Solidairement vôtre!

Nous avons défilé pour nous souvenir...

Steve Foster
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Lorsqu’en 1969, Pierre-Elliot-Trudeau, alors Premier minis-tre du Canada, déclara que « l'État n'a rien à faire dans les chambres à coucher de la nation » et qu’il fit adopter son Bill Omnibus qui décriminalisait, entre autre, l’homosexualité, je suis a peu près certain qu’il n’avait pas imaginé pleinement les répercussions que cette loi allait avoir sur la vie des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles, transsexuelles et transgenres (LGBT) et surtout sur leurs aspirations. Il n’avait certainement pas prévu aussi que cette loi deviendrait la pierre d’assise sur laquelle les militantes et militants LGBT s’appuieraient pour obtenir leur pleine égalité juridique et sociale au cours des années.

Depuis, de grandes avancées ont eu lieu. L'orientation sexuelle a été reconnue comme motif de discrimination interdit dans la Charte québécoise des droits et libertés (1977). Les personnes transsexuelles opérées se sont vues accorder le droit de changer de nom et de sexe légalement (1977). L'interdiction pour les gais et les lesbiennes de servir dans l'armée a été levée (1992). La Loi canadienne sur les droits de la personne s’est vue bonifiée avec l’inclusion de l’orientation sexuelle (1996). La discrimination envers les personnes transsexuelles s’est vue reconnue dans le motif "sexe" de la Charte québécoise (1998). Nous avons aussi acquis l’égalité des droits pour les conjoints de fait gais et lesbiennes (1999). Nous avons vu la création de l’union civile qui aura permis aux couples hétérosexuels et aux couples de même sexe d’avoir les mêmes droits (2002). Les parents gais et lesbiennes ont obtenu les droits parentaux égaux à ceux des parents hétérosexuels (2002) et finalement le mariage des couples de même sexe est devenu Loi en 2005.
Mis côte à côte, il semblerait bien que le tout c’est fait en quelques années. Et pourtant, ces victoires, c’est près de qua-rante ans de lutte, de sacrifices, de larmes, d’arrestations et de nuits en prisons. C’est aussi quarante ans d’espoir, de joie, de solidarité et de fierté. Ce sont des dizaines et des dizaines de personnes qui, au fil des années, ont œuvré sans relâche pour assurer l’avancée de nos droits. D’ailleurs, nombre d’entre elles sont passées inaperçues dans nos vies. Toutes n’ont pas eu les lumières des projecteurs braquées sur elles et pourtant ces personnes ont joué un rôle crucial dans nos acquis en faisant le travail de terrain nécessaire pour y parvenir. C’est le travail de chacune d’elles, individuellement et collectivement, qui a fait le succès de nos avancées. Personne ne peut revendiquer à lui seul la réussite d’un acquis et prétendre le contraire, cela serait faire un affront aux militantes et aux militants qui se sont dévoué corps et âme pour notre cause.

C’est pourquoi il est nécessaire de se rappeler, une fois à l’occasion, notre propre histoire. Et cette année, avec la thématique du défilé Notre drapeau, notre fierté, le CQGL a souhaité mettre en lumière ces moments historiques pour nos communautés et qui ont transformé la vie de milliers de gais, lesbiennes, bisexuel(le)s et transsexuel(le)s au Canada et au Québec. La thématique que le Conseil a choisi Notre fierté c’est notre histoire, vos victoires se sont nos droits, était notre façon de dire merci à toutes ces femmes et ces hommes qui nous ont permis d’avoir une meilleure vie. C’est une façon bien simple de leur dire que nous ne les avons pas oubliés. Et c’est avec fierté que nous avons défilé en leur honneur.

Il semblerait que nous devons savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. En pensant à celles et ceux qui m’ont précédé, je sais qu’il ne faut que quelques personnes qui se tiennent debout pour voir une société entière être changée. Nos militantes et nos militants se sont tenu(e)s debout et ils nous ont légué bien plus que des droits juridiques, ils nous ont légué le droit de vivre nos vies debout!

Et c’est dans cet esprit que d’autres marchent dans leurs pas afin de poursuivre le travail qui cette fois-ci vise à obtenir une réelle égalité sociale, car changer les mentalités n’est pas un tâche facile. Il nous faudra tout autant de convictions pour y parvenir. Et ce qui me rassure aujourd’hui, c’est que celles et ceux qui œuvrent pour nos communautés en sont remplis.