Dès le 8 juin

Tom boy, mais pas «garçon manqué»

Chantal Cyr
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Après les émois homosexuels des jeunes filles en fleur dans Naissance des pieuvres, Céline Sciamma signe le portrait d'une jeune fille qui se fait passer pour un garçon dans Tomboy. Trois questions à la réalisatrice d'un film rare, présenté l’an dernier au festival image+nation et qui sort enfin en salles ce mois-ci

Votre film est en français, pourquoi le titre en anglais, Tomboy et non son expression française « garçon manqué » ? L'expression « garçon manqué » me gêne un peu parce qu'elle contient une notion d'échec. Pour moi, le film est beaucoup plus ludique et lumineux que ne le laissent entendre ces mots. Au contraire, j'aime bien le son et la graphie du mot « tomboy ». Dans le souci des titres, il y a toujours l'idée de désigner le film mais j'aime bien garder une part de mystère.

Quel est le point de départ du film ? Une petite fille se fait passer pour un petit garçon. Je l'avais en tête depuis quelques années mais j'ai fait d'autres choses entre temps. Jusqu'à cette envie soudaine : faire un film après-demain. Voir si, en ces temps de crise où les projets mettent du temps à se monter, il était possible de travailler dans l'urgence. L'adéquation entre le fond et la forme s'y prêtait. L'histoire allait avec cette question de l'innocence et du jeu.

Le spectateur ne connaît pas les raisons du mensonge de Laure. Pourquoi avoir voulu préserver cette opacité ? Je ne suis pas dans une approche psychologique. J'ai privilégié l'action et la dramaturgie pour faire avancer le récit. C'était déjà le cas dans mon précédent film, La Naissance des pieuvres, où l'on ne savait pas si c'était une parenthèse ou la découverte d'une homosexualité durable. J'essaie de faire les films les plus « accueillants » possibles, qui ne s'adressent pas qu’à un seul groupe, mais au plus grand nombre. On est tous concernés par la question de l'identité. Et particulièrement celle liée à l'enfance, semblable à un jeu de rôles où l'on joue aux cow-boys et aux Indiens. Je ne voulais pas donner des clés qui risquaient de réduire l'histoire à un drame familial et de priver le personnage de son autonomie et de sa liberté.? J'aime l'idée que le film soit ouvert et pas dogmatique. Chacun peut y lire ce qu'il veut. Pour certains spectateurs, Laure est dans une pro-blématique identitaire qui va la suivre toute sa vie. Pour d'autres, c'est le jeu du mois d'août.

 

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Publié le 23 mai 2012

par Chantal Cyr

   
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