Samedi 4 août — Méga-Spectacle

Une quinzième édition qui va péter le feu promet Mado

Olivier Gagnon
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Mascara, la nuit des drags, est sans aucun doute le spectacle de Divers/Cité le plus attendu du festival, un rendez-vous annuel immanquable pour les fans. Mené de main de maître par Mado elle-même (car en plus d’animer ce grand bal, elle assure aussi une partie importante de la mise en scène et de la coordination du spectacle), ce véritable happening célèbre cette année ses 15 ans d’existence. Nana, Jimmy Moore, Miss Butterfly et Dream côtoieront sur scène Sandra, Amy Haze et Peggy Sue, sans oublier Tracy Trash, Rita Baga, Célinda et pluisuers autres. En tout, elles seront près de 25 artistes à vous faire tantôt danser, tantôt rire, que ce soit dans des numéros de danse, d’humour à la vaudeville ou de cabaret de Broadway.

À la barre de la grande nuit des drags depuis les débuts du spectacle — autrefois tenu dans le parc Émilie-Gamelin, puis sur la rue Berri—, Mado représente une des figures de proue des célébrations de la fierté à Montréal. « À mon sens, les 20 ans de Divers/Cité représentent pour nous tous un accomplissement incroyable. En 1992, les réalités sociales et culturelles étaient bien différentes, et l’ouverture d’esprit n’était pas toujours au rendez-vous. Les premières célébrations de la fierté se sont organisées dans la controverse », ajoute celle qui a aussi connu les premiers mariages gais et la loi sur l’adoption par des familles homoparentales. « Les politiciens de l’époque voulaient même qu’on parade en t-shirt blanc et jeans, parce qu’ils ne voulaient voir ni fesses, ni dragqueens. En t-shirt et en jeans, imaginez donc la parade plate qu’on aurait! » En plus d’être désormais accepté et reconnu par une majorité québécoise, le festival attire une clientèle en provenance de l’international plutôt nombreuse. « Lors de mes visites en Europe, on me parle rapidement de Divers/Cité et même de Mascara. Quoi de plus flatteur? »



Questionnée sur la place et la visibilité des dragqueens depuis les 15 dernières années, Mado demeure positive. « Lorsque j’ai ouvert mon Cabaret il y a 10 ans, le monde de la dragqueen faisait un peu de surplace. En offrant à ces artistes un endroit officiel où performer, j’ai certainement contribué à redorer l’image des dragqueens à Montréal, au même titre qu’une téléréalité comme RuPaul’s Drag Race l’a fait aux États-Unis. » Ainsi, les drags sont devenues les entertainers officiels de la nuit, comme les chanteurs et les humoristes l’étaient alors que les théâtres et cabarets offraient ce genre de spectacle à une autre époque.



Après avoir organisé autant « bals des finissants des dragqueens du Village », qu’est-ce que Mado en retient? « Ma plus grande fierté, c’est de voir que certaines des artistes qui seront présentes cette année sont à mes côtés depuis les tous débuts. Et il ne faut pas oublier les nouvelles qui réussissent à s’intégrer parfaitement à notre grande famille un peu bitch », souligne celle qui agit un peu à titre de bonne mère (ou de matante cool, c’est selon!). Aurait-elle pu, il y a 15 ans, imaginer un dénouement aussi digne d’un conte de fées? « Pour Mascara, définitivement pas, je n’avais aucune attente… Et d’un côté plus personnel, il est clair que certains réfléchissent à leur plan de carrière pour que ça dure. De mon côté, je n’ai jamais aimé pas la routine et j’ai réussi à donner un souffle constamment nouveau à ce personnage qu’est Mado », d’ajouter l’homme derrière les perruques et les costumes toujours plus improbables et originaux.



À quoi pourrons-nous nous attendre pour cette 15e édition?
«Mascara est toujours une occasion pour moi d’amener sur scène les nouveaux talents les plus prometteurs, que ceux qui fréquentent les bars et mon Cabaret connaissent déjà. Mais pour cette occasion spéciale, j’ai aussi invité d’anciennes dragqueens qui ont accroché leurs talons il y a quelques années et qui s’amuseront encore une fois, le temps d’un numéro », affirme Mado. Gageons que ces quelques comebacks plairont à de nombreux spectateurs, bien heureux de revoir des visages aujourd’hui disparus de la scène gaie montréalaise. Ajoutons à cela les nombreux éléments de décors, les costumes plus flamboyants les uns que les autres et les chorégraphies impressionnantes des drags et leurs danseurs. « Cette année, nous avons offert un maximum de liberté aux artistes afin qu’ils en mettent plein la vue. Ma devise à ce propos est assez simple : Plus, toujours plus, plus, plus!»

Les quelque 25 dragqueens et la dizaine de danseurs qui fouleront la scène de Mascara se préparent et répètent activement depuis de nombreuses semaines, certaines depuis quelques mois. « Ce sont de longs mois de travail qui nécessitent beaucoup de recherche, autant pour la chanson, les chorégraphies ou les costumes. Et comme le spectacle est présenté devant plus de 20 000 personnes, ce travail de préparation est nécessaire », confirme Mado, elle qui fête cette année ses 25 ans de carrière. Un travail en amont que même Mado effectue de son côté. « Même si je suis très à l’aise sur la scène, je suis une femme assez stressée, et je ne laisse pas beaucoup de place à l’improvisation. Et ce que les gens ne savent pas, c’est qu’un tout autre spectacle se déroule en coulisse... Quand j’arrive sur scène, j’ai parfois envie de pouffer de rire parce que j’ai eu toute la misère du monde à entrer dans mon costume!»



Et que fera Mado de ses (rares) temps libres cet été? « En plus de mes trois soirs par semaine au Cabaret, j’ai aussi le spectacle de mes 25 ans de carrière à préparer pour le mois d’octobre, un nouveau spectacle qui sera présenté à Paris pour célébrer mes 10 ans là-bas, un hommage à Piaf et un autre à Dalida... Bref, je suis en répétition chaque jour! » Malgré tout, la Reine du Village pourra tout de même parfaire son bronzage au bord du canal Lachine, où certains l’auraient aperçue en train d’apprendre quelques textes…



L’événement Mascara, la nuit des drags, se tiendra le vendredi 3 août , sur la Grande Place, Quai Jacques-Cartier, à partir de 20h (DJ Mini dàs 19h)

 

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Samedi 4 août — Méga-Spectacle

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Publié le 19 juin 2012

par Olivier Gagnon