Sensibiliser les aînés à l’homophobie

Un centre communautaire innove par des activités inclusives

André-Constantin Passiour
Commentaires

Sur le Plateau Mont-Royal, le centre communautaire Projet Changement, qui dessert une clientèle âgée de 50 ans et plus grâce à une subvention du ministère de la Justice du Québec, entreprend tout un programme destiné à «décloisonner» les réalités LGBT, à sensibiliser les aînés à la présence de ces personnes d’un côté et, de l’autre, à inclure les LGBT dans les activités du centre. La programmation sera variée et débutera essentiellement cet automne, sauf pour la création collective, une production théâtrale, dont les auditions débuteront en juin. Des vidéos, des témoignages, des conférences et du cinéma, entre autres, seront au rendez-vous.

L’an dernier, par la bouche du ministre de la Justice et Procureur général Jean-Marc Fournier, le gouvernement québécois annonçait son Plan d’action gouvernemental de lutte contre l’homophobie qui comprenait le Fonds de lutte contre l’homophobie et auquel les groupes communautaires peuvent faire appel pour des subventions qui respectent les objectifs du Plan.

«Nous avons donc obtenu une subvention du ministère de la Justice dans le cadre de ce fonds pour sensibiliser les aînés aux réalités LGBT, pour que ces réalités se côtoient, se rencontrent et échangent et qu’il y ait une meilleure intégration des personnes LGBT dans le quotidien des personnes âgées», explique Éric Billard, responsable du développement social et communautaire à Projet Changement, un centre communautaire situé juste en face du métro Mont-Royal et qui offre une multitude d’activités aux gens de l’âge d’or.

Projet Changement existe depuis 1972, ce qui en fait le plus ancien centre communautaire pour aînés au Québec. Il compte 850 membres en ce moment, mais offre des services à plus de 2 000 personnes par année. «Le centre comprend une foule d’activités artistiques, physiques, intellectuelles, de services d’entraide, d’orientation, de références», poursuit M. Billard qui y œuvre depuis huit ans maintenant. «Nous travaillons ici sur la santé globale des personnes de plus de 50 ans et ce projet concernant l’homophobie s’inscrit parfaitement dans cette direction.»

Il s’agit, en effet, d’un programme en plusieurs volets. Mais tout n’est pas encore coulé dans le béton. Cependant, une activité «croissants causerie et écriture» rassemblera les gens autour d’un café pour discuter, mais aussi pour se lancer dans la poésie ou l’écriture et ensuite présenter son œuvre au public présent. Des événements de témoignages sont aussi prévus : on incitera des gens du milieu à venir partager leurs expériences pour mieux faire connaître la vie des LGBT. Éric Billard enregistrera des témoignages sur vidéo pour les diffuser sur le web «afin que des intervenants auprès de personnes âgées puissent les utiliser en tant qu’outils de sensibilisation dans leurs milieux», dit-il. Un historien membre du centre donnera aussi une série de conférences sur des thèmes tels que l’église et l’homosexualité, la position de la psychologie face à l’homosexualité, l’évolution de la société et l’homosexualité, etc. Les vendredis seront réservés à Ciné-réflexion, avec des visionnements de films et de documentaires qui seront suivis par une discussion.

«Il y aura un projet photos avec Robert Laliberté. Cette portion n’est pas encore très définie et nous sommes en discussion avec lui pour voir comment elle prendra forme, mais il va travailler avec nous cet automne. Cela mènera-t-il vers une exposition? C’est possible, on verra», indique M. Billard, qui possède une vaste expérience avec les personnes séropositives grâce à son travail auprès d’organismes comme la Maison Amaryllis ou la Maison Plein Cœur.

Le volet qui décollera sous peu est celui de la «création collective» théâtrale, puisque les auditions auront lieu dès juin. Mais quel est au juste ce projet ? «Il s’agit d’une pièce à sketches sur le vieillir gai, des mises en situations sur les préoccupations que l’on a lorsqu’on est gai ou lesbienne et que l’on a peur, par exemple, de se retrouver dans une maison de retraite. Parce que, lorsqu’on est out, cela peut ne pas être facile de se retrouver en centre d’accueil, on se pose des questions : quelle sera l’attitude des autres? vont-ils nous accepter? vont-ils accepter mon chum ou ma blonde? etc. Les personnages vont évoluer avec le temps, avec les expériences, avec les visions afin que la pièce puisse se tenir et qu’elle ait une direction», dit M. Billard. C’est donc une sorte de casse-tête sur différentes thématiques touchant des gens de 50 ans et plus.

On recherche donc des personnes LGBT qui se sentent à l’aise de se produire et qui sont disponibles. «Il s’agit de quelque chose de dynamique, qui pourra être tourné en vidéo également. Nous allons sous peu annoncer les auditions afin que l’on démarre cet été et que la pièce soit rodée et prête pour cet automne. C’est pourquoi nous commençons plus tôt la pièce par rapport aux autres activités qui, elles, débuteront en septembre», précise Éric Billard. Il faudra donc surveiller, dans ce magazine, l’annonce de la recherche de candidats pour la création collective de Projet Changement.

Infos : Éric Billard, 514-521-5145 ou www.projetchangement.com

 

  Envoyer cet article

Sensibiliser les aînés à l’homophobie

Un centre communautaire innove par des activités inclusives

L’an dernier, par la bouche du ministre de la Justice et Procureur général Jean-Marc Fournier, le go (...)

Publié le 25 juillet 2012

par André-Constantin Passiour