Dimanche 19 août — Le défilé sera sous le thème « Notre drapeau, notre fierté »

Un symbole identitaire, pas juste un drapeau

Yves Lafontaine
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Utilisé dans les célébrations de la fierté à travers le monde, le drapeau arc-en-ciel est un symbole de revendication identitaire. Et si son utilisation sous forme d’adhésif et la commercialisation d’innombrables objets qui portent ses couleurs donne l’impression à certains que cela lui a fait un peu perdre de son sens politique, le drapeau arc-en-ciel est néanmoins vu, de plus en plus, comme une marque de reconnaissance, un code accepté par la société. Bien qu’il ne fût réellement adopté au Québec que depuis le début des années 90, l’arc-en-ciel existait déjà depuis plus d’une décennie et gagnait progressivement en popularité, devenant chaque année un peu plus un signe festif de l’appartenance à une communauté diverse, mais unique. C’est sous le thème « Notre drapeau, notre fierté », que le défilé 2012 de Fierté Montréal se déroulera le dimanche 19 août. Retour sur la naissance d’un symbole.

Ce symbole aujourd’hui internationalement reconnu est né à San Francisco, en 1978. En réponse à l’appel lancé par le premier politicien ouvertement gai, l’activiste Harvey Milk, qui affirmait la nécessité de créer un symbole unificateur et positif pour la communauté, le militant Clive Jones et l’artiste Gilbert Baker ont l’idée de créer un drapeau utilisant les couleurs de l’arc-en-ciel pour célébrer la diversité et l’espoir. Gilbert Baker, qui vit maintenant à New York, se remémore les événements qui ont mené à la création et à l’évolution du drapeau...

Comment en êtes-vous arrivé à créer le drapeau arc-en-ciel ?

« Je suis un artiste, j’aime créer de nouvelles choses, travailler de mes mains, travailler la matière, les tissus, confie Gilbert Baker. J’ai toujours aimé coudre. J’ai acheté ma première machine à coudre lorsque je suis sorti de l’armée en 1972. C’est rapidement devenu un outil de travail et de création que j’utilisais tous les jours. À l’époque de faisais des spectacles de drag et confectionnais mes propres costumes étant donné que je ne pouvais m’offrir les vêtements que j’aimais dans les magazines. Dans les premières années de militantisme de la libération gaie, on faisait souvent appel à moi quand il y avait un ralliement politique. Je mettais mes robes de côté et de je confectionnais des bannières. C’était devenu mon rôle, ma manière de contribuer à la cause. C’est comme ça que j’en suis venu à fabriquer le drapeau. »

À l’époque, San Francisco devait être une ville particulièrement intéressante où vivre...

« Effectivement, c’était un endroit incroyable où nous avions comme communauté une grande liberté. Il y avait aussi une concentration suffisamment importante de gais et de lesbiennes pour avoir un poids politique. C’est d’ailleurs là qu’a été élu le premier politicien ouvertement gai,?Harvey Milk. Harvey a toujours été un activiste près des gens et une personne visionnaire. C’est lui, il me semble, qui a suggéré de créer un symbole unificateur et positif pour la communauté. Avec (le militant) Clive Jones, j’étais allé à cette rencontre du comité organisateur du défilé de la fierté de San Francisco et nous avons proposé l’idée d’un drapeau rassembleur. Le drapeau arc-en-ciel me semblait un match parfait avec les intentions de départ. Les drapeaux sont des symboles identitaires auxquels on s’identifie, des objets à valeur politique qu’on peu brandir lors de manifestations. Le drapeau aux couleurs de l’arc-en-ciel était aussi, de diverses manières, une réponse au triangle rose qu’on nous avait imposé durant la Guerre pour « marquer » nous homosexuels, nous identifier. Ce symbole de persécution a par la suite été repris par certains militants comme symbole identitaire — Act Up, entre autres, s'en est servi dans un contexte différent : celui de l'épidémie du sida, qui commença par toucher les homosexuels —, mais comme les origines du triangle rose comportaient une part importante de négatif, plusieurs désiraient qu’on trouve un symbole plus joyeux, plus en accord avec la diversité qu’on retrouve au sein de la communauté. La profusion de couleurs de l’arc-en-ciel était, en plus, porteuse d’un caractère festif souhaité. »

Quel sens symbolique avait le drapeau et ses couleurs pour vous à l’origine ?

« Caractéristique de l’époque hippie chacune des huit couleurs a d’abord été associé à un concept ou une idée liée à la communauté. Mais le sens initial et fondamental du drapeau réside à mes yeux dans la diversité. Une diversité assumée, constatée et célébrée, à l’image du spectre complet de la sexualité humaine, qui est également quelque chose de sacré à mes yeux. Le drapeau original a été confectionné au Centre communautaire gai de San Francisco, avec des milliers de verges de tissu. Du coton que nous avons lavé, teint, relavé à nouveau, reteint plusieurs fois afin de trouver les couleurs, la dimension et les agencements qui nous ont satisfaits. On utilisait des teintures naturelles qui tachaient la peau pendant des semaines, mais permettaient de créer des couleurs éclatantes. Les deux premiers drapeaux d’une dimension de 60 pieds par 30 pieds ont été hissés à San Francisco,. en juin 1978, sur la Place des Nations Unies, lors de la Gay Pride. Dans les jours qui ont suivi, j’ai reçu plein de demandes de personnes, me demandant de leur fabriquer un drapeau. Après quelques semaines cependant, j’ai compris que je ne pourrais fournir à la tache et surtout que j’allais manquer de tissu rose, une couleur que j’avais eu beaucoup de difficulté à reproduire. »

Le drapeau a donc remporté un succès immédiat...

« Oui. À la réaction des milliers de gens qui se trouvaient sur la place, il était évident que nous avions créé quelque chose de fort. Rapidement, plusieurs groupes et participants ont demandé la permission de pouvoir l’utiliser lors des prochaines marches. La décision fut prise pour qu’on le reproduise à plusieurs milliers d’exemplaires. J’ai donc pris contact avec le plus important fabricant de drapeaux de San Francisco, la Paramount Flag Company, pour lui proposer la production à grande échelle du drapeau arc-en-ciel. Malheureusement, la teinte rose vif n'était pas disponible industriellement à cette époque et on a donc pris la décision de supprimer cette couleur. Et, de manière à pouvoir distribuer également les couleurs de part et d'autre du parcours des marches, on a éliminé une autre bande, le turquoise. Pour des raisons esthétiques, j’ai alors remplacé l'indigo par le bleu royal, formant le drapeau à six bandes (rouge, orange, jaune, vert, bleu, violet). C’est cette version du drapeau qui est devenu la version commerciale que l’on connait dorénavant partout. »



La visibilité est-elle aussi importante aujourd’hui qu’elle l’était à l’époque?

« La visibilité est essentielle pour la lutte. Les gens qui croient que la lutte est finie se trompent. Tout combat politique est long et doit être soutenu. Si on ne reste pas vigilant, on risque de perdre les quelques acquis remportés. C’est vrai que l’on vient de loin, qu’il y a des acquis. Il est plus facile de vivre nos réalités ouvertement à New York, Londres, Paris ou Montréal. C’est moins le cas à Jakarta ou Téhéran. Et bien qu’être gai aujourd’hui, c’est différent que ce que c’était quand j’étais jeune, s’accepter comme gai sera toujours un moment important, un moment de libération personnelle qui est un élément commun et collectif à tous les gais. Un très bel outil de visibilité à la fois séduisant et puissant. »


Le défilé de la fierté Montréal 2012 aura lieu le dimanche 19 août 2012, dès 13 h. Partant à l’angle du boulevard René-Lévesque Ouest et de la rue Guy, le défilé parcourra le centre-ville vers l’est et se terminera à l’angle de la rue Sanguinet.

Les spectateurs pourront ensuite poursuivre la marche en direction du parc Émilie-Gamelin, où se déroula le MÉGA T-DANCE et le spectacle de clôture.

Infos concernant le défilé : www.fiertemontrealpride.com


 

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Publié le 26 juillet 2012

par Yves Lafontaine