Les hommes et la masculinité

André-Constantin Passiour
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Joe Oppedisano est un photographe de renommée mondiale. Ayant œuvré dans le milieu de la mode depuis de très nombreuses années, il a travaillé pour de prestigieux magazines, après des études en design textile au Fashion Institute of Technology dans le quartier de Chelsea à New York où il vit depuis l’âge de 18 ans.

Depuis 1997, il a publié une série de livres de photos d’art, de mode et de voyages. Cependant, en 2006, il change de régistre et publie Testosterone (chez Bruno Gmünder), un livre rempli d’images d’hommes virils, sensuels, parfois dans des positions plus que suggestives. Dans l’attente de son nouvel album, J/O (chez Gmünder également), dont la sortie est prévue en octobre prochain, nous nous sommes entretenus avec Joe Oppedisano sur sa passion et ses hommes…

Mais, curieusement, dans une entrevue récente, Oppedisano révèlait qu’il s’est mis à la photographie parce qu’il était frustré que les photographes de mode, surtout, balaient du revers de la main ses idées ! Cette passion n’était-elle pas enfouie profondément?, lui ai-je donc demandé lors de notre entretien. «Non. J’ai voyagé à travers le monde, j’ai été à Hong Kong, à Machupichu, à Paris, à Rome, etc., je n’ai jamais pris ne serait-ce qu’une toute petite caméra. Je n’en avais jamais eu l’idée à ce moment-là», dit-il candidement…

Est-ce que tu dirais que les hommes que tu photographies sont hyper masculins ?«Non. Je crois que ce sont des hommes qui sont eux-mêmes, simplement, ou des garçons qui sont des garçons, simplement… Je suis quelqu’un de très ordinaire, je peux devenir une drag queen, dans le temps de le dire mais, en général, j’aime les hommes, point. C’est pour cela que je suis gai. Ma préférence va aux mecs masculins, pas aux efféminés ou ceux qui se prennent pour quelqu’un d’autre. Non pas que je n’aime pas les gars efféminés, parce que je les aime bien, mais pas nécessairement pour coucher avec eux. J’adore les hommes qui restent eux-mêmes sans prétention. Je proviens d’une famille de cols bleus américains : les hommes allaient travailler, les femmes demeuraient à la maison pour cuisiner et prendre soins des enfants. […] Alors non, je ne considèrent pas que les hommes que je photographie sont hyper masculins. Je les prends en photo pour ce qu’ils sont et pour ce que j’aime en eux, c’est-à-dire ce côté brute, sensuel, sexuel et extrême que l’on retrouve chez chaque homme.»

Quelle est la différence majeure entre Testostérone et J/O ? À quoi peut-on s’attendre ?«Eh bien, J/O est consacré aux «Daddies». Ce n’était pas supposé être ça du tout. À l’origine, il devait y avoir deux livres, un livre de jeunes hommes et un autre d’hommes [plus virils]. Mais l’éditeur [NDLR : Bruno Gmüender] est tout simplement tombé en amour avec la section plus «daddy», il pensait que l’autre section, celle des jeunes hommes, faisait plus «mode», alors nous avons repensé le livre et refait un montage allant dans le sens de la thématique «Daddies», de vrais gars faisant des choses cochonnes et dégueulasses entre eux… C’est comme un livre romanesque mais sur du crack…»

Curieusement, l’évolution de la photographie de Joe Oppedisano a suivi l’évolution des procédés et l’utilisation du digital. Il affectionne encore le temps où les Horst, Penn, Newton, Ritts, etc. développaient leurs propres films en chambre noire. «En fait, Testosterone au complet a été photographié avec la pellicule, il n’y a aucune retouche au Photoshop ! C’était simple, brut et exact», dit-il. L’évolution de sa photo vient de son passage à L’Uomo Vogue en tant que designer graphique. Le digital lui permet, à présent, de tout contrôler et de présenter des images léchées et plus artistiques. «Des fois, je capte des scènes qui sont très érotiques et dégueulasses, mais lorsqu’on prend en compte les angles, les couleurs, la lumières, les modèles, etc., et que l’on retouche tous ces éléments, je veux alors que le spectateur sente que ce qu’il voit est loin d’être sale, mais au contraire qu’il ait l’impression qu’il tourne des pages du magazine W […]», confie Joe Oppedisano…

À noter que le photographe sera à Montréal pour le week-end de la Fête du Travail, voir à ce sujet l’article sur le party BlackKnighT organisé par Fétiche Armada. Oppedisano sera présent à cette boutique y faire la promotion du calendrier extrait de J/O.


D’autres photos et le reste de l’entrevue avec JOe Oppedisano dans la prochaine édition de ZIP (à paraître le 12 octobre prochain)

 

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Publié le 04 septembre 2012

par André-Constantin Passiour