Les 30 ans du Village

Le Parc de l’Espoir

Yves Lafontaine
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S’il y a un parc où l’implication des citoyens a joué un rôle important, c’est bien le Parc de l’espoir. En 1990, les militants d’Act Up y terminent leur marche du premier décembre et installent 1 400 rubans noirs dans les arbres pour marquer de façon percutante les morts dans la communauté gaie. Dans les jours qui suivent, la Ville fait enlever les rubans par ses services d’entretien. Quelques semaines plus tard, en janvier, les militants regarnissent les arbres de 1 400 rubans multicolores, rappelant les couleurs de l’Arc-en-ciel. Et des milliers de gens les imitent et emboîtent le pas.

Pendant plusieurs mois, on a pu y voir des rubans mémoriaux (sur lesquels le nom de personnes décédées avait été inscrit), des oursons, des objets personnels qui se retrouvent au pied des arbres. Une campagne populaire auprès des politiciens est mise en branle et les réunions des Comités de quartier sont saisies de la nécessité d’un parc officiel pour les victimes du sida.

Entre temps, le parc devient le lieu privilégié pour les actions de Act Up et pour maintes manifestations gaies ou d’organismes sida. Une plaque non officielle est installée par les citoyens en mai 1993. Le tournage du film Médecin du cœur, sur la bataille du docteur Réjean Thomas, a capté ce moment. On y lisait «Parc commémoratif des victimes du sida». ?

À la Ville, les élus hésitent d’abord, mais de guerre lasse, le parc est finalement désigné officiellement par la Ville. Lors du marchethon Ça marche, en septembre 1994, une plaque commémorative (œuvre de Marc Pageau) est enfin dévoilée. Faite d’un acier qui a la particularité de rouiller rapidement, elle symbolise les souffrances des sidéens.

Alors que la trithérapie fait son arrivée dans le paysage, la ville débloque 2 500 000$ pour l’aménagement du parc qui, à la manière des places publiques de France, permet une bonne circulation. Des tombeaux symboliques deviennent des bancs publics. Des réceptacles autour de la plaque commémorative sont destinés aux fleurs et offrandes aux victimes. Les petits murets veulent représenter le passage vers la mort que le sida a imposé prématurément à tant d’hommes gais.

À l’arrière, le précieux rhododendron sauvegardé dans un petit espace gazonné représente la vie. Dans le plan initial, des pommetiers devaient aussi être plantés pour apporter, au printemps, une touche de rouge, mais on les a éliminés du projet pour des raisons de sécurité. ?Sachez, par ailleurs, que la plaque de granit noir près du mur de l’immeuble recouvre un graffiti homophobe « Sida=vie, Dieu est contre les gais ». La vie des gais et des sidéens n’était pas si rose que ça au milieu des années 90, faut-il le rappeler.

Source : « Retour historique sur le parc de l’espoir : De l’espoir pour le Parc de l’espoir », de Claudine Metcalfe, paru dans l’édition de Janvier 2003 du magazine FUGUES.