CHLOÉ ROBICHAUD

Quand présenter son film à Cannes n’est plus de la fiction!

Julie Vaillancourt
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À 12 ans, Chloé Robichaud rêvait déjà de faire son cinéma. Après avoir fait ses classes en production cinématographique à l’Université Concordia et en réalisation à l’INIS, ses courts-métrages se retrouvent dans divers festivals de cinéma. Et voilà qu’à 24 ans, le «scénario de rêve» se présente, alors que son court-métrage Chef de meute se retrouve en compétition officielle pour la prestigieuse Palme d’or au Festival de Cannes. Et à 24 ans, la jeune cinéaste n’est pas au bout de ses projets, avec la réalisation de la première série web lesbienne québécoise et le tournage de son premier long-métrage. Rencontre avec celle qui prépare ses valises pour Cannes! Genèse d’une passion cinématographique

Depuis qu’elle a l’âge de regarder des films, elle en est passionnée, précise d’emblée celle qui a hérité de «l’œil» aguerri de ses parents qui travaillent en publicité. Chloé se rappelle ce qu’il l’a menée vers la «fabrique à images»: « Mon père m’amenait sur des plateaux de tournage lorsque j’étais petite. Constater la façon dont l’image se construisait m’a toujours fascinée». En 6e année, Chloé emprunte la grosse caméra de papa, pour réaliser un court film à l’école. Ce fut le déclic : « À 12 ans, je savais déjà que je voulais faire du cinéma! Au secondaire, je faisais des films sur tout. J’étais dans une équipe de basket, alors je l’ai filmée toute l’année afin d’en faire un documentaire», précise celle qui avouait filmer de façon quasi compulsive. « Ensuite mon père m’a acheté une caméra mini DV, c’était hot dans le temps! Arrivée au cégep, il m’a encore acheté une caméra! Je dois beaucoup à mon père », appuie fièrement la réalisatrice.

En route pour la Palme d’Or ?

Malgré son jeune âge, la cinéaste a déjà exposé son travail lors du prestigieux festival de la Côte d'Azur, en 2010 avec son court-métrage Moi non plus, présenté au Short Film Corner. Mais cette fois c’est différent, explique Chloé, puisque son court-métrage Chef de meute se retrouve en compétition officielle pour la Palme d’Or : «Sincèrement, je ne m’attendais pas à être parmi les sélections. Je voulais juste que le comité regarde mon travail et qu’il se dise "il y a peut-être quelque chose de bon pour l’avenir"! Mais lorsque j’ai reçu l’appel de France, j’étais sous le choc, un mélange d’émotions» se rappelle Chloé : « Je n’ai pas dormi pendant une semaine! J’ai perdu 15 lbs! Je serai mince pour Cannes», blague la réalisatrice. Si le scénario de Chef de meute était écrit depuis un an, il fut soumis au Conseil des Arts et des Lettres du Québec, sans succès de financement : « Là je voyais Cannes qui s’en venait, j’avais un petit peu de place sur ma carte de crédit… et j’ai dit "on le fait"! L’équipe a embarqué. On a fait le film avec un budget ridicule, genre 1% d’un budget régulier. Je montais le film la nuit. Et puis nous y sommes arrivés», souligne fièrement Chloé. Chef de meute raconte l’histoire d’une fille solitaire et introvertie, qui se retrouve avec le chien de sa tante. Elle devra apprendre à dresser et dominer le chien et «en ce sens, ce sera aussi un apprentissage pour dominer sa propre vie, devenir chef de meute», raconte celle qui a mis en scène son propre chien pour camper le rôle à l’écran.

Vers la réalisation d’une série web lesbienne québécoise

Ouvertement lesbienne et très impliquée dans l’initiative Lez Spread The Word, Chloé ne nie pas que certaines de ses réalisations, dont La moitié, présentent des thématiques LGBT, même si elles ne constituent pas le thème dominant de son œuvre : «Je ne veux pas avoir d’étiquet-te. C’est cliché à dire, mais je réalise les films parce que je les ressens. Si c’est une histoire hétéro, ce sera une histoire hétéro. Si c’est une histoire homosexuelle, ça en sera une. Tout m’intéresse, alors je ne veux pas me limiter. C’est certain que j’ai un vécu de jeune homosexuelle, et qu’inconsciemment je le transmets dans mes œuvres et dans mes personnages, mais je n’ai pas envie d’être étiquetée comme cinéaste lesbienne». Par contre, Chloé Robichaud n’hésite pas à s’impliquer dans une initiative de la communauté, par la réalisation la série web lesbienne Féminin/Féminin. Unique en son genre, la première saison sera constituée d’environ 8 épisodes de 5 à 6 minutes, dépendamment du financement et des dons, car rendre les lesbiennes visibles est une responsabilité de toute la communauté et «on ne peut pas le faire seul», précise Chloé. La série présentera plu-sieurs personnages différents (âge, milieu, occupation, éducation), afin que «toutes puissent s’identifier» précise la cinéaste, avant d’ajouter qu’elle «ne pourra pas plaire à tout le monde, même si elle s’efforcera de le faire». D’ailleurs, sur la visibilité du lesbianisme, Chloé s’exprime : «lorsqu’il y en a, je la trouve clichée. C’est un peu normal, car les spectateurs ne sont pas encore habitués à en voir, alors il faut y aller avec un stéréotype et plus graduellement, vers du réa-lisme. Je le comprends et le res-pecte. Cela étant dit, lorsque Florence [Gagnon] m’a appro-chée, je lui ai dit que j’avais comme seule condition de faire quelque chose d’intelligent. Je veux que ce soit réfléchi, réaliste et que l’on sorte des sentiers battus! Les L Word de ce monde, tant mieux si ça existe, mais j’avais beaucoup de misère à m’identifier à ces lesbiennes de LA très riche qui n’avaient jamais l’air de travailler!» Ainsi, Féminin/ Féminin s’inscrira probablement dans la lignée des Lip Service, Girl/Girl Scene où la plateforme web constitue le médium de prédilection pour faire voyager les images de la communauté lesbienne québécoise : «Tourné en français, sous-titré anglais, on veut que la série circule dans le monde et donner le goût aux gens de venir à Montréal. Ce sera typi-que de chez nous, mais universel dans ce que les filles vivent!»

De 12 à 24 ans; du court au long-métrage

Avant même de fouler le tapis rouge à Cannes, Chloé prépare le tournage de son premier long-métrage, qui débutera à la mi-août, malgré l’attente du financement de la SODEC et de Téléfilm Canada : «J’espère avoir le financement, mais je le tournerai coute que coute!» D’ailleurs, l’idée de départ du film germait dans la tête de la cinéaste depuis belle lurette: «Lorsque j’avais 12 ans, j’ai participé à un concours d’écriture de synopsis pour Le Soleil. L’idée de départ de mon film part de là. Évidemment, ça a énormément évolué depuis, mais je m’étais toujours dit que dans mon premier long-métrage il y aurait de la course!» Intitulée Sarah préfère la course, ce film relate l’histoire d’une jeune fille pratiquant l’athlétisme, qui se fait approcher par le meilleur club de demi-fond. N’ayant pas les moyens financiers, elle décide de se marier pour obtenir des prêts et bourses afin de financer son rêve, et ce, au prix d’un concept très hétéronormatif : « Finalement, c’est le prix au rêve», appuie Chloé. Et d’ailleurs, parlant de rêve et de prix, nous souhaitons à la jeune cinéaste de réaliser son rêve à Cannes en remportant le prix tant convoité. Palme d’or ou pas, la course vaut le déplacement! »

Pour prendre part au financement du film Sarah préfère la course : http://www.touscoprod.com/project/produce?id=199

Pour financer la série web Féminin/Féminin de Lez Spread the Word
­accédez à la plateforme de dons en ligne avant le 28 juin : http://lezspreadtheword.com/faites-votre-don/