Par ici ma sortie _ questions de société

Montréal, oasis arc-en-ciel

Denis-Daniel Boullé
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Photo prise par © Robert Laliberté

Des militants gais arrêtés à Saint-Pétersbourg, le maire de Moscou qui maintient l’interdiction d’une gay pride, des militants LGBT africains persécutés, la résurgence de mouvements d’extrême-droite en Europe, et la droite conservatrice et catholique en France prête à tout pour s’opposer au mariage pour les couples de même sexe, alors que Montréal s’apprête à fêter en toute sécurité et sans controverse pendant toute une semaine la diversité sexuelle. Les écarts entre ce qu’un gai ou une lesbienne peut vivre ici et ce que d’autres subissent ailleurs s’approchent des abysses. Ce que notre petit confort privilégié nous porte à oublier. Heureusement, nous ne sommes pas tous ainsi…

Et il faut bien reconnaître que des organismes comme Fierté Montréal ou encore le Conseil québécois des gais et lesbiennes tiennent toujours à ce que l’international soit présent à notre esprit. On se souviendra de la présence l’année dernière d’Alice Nkom, avocate camerounaise, qui défend depuis des années des gais camerounais emprisonnés arbitrairement. Cette année, avec la conférence sur les droits et le Pink Drop, Fierté Montréal tient aussi à rappeler à sa façon que le respect et la dignité des personnes LGBT ne s’arrêtent pas aux frontières de la province, ni du même du pays.

Bien sûr, d’autres pays apparaissent au tableau d’honneur quant à la reconnaissance et l’égalité des homosexuels et des trans. Mais peu de ces contrées peuvent s’enorgueillir de faire l’unanimité au sein de leur population. Aux Pays-Bas, l’extrême-droite a repris du poil de la bête, comme dans beaucoup de pays scandinaves; en Espagne, l’Église catholique espère du nouveau gouvernement conservateur qu’il défasse le mariage gai, etc.

Comme quoi les acquis peuvent être fragiles et doivent être défendus. Et si aux États-Unis, certains États font preuve de progressisme, d’autres au contraire tentent de durcir leur législation pour barrer la route à toute revendication LGBT. Plus l’orientation sexuelle et l’identité de genre sont visibles, plus elles suscitent de la part des adversaires des prises de position, des déclarations, voire des actes violents pour répéter ce que tous, conservateurs, fascistes, catholiques, musulmans et autres ultra-religieux de tout poil se plaisent à penser bêtement, à savoir que nous participons à la décadence de la société et à la fin du genre humain. Rien de moins.

En ce sens, rares sont les pays qui sont des oasis de paix. Et de ce fait, ils deviennent des références et des exemples pour beaucoup.

Comme me le rappelait Éric Pineault au cours d’une entrevue, «pour beaucoup à l’étranger, nous apparaissons comme un modèle à suivre». Et le président de Fierté Montréal sait de quoi il parle, puisque ses pas l’amènent souvent hors de nos frontières, entre autres cette année en Lettonie. Invité à la Baltic Pride à Riga, Éric Pineault s’est rendu compte, s’il ne le savait pas déjà, qu’organiser une marche de la fierté peut être dangereux et que les opposants peuvent s’exprimer très violemment.

Et même dans le plus meilleur pays au monde rose, il faut rester vigilant. Le gouvernement Harper par exemple, dans sa réforme de la législation sur le statut de réfugié, fermera sa porte aux femmes et aux personnes LGBT qui souhaiteraient demander asile. Parce que pour les conservateurs d’Ottawa, un pays étranger sûr n’inclut pas la liberté et la sécurité des femmes et des LGBT.

Il est donc de notre responsabilité de développer cette solidari-té internationale et de maintenir cette ouverture, comme le fait Fierté Montréal, comme le font les organismes présents lors de la journée communautaire. Sans oublier que nous, mais tout d’abord les trans se sont battues à coups de sacoches contre la répression militaire.

Notre singularité est une arme de séduction massive qui a tout à voir avec la fête, la danse, la musique, l’humour et l’autodérision, ce qui est, tout compte fait, dangereusement inclusif et donc solidaire. Bonne fête de la fierté!



 

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Et il faut bien reconnaître que des organismes comme Fierté Montréal ou encore le Conseil québécois (...)

Publié le 25 juillet 2012

par Denis-Daniel Boullé