Mariage entre personne de même sexe et adoption

Au tour de la France?

Denis-Daniel Boullé
Commentaires

Jean-Luc Roméro est un homme politique français qui adore le Québec. Il y vient depuis de nombreuses années et rencontre à chaque fois les principaux acteurs de la scène gaie et du sida. Premier politique français à dévoiler publiquement sa séropositivité, il s’est engagé depuis des années aussi bien pour les droits des LGBT, le mariage entre autres, que dans la lutte contre le sida et la sérophobie. Il donnera d’ailleurs une conférence dans le cadre de la semaine de la Fierté sur ce sujet. Autre volet qui lui tient à cœur, le droit de mourir dans la dignité. Auteur de plusieurs ouvrages qui abordent toutes ces questions, Jean-Luc Roméro fait partie des ces hommes et femmes politiques qui n’ont pas peur de se mouiller et d’éclabousser pour faire tomber des tabous.

Qu’est-ce que cela représente pour toi d’être un invité de «marque» pour cette semaine de célébrations à Montréal ?

C’est un honneur, non pas pour le titre, mais parce que je suis sincèrement fier de rejoindre une manifestation porteuse d’aussi belles valeurs! Et puis l’ambiance y est tellement extra! J’aime tellement votre marche que c’est la quatrième à laquelle je participe. Pour moi, la Fierté de Montréal c’est l’occasion de faire de nombreuses rencontres avec des gens passionnants, de discuter, de partager. Vous êtes très en avance sur la France en ce qui concerne notamment la lutte contre les discriminations et l’homophobie, et je reviens toujours de Montréal avec des idées plein la tête. Je compte bien en mettre en œuvre quelques-unes en revenant en France! Et cela me sera aussi utile pour le documentaire Homopoliticus que j’achève avec Aleksandar Dzerdz, qui traite de l’homosexualité et de la politique et qui sortira sur une chaîne française en novembre prochain. Le président Hollande a réitéré cet engagement, avec un débat à l’Assemblée à l’hiver 2013.

Avec l’arrivée d’un président et d’une majorité de députés socialistes, le mariage des conjoints de même sexe devient-il une réalité possible?

François Hollande a été extrêmement clair sur cet engagement - la proposition 31, il l’a répété à de nombreuses reprises sans aucune ambigüité. Alors, bien sûr le débat va être dur; il se peut que certains parlementaires, qui n’existent que par leur sens de l’injure, s’en donnent à cœur joie, caricaturent, grognent, hurlent à la fin du monde! Il faudra savoir répondre avec retenue, sans tomber dans le piège de la provocation, mais il faudra aussi répondre avec fermeté. Je voudrais quand même rappeler deux choses aux opposants à cette réforme : déjà, elle est souhaitée par une majorité de Français et cela lui donne une légitimé populaire. En votant pour François Hollande, les électeurs ont voté pour cet engagement qui a été rappelé à de nombreuses reprises durant la campagne. Ensuite, il ne s’agit absolument pas de donner plus de droits à un groupe de personnes, il s’agit simplement, pour l’Etat, de rétablir l’égalité entre tous les citoyens. Car oui, c’est ça la République : les mêmes droits pour tous! Permettez-moi de vous faire cette petite confidence : à titre personnel, j’espère bien avoir le bonheur de profiter rapidement de cette réforme à venir … Je n’aurais jamais cru connaître cela dans ma vie!

Qu’en est-il d’un autre enjeu qui te tient à cœur, celui du droit de mourir dans la dignité?

Nous avons en France – mais vous aussi, vous connaissez ces drames épouvantables qui font les faits divers de nos journaux – des difficultés avec la question de la fin de vie. On meurt mal dans notre pays, entre acharnement thérapeutique – pourtant proscrit par la loi – et une législation qui date de 2005 et qui condamne une personne en fin de vie à mourir de faim et de soif pour prétendument «abréger» ses souffrances. L’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité, que je préside depuis 2007 et qui est forte de près de 50 000 adhérents, milite pour qu’une loi de liberté, similaire à celle qui existe déjà aux Pays-Bas (2001), en Belgique (2002) ou encore au Luxembourg (2009), et qui y fonctionne très bien, permette à chacun de rester maître de son propre parcours de fin de vie et de choisir librement et en conscience entre une aide active à mourir (euthanasie ou suicide assisté en fonction de celui qui fait le geste, un médecin ou le patient lui-même), une place dans une unité de soins palliatifs à côté de son domicile (en France, très peu de places existent faute de moyens, un comble pour un pays aussi riche que le nôtre) et le respect de sa décision d’aller au bout de sa maladie si cela correspond à sa propre conviction. Le combat est rude car les associations pro-vie – dans ce domaine comme dans bien d’autres, dont celui du mariage des gais – entendent nous opposer leurs convictions personnelles, au nom d’une morale que nous ne reconnaissons pas. En France, selon les derniers sondages, entre 91% et 94% des Français approuvent le recours à l’euthanasie, évidemment de manière encadrée. François Hollande, qui a été élu président de la République le 6 mai dernier, a fait la promesse (proposition 21) de légiférer en faveur du droit de mourir dans la dignité. Nous avons confiance, mais nous ne relâchons pas la pression et nos militants sont très mobilisés: plus de 65 000 lettres ont été envoyées à la présidence de la République pour rappeler à François Hollande ses promesses de la campagne électorale.

Dans un livre que j’ai intitulé Les Voleurs de Liberté [N.D.L.R. : réédité en 2012 par la maison d’édition L’Esprit Frappeur et enrichi d’une postface (2009-2012, Vers un avenir libéré de la souffrance)], je dresse le constat de la situation de la fin de vie en France et ce n’est pas élogieux pour notre pays. Je ne peux qu’inviter ceux qui s’intéressent à la question de la fin de vie à le lire.

Selon toi, quelles seront les orientations du nouveau gouvernement en ce qui a trait au sida et à la prévention, et rejoignent-elles les attentes des associations ?

Soyons francs : même si j’ai de l’estime pour certains ministres passés à la santé, le sida n’a pas été une priorité pour l’ancien gouvernement conservateur français. C’est le moins que l’on puisse dire! Alors voila, la première chose que l’on peut attendre du gouvernement, c’est ça : refaire de la lutte contre le VIH/sida une priorité politique, car le sida se soigne aussi par la politique. Sincèrement, j’ai confiance sur ce point : lorsque notre président François Hollande, alors candidat, était intervenu en novembre dernier lors des Etats généraux d’Elus Locaux Contre le Sida, association que je préside, il avait tenu un discours très engagé, offensif et conscient des réalités et des priorités. Selon moi, les priorités du gouvernement vont être d’innover dans la prévention faite en direction des publics dits vulnérables (LGBT, migrants, prisonniers, etc.), d’augmenter les crédits pour la mise en œuvre de la politique d’éducation à la vie affective et sexuelle, d’œuvrer sur le plan international, notamment sur les financements innovants, pour assurer l’accès universel aux traitements, et sur les restrictions à la liberté de circulation et d’établissement des personnes touchées, de travailler sur la visibilité des personnes touchées en mettant fin à cette interdiction dramatique de faire des soins de conservation pour les personnes décédées séropositives… Voilà quelques exemples de priorités, mais ce n’est pas exhaustif, loin de là! La lutte contre le VIH/sida ne peut être efficace que s’il y a un réel volontarisme politique. Voilà ce que tous les acteurs de ce combat attendent : le volontarisme politique.

 

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Publié le 26 juillet 2012

par Denis-Daniel Boullé