Philippines

La quasi-totalité des nouveaux cas malades ont été infectée lors de rapports sexuels entre hommes

Hector Cartier
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Dans ce pays où l'Église catholique reste très influente et condamne les relations homosexuelles et l'usage du préservatif, il ne faut pas se surprendre que la quasi-totalité des nouveaux cas de VIH/sida aux Philippines ont été infectée lors de rapports sexuels entre hommes.

Les Philippines ont décompté 9.669 malades du sida depuis le premier patient en 1984, un chiffre peu élevé pour une population approchant les 100 millions. Mais les autorités savent que de nombreux cas ne sont pas détectés et elles prévoiet une tendance à la hausse.

Depuis 2010, plus de mille patients infectés par le VIH sont répertoriés chaque année, contre moins de 500 cas par an jusqu'en 2008, selon les chiffres du ministère de la Santé.

Et près de 90 % des nouvelles infections sont intervenues lors de rapports entre hommes, souligne le Programme de développement des Nations unies (Pnud).

« Il y a une explosion inquiétante des cas de VIH, marquée par un changement dans le mode de transmission », déclare à l'AFP Philip Castro, le responsable du programme sida/VIH du Pnud. Quelque 87 % des nouvelles infections sont le fait de rapports non protégés, ajoute-t-il.
Un manque d'éducation sur la transmission du VIH, le virus à l'origine de la maladie du sida, ainsi que la honte associée à cette pathologie, empêchent beaucoup de malades de demander de l'aide, selon les experts médicaux.

Ils soulignent le rôle de l'Église catholique, dont 80 % de la population se réclame, et qui reste très influente dans ce pays, un des derniers au monde par exemple à interdire le divorce. Elle vient de bloquer un projet de loi visant à subventionner la contraception pour les ménages les plus pauvres.

Pour l'Église, une relation monogame et responsable est la clé pour empêcher la propagation du virus. « Une loi sur la santé reproductive (la limitation des naissances), ou n'importe quelle loi d'ailleurs, n'empêcherait pas la montée du VIH », déclare le Père Melvin Castro, responsable de la commission épiscopale sur la famille et la vie. « Un changement d'attitude et de style de vie y parviendra ».

Humphrey Goricetta, 37 ans, a été infecté lors de relations sexuelles avec des hommes. Cet ancien directeur d'une galerie d'art milite désormais au sein de la communauté gaie pour mettre en garde contre les dangers de rapports non protégés et aider les personnes infectées.

« Je connais beaucoup de gens qui ont le sida et qui ne peuvent pas aller à l'école, à l'église ou avoir accès à des soins médicaux », dit-il. « C'est comme une lèpre moderne, sauf qu'elle n'est pas visible ».

Le trentenaire est un des rares hommes aux Philippines à avoir annoncé publiquement qu'il était malade. Selon lui, le nombre de personnes infectées est bien supérieur aux chiffres officiels.

Le virus attrapé lors d'un rapport entre hommes est parfois transmis ensuite à une ou des femmes, lorsque le partenaire est bisexuel.

« Ce sont des choses dont on ne parle pas. On ne dispose donc pas de beaucoup d'informations sur ce volet-là », regrette Ana Santos, une des figures de la lutte pour les rapports sexuels protégés. « Notre société est très conservatrice, les gens ne parlent pas facilement des relations sexuelles en général, et encore moins des relations entre hommes ».

Le conservatisme est tel que même les personnes les plus sexuellement actives hésitent à acheter des préservatifs pour se protéger. D'autant qu'ils sont chers : un dollar US la boîte de trois, une fortune lorsqu'on sait qu'un tiers de la population vit avec moins d'un dollar par jour.

Pourtant, un programme de distribution de préservatifs, d'éducation et d'examens médicaux réguliers au sein de la communauté des prostituées a limité la transmission de la maladie, souligne Philip Castro, du Pnud.

 

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Publié le 29 juillet 2012

par Hector Cartier