Indonésie

Derrière la saga Lady Gaga, l'influence grandissante des islamistes

Chantal Cyr
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L'annulation du concert que Lady Gaga voulait donner en Indonésie, suite à la vive opposition de radicaux, est une nouvelle preuve de l'influence grandissante des islamistes dans le pays musulman le plus peuplé de la planète, selon des analystes.

La star de la pop a renoncé à se produire à Jakarta le 3 juin face à une levée de boucliers du Front des défenseurs de l'islam (FPI), une organisation revendiquant sept millions d'adeptes qui s'est autoproclamée la gardienne de la morale islamique. Le FPI avait promis de semer le «chaos» si la «satanique» Américaine, comme le Front l'a qualifiée, osait mettre le pied sur le sol indonésien, poussant la police à refuser de délivrer les autorisations nécessaires au concert.

«Cela montre la capacité qu'ont ces organisations d'influencer la police», souligne Sidney Jones, analyste à Jakarta pour l'International Crisis Group. Selon elle, les islamistes ont gagné en puissance ces cinq dernières années, menaçant la réputation de pays musulman modéré dont jouit jusqu'à présent l'Indonésie.

«Incident après incident, ils organisent des manifestations et voient que, en réunissant un groupe de personnes devant les caméras de télévision, ça marche», note Mme Jones. Le jour de l'Ascension, 600 islamistes du FPI et d'autres organisations s'en sont pris à une centaine de chrétiens priant dans l'église de Bekasi, près de Jakarta. Les fidèles ont été bombardés de sacs d'urine et de caillasses. Le lieu de culte est régulièrement pris pour cible depuis des années, un dirigeant communautaire ayant notamment été poignardé en 2010.

Plus récemment, l'écrivaine musulmane canadienne Irshad Manji, qui milite pour les droits des homosexuels, a été agressée à coups de barre de fer par des radicaux, lors d'une conférence à Jakarta. La police n'est intervenue que pour faire fermer l'événement, selon des participants, suscitant de nouvelles accusations de collusion entre les forces de l'ordre et le FPI. «Le FPI et la police sont comme un couple», reconnaît le président du FPI à Jakarta, Habib Salim Alatas. «Parfois, nous nous entendons bien, parfois nous nous disputons», admet-il.

Les raids qui ont fait la réputation du FPI, contre des bars ou des «salons de massage», se font souvent main dans la main avec la police. «Quand nous voulons faire une decente dans des endroits de débauche, la police est de notre côté», avoue M. Alatas. Au tableau de ses «victoires», le FPI a déjà réussi à faire signer en 2008 un décret restreignant les activités de l'Ahmadisme, une secte musulmane jugée hérétique par le Front, puis à faire adopter une loi anti-pornographie la même année, qui a suivi des agressions du FPI contre les locaux de l'édition indonésienne du magazine Playboy, qui ne contient aucune photo dénudée.

Les méthodes des islamistes sont largement critiquées en Indonésie mais la population approuve en grande partie les idéaux du FPI et d'autres organisations similaires, souligne Irfan Abubakar, du Centre pour l'étude des religions et des cultures, basé à Jakarta.

Une enquête d'opinion auprès de 1.500 musulmans a montré que 74% d'entre eux étaient opposés à ce que les artistes arborent des «tenues minimalistes» sur scène, un thème récurrent du FPI. Une autre étude, portant sur 1.200 musulmans âgés entre 15 et 25 ans, a révélé que 99% condamnaient l'homosexualité. «Les Indonésiens pensent que les radicaux ont raison d'exprimer leur mécontentement car ils estiment que ces organisations sont les porte-voix de leurs propres idéaux», explique Irfan Abubakar.

 

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Publié le 29 mai 2012

par Chantal Cyr