Humeurs variables

Les humeurs de Frédérick Baron

Patrick Brunette
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Frédérick Baron est un auteur prolifique et talentueux. Il a écrit plusieurs chansons pour bon nombre d’artistes, dont Mario Pelchat, Stéphanie Lapointe, Marc Hervieux, Marie-Elaine Thibert, Sylvie Paquette et Ima. Il a aussi coécrit la chanson «Entre deux mondes» avec Céline Dion. Mais l’auteur écrit aussi… pour lui-même. Ce mois-ci, Frédérick a lancé son second album en carrière: Humeurs variables. Rencontre avec un homme de paroles.

Merci d’accepter cette invitation à répondre à mes questions. Tout de go, si je te demande de quelle humeur tu es en ce moment, que me réponds-tu?

Mon humeur en ce moment? Variable bien sûr! Entre joie et inquiétude!

Frédérick, tu t’es surtout fait connaître comme parolier. Écrire pour soi, est-ce différent?

Oui, écrire pour soi fait appel à un autre registre d’inspiration, comme si ça venait d’une autre partie de mon cerveau. Je le ressens toujours comme un grand moment de liberté absolue, une récréation entre les cours. J’essaie d’aller explorer tout ce que je n’ai pas pu ou réussi à dire en écrivant pour d’autres. C’est très défoulant comme exercice et surtout vital pour mon équilibre intérieur. Il n’y a plus de filtre, de censure; c’est finalement un moment très égoïste de plaisir solitaire!


Du premier album sorti en 2008 à celui-ci, on observe un changement de look sur la pochette du CD. Que s’est-il passé en quatre ans pour passer de l’un à autre de ces looks?

Le 1er album était une expérience particulière, j’avais besoin d’endosser un personnage pour faire le saut entre ma carrière de parolier et celle de l’auteur-interprète. «Territoires Nord» était davantage un album-concept qui rendait hommage à mes influences cinématographiques et musicales. Le costume très 19e siècle était un clin d’œil à l’univers victorien de Tim Burton que l’on retrouvait dans mes chansons. L’image du nouvel album est beaucoup plus proche de ce que je suis au quotidien et en phase avec l’esprit moderne de la réalisation pop-électro.

En quoi as-tu changé personnellement entre ces deux albums?

Pendant ces 4 années, j’ai enfin assumé ce que je suis comme artiste et comme individu, c'est-à-dire que ce soit dans mes influences musicales, parfois très différentes ou dans ma vie privée. Je suis fait de contradictions et parfois même d’extrêmes. D'un point de vue artistique, je me suis longtemps senti écartelé entre deux univers: la chanson «pop» qu'on dit de droite et pour laquelle je travaille beaucoup en tant que parolier, et la chanson plus à texte, qu'on dit de gauche ou chanson «française», vers laquelle je vais davantage pour mes projets solo. J'avais du mal à rassembler ces deux parties de moi, elles étaient en conflit. Comment faire le lien entre Céline Dion et Jérôme Minière? Finalement, j'ai compris que le lien, c'est tout simplement la Musique avec un M majuscule, et qu'au lieu de se laisser imposer des étiquettes ou d'essayer de rentrer dans un moule, je n'ai qu'à rester moi-même avec cette «contradiction».Quant à ma vie privée, là aussi, c'est accepter mes contradictions, être à la fois toujours dans le doute, et très confiant, prôner le moment présent, mais passer beaucoup de temps à m'angoisser sur l'avenir.

Quelle est la chanson dont tu es le plus fier sur cet album?

Comme on dit, devoir choisir sa chanson préférée, c’est comme devoir choisir parmi ses enfants. C’est difficile parce qu’on les aime toutes pour des raisons bien précises. Ceci-dit, je dois avouer que Les Bermudes est celle qui m’a le plus ébranlé et touché.

Ce que j’ai voulu exprimer dans cette chanson c’est que parfois on pense que la route est toute tracée dans un couple, on se fait une idée idéalisée de l’autre et de la relation qu’on voudrait avoir. On se promet tant de bonheur, de fidélité, et on veut y croire. Et un moment donné, au hasard de la vie, une troisième personne apparaît et vient tout remettre en cause. Dans cette chanson, le personnage hésite entre se laisser aller au plaisir de l’amour à 3, du plaisir facile de la chair, et sa peur de perdre définitivement l’autre dans cette aventure.

Sur cet album, il y a une chanson dont tu n’es pas l’auteur : «Mon amour, mon ami » de Marie Laforêt. Elle s’adresse à ton amoureux?

Non, pas tout à fait une chanson d’amour à mon chum. Davantage un clin d’œil à une relation de longue date avec qui j’entretiens ce genre de relation amour-ami.



D’où vient l’inspiration de la chanson Andréa dans laquel-le tu chantes : «Androgyne Andréa/homme ou femme, je n’sais pas/ Tout est question de foi/ En amour, ça n’compte pas/ La nature a ses lois / On n’peut rien contre ça» ?

L’androgynie, l’hermaphrodisme sont des sujets qui m’ont toujours intrigué et fasciné. Les androgynes ont naturellement les traits et les expressions des deux sexes réunis en un seul, autant sur leur visage que dans leur attitude. J’aime regarder quelqu’un et me demander: est-ce un homme ou bien une femme? Et ne jamais avoir la réponse. Tandis que l’hermaphrodite serait presque un être parfait puisqu’il possède les attributs génitaux féminins et masculins. J’aime cette zone de gris, où rien n’est figé, ni décidé. Ça provoque chez moi un grand attrait mélangé de peur.

Pour mettre la musique sur ces paroles, il n’y avait qu’une personne qui me venait en tête: Alexandre Désilets. Justement parce que je trouve qu’il y a quelque chose d’androgyne en lui, peut-être pas au niveau physique, mais au niveau de son énergie, de l’émotion très vaporeuse de ses chansons, et bien sûr de sa voix.

La chanson Maux dis semble en être une qui véhicule des choses difficiles: «Tout ce que maman m’a dit est maudit/ Je ne crois plus ses mots/ Je n’suis pas le plus beau/Ni son prince, ni son héros»…

Oui, ce sont des choses douloureuses de mon enfance que j’avais besoin d’exprimer. L’écrire a été très libérateur, même s’il n’est pas question de régler des comptes. C’est ce que moi j’ai ressenti, voilà tout.

T’es-tu inspiré du printemps arabe ou des manifestations étudiantes au Québec pour écrire la chanson Le brasier?

Ce qui est étrange avec cette chanson, c’est que je l’ai écrite il y a déjà 2 ans, donc bien avant le printemps arabe ou le printemps «Québécois». Peut-être que les tensions étaient déjà palpables quelque part dans l’univers! C’est parfois ésotérique l’écriture d’une chanson. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui quand je la chante, je me dis que finalement elle correspond parfaitement à ce qui passe de façon plus globale sur la planète. Nous sommes à mon avis au début d’une ère de changement, de révolte. Les peuples n’ont plus envie d’être pris pour des cons et de se faire enfoncer sans mot dire par leur gouvernement. Nous devons nous réapproprier notre pouvoir d’action. Que le combat soit personnel ou social, on a tous le pouvoir de changer les choses. C’est un peu cliché, mais tellement vrai!

Ton premier simple issu de cet album est Sois jeune et tais-toi. Pourquoi? D’ailleurs, tu es jeune toi?

À la base, «Sois jeune et tais-toi» est un slogan qui était utilisé pendant la révolte des étudiants français en mai 68. La jeunesse d’alors se sentait muselée par l’autorité des plus vieux et se rebellait violemment pour la 1ère fois. Et aujourd’hui, 40 ans plus tard, tout nous parle que de «jeunisme». Les pôles se sont inversés. Les baby-boomers ne veulent plus vieillir, les jeunes en ont peur, à côté de ça, on nous vend sans cesse les bienfaits de telles ou telles crèmes antirides toujours plus performantes, vendues par des images aguichantes de jeunes filles de 14 ans. On est tellement dans une société de performance qui ne laisse plus de place aux «vieux», le corps est au centre d’un culte décadent où seul l’extérieur compte. Mais bon, tout ça est traité avec humour et distance dans ma chanson. Mon âge? Heuu…je ne m’en souviens plus!

Pour cet album, tu es allé chercher des compositeurs de renom: Jérôme Minière, Catherine Major et Lucie Cauchon pour ne nommer que ceux-là. C’est un beau cadeau que tu t’es offert…

Je choisis mes collaborateurs d’abord et avant tout parce que leur musique me parle, que je suis sensible à leur univers, qu’il y a quelque chose en eux qui me ressemble et me touche à la fois. Pour certains comme Catherine Major et Marc Dupré, c’était tout naturel parce qu’on travaille ensemble depuis des années pour d’autres artistes. Il y a donc une relation d’amitié à la base et bien sûr une admiration pour leur travail. Pour Jérôme Minière, qui a coréalisé l’album avec Lucie Cauchon, ça fait des années que je tripe sur sa musique. Je l’ai toujours considéré comme un grand faiseur d’ambiances et de mélodies. Tellement, que même si je rêvais de travailler avec lui, je n’osais pas l’approcher par peur qu’il me dise non. Mais finalement, dès notre 1ère rencontre, on s’est découvert des tas de points communs et la suite s’est faite très naturellement.

À quand Frédérick Baron sur scène avec ces nouvelles chansons?

Probablement à l’automne. Il est encore tôt dans le processus pour le savoir et avoir des dates précises, mais ce qui est sûr c’est que l’album Humeurs variables vivra sur la scène également.



L’album Humeurs variables de Frédéric Baron est disponible chez les disquaires et aussi sur iTunes.

 

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Publié le 20 juin 2012

par Patrick Brunette