elles_Le garde-robe de frédérique

On appelle le 249

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Photo prise par © Robert Laliberté
Le Garde-Robe foisonne de célibataires, ce soir, c’est un événement spécial, un style de soirée organisée pour que des filles se rencontrent, se plaisent et se cruisent. La formule est simple, il s’agit d’un bal masqué, un numéro est assigné à chacune des participantes et des numéros seront nommés au hasard dans la soirée, Fred est en charge des combinaisons de chiffres.

Pascale arrive au Garde-Robe, elle a mis un masque lui cachant les yeux et le nez, et une robe d’été courte mais pas trop, coupe années 60. Elle est accompagnée de son amie Johanne, les deux sont célibataires depuis quelques mois et l’idée leur semblait quand même agréable de venir déguisées à une soirée en plein Village. Pascale s’exclame: «As-tu vu le monde, c’est ben trippant! On doit être au moins 300 filles, sûrement plus!» Johanne la regarde et éclate de rire sous son casque et ses lunettes d’aviatrice des années 30. «Oui! Mets-en, au moins 300, t’as le numéro 249, il me semble que c’est un numéro chanceux.» Pascale dévisage Johanne : «Mme numérologie, je ne vois pas qu’est-ce qu’il y a de plus sexy dans le 249 que dans ton 258?» Fred leur sourit et leur souhaite une belle soirée.

La soirée est conçue en quatre tableaux correspondant à quatre générations de musique: les années 1970-1980-1990 et 2000. Les filles vont voyager dans le temps, à l’intérieur de chaque «speed dating», elles auront le temps de se zieuter, de se parler et de se charmer.

Une heure passe rapidement, le party commence à prendre forme, il est 22h30 et Fred se prépare à nommer les numéros; la musique baisse lentement et elle s’élance pour susciter les premières rencontres de la soirée : 22 et 90; 38 et 107; 58 et 2 ainsi de suite… jusqu’à une cinquantaine d’associations. Pascale s’exclame : «Johanne, vas-y, t’as été nommée, il faut que tu trouves la 63!» «OK, OK, je sais pu si ça me tente, j’aime ça juste rester ici et regarder le monde.» «Sérieux, tu vas pas te dégonfler, on est venu ici pour ça!» Johanne part à la recherche de sa nouvelle date, Pascale sirote son verre et se laisse aller sur la musique, elle n’est pas sortie depuis des lunes et se sent bien, elle est prête, elle a envie de rencontrer. Quinze minutes plus tard, Johanne revient toute pimpante, Pascale veut tout savoir «Alors? Qui t’as rencontré? C’est comment?» Johanne sourit souverainement. «J’ai rencontré Laure! Regarde, elle est là-bas.» Pascale cherche «Laquelle? Cléopâtre ou La Comtesse de Ségur?» Johanne répond : « Voyons non, celle en Peter Pan!» «Ho! OK! La rousse!» Johanne acquiesce de la tête et reprend : « C’était super intéressant, on s’est même échangé nos courriels. » Pascale lève son verre. « La soirée commence bien! » La voix de Fred retentit au Garde-Robe, les nouveaux numéros sont appelés. Pascale est fébrile, elle doit trouver le numéro 175, elle commence à faire le tour, elle cherche curieuse, on lui prend le bras doucement, elle se retourne, la 175 est là devant elle! La fille a un masque de Catwoman et le corps qui vient avec. « Salut Pascale! » La voix un peu enrouée lui rappelle quelqu’un, Pascale répond : « On se connait? » Catwoman éclate de rire «J’peux pas croire que tu ne me reconnais pas! C’est moi, Judy!» Pascale n’en revient pas Judy ici! «Mais t’es méconnaissable, depuis quand t’es reve-nue?» Judy raconte qu’elle est de retour depuis quelques mois. Pascale la regarde, encore éblouie de la voir. «Wow! T’as tellement changé en quatre ans, et en même temps… » Les premières notes d’Enjoy the silence de Depeche Mode leur évite le moment de nostalgie qui commençait à s’installer dans leurs yeux. Judy prend la main de Pascale et l’entraîne sur la piste de danse, elles se déhanchent, se déchaînent, elles se perdent au rythme de la musique et les souvenirs de Pascale refont surface comme une bouteille à la mer surgissant de la marée. Judy, son ex-blonde, sa plus longue relation, sa plus grande peine d’amour. Elles se sont quittées quand Judy est partie à Vancouver, une offre qu’elle ne pouvait refuser, une offre que Pascale ne pouvait accepter. Chacune a suivi sa voie, elles y ont laissé une partie de leur cœur, la relation longue distance, ce n’était pas pour elles, ensuite la distance après la rupture est devenue leur mode de survie.

Les numéros ont recommencé à se faire entendre et Judy n’a pas envie d’aller à la recherche d’une autre soupirante. Pascale s’exclame : «Ton numéro est sorti! » Judy répond : «Je sais, j’ai pas envie!» «C’est poche pour l’autre qui te cherche!» Judy prend son numéro et le colle sur la robe de Pascale «Tiens vas-y toi! Tu vas trouver c’est sûr, t’es toujours aussi belle!» Pascale est médusée, elle se tient là et n’ose pas bouger, elle finit par dire : «Non! Ça va, merci, une rencontre me suffit pour ce soir!» Judy lui sourit, elle hésite et lui reprend la main. Pascale s’approche d’elle. «Je te jure que je ne t’ai jamais reconnue, t’étais comme une étrangère.» «Attends», Judy enlève son masque. «Maintenant?» Pascale est émue, c’est bien elle, ses traits fins, sa blondeur, ses yeux bleus. Judy lui dit : «J’suis contente de te voir, de te revoir.» «Moi aussi, Judy, je pensais pas qu’un jour on se recroiserait, pas comme ça.» Elle lui dit : «Suis-moi.» Elles se dirigent vers Fred qui s’exclame : «Ça va les filles?» Pascale dit : «Oui, on voulait te dire d’enlever nos numéros!» Fred acquiesce avec plaisir. Elle regarde les deux filles sans masques s’éloigner, et les voit s’arrêter devant l’aviatrice qui est en pleine séance de french avec Peter Pan et se dit: «Oui! C’est vraiment une soirée réussie!»