nicolas Girard, un jeune député pourtant fortement apprécié dans son comté.

L’écologiste Daniel Breton, du PQ, a décroché la victoire dans Sainte-Marie-Saint-Jacques, devant la candidate de Québec solidaire, Manon Massé qui s'y présentait pour la troisième fois.

On ne pourrait finir sans parler du plus jeune député jamais élu au Québec, Léo Bureau-Blouin. Le leader étudiant qui s’était fait remarquer par ses qualités d’orateur et par ses qualités politiques au cours de la grève étudiante a remporté son pari dans Laval-des-Rapides sous les couleurs du PQ. Âgé d’à peine vingt ans, il sera au cœur des discussions, surtout quand il sera des questions touchant les étudiants.



Malheureusement, on ne peut passer sous silence la fin abrupte de cette soirée d'élections, alors qu'un attentat au Métropolis, lieu de l'allocution de Pauline Marois, a interrompu le discours de la première ministre élue. Vers minuit, alors que Mme Marois entamait son adresse au public péquiste, ce que l'on pensait n'être qu'une bombe fumigène s'est avéré être beaucoup plus dramatique alors qu'un homme de 62 ans, Richard Henry Bain, a été appréhendé par les agents du SPVM avec, en sa possession, une arme de poing. Résultat de l'attentat, un technicien de scène tué et un autre blessé. Un incendie derrière le Métropolis a vite été maîtrisé par les pompiers. On soupçonne M. Bain d'avoir allumé le feu également. Cet événement a jeté une douche froide sur les réjouissances entraînant l'évacuation du Métropolis pour des questions de sécurité alors que Mme Marois avait tout de suite été escortée à l'abris par plusieurs agents de la Sûreté du Québec. L'enquête du SPVM débute à peine, mais plusieurs questions de la sécurisation du lieu et surtout de cette porte ouverte à l'arrière, laissée sans protection, émergeront à la surface... Une bien triste note pour souligner cette victoire...