Traitements préinfections

Efficaces, mais encore bien des questions !

André-Constantin Passiour
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Lors de la 19e Conférence internationale sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI), qui s’est tenue du 5 au 8 mars derniers, on a parlé d’une constellation de sujets, mais un particulier retient l’attention, soit le PREP (ou prophylaxie préexposition sexuelle). Présent à cette réunion, le Dr Réjean Thomas, président et cofondateur de la Clinique médicale l’Actuel, a bien voulu répondre à quelques questions.

On a semblé parler de plusieurs études concernant le PREP, dont une qui démontrerait que jusqu'à plus de 70 % des participants qui n'ont pas été infectés. Est-ce qu’on a d’assez bons résultats pour implanter le PREP à grande échelle ?

La PREP était effectivement un des sujets les plus discutés a la CROI à Seattle. Mais l'adhérence aux traitements semble être la préoccupation majeure avec la PREP. Une présentation donnée par la Dr De-borah Donnell nous a démontré que, lorsqu’utilisée de façon consistante (ceci prouvé en faisant des analyses sanguins des patients prenant des médicaments comme le Ténofovir ou Truvada), on a fait la preuve que les personnes qui prenaient bien leurs médicaments démontraient des réductions de risques d’environ 86 à 90 %. Ceci est énorme et démontre bien l’intérêt de la PREP chez les hommes gais.

Devrait-on systématiquement proposer le PREP à la population la plus à risque, comme on le fait avec le PEP [Prophylaxie postexposition sexuelle] qui est devenu assez courant?

La PREP suscite encore beaucoup de questions éthiques… D'abord, donner des antiviraux à des gens en bonne santé pose des questions. Même si la toxicité à long terme de ces médicaments semble faible ceci est quand même une préoccupation. Mais surtout, il y a le coût de cette prévention. Un traitement comme le Truvada coûte en-viron 700$ dollars par mois aux gouvernements ou aux assurances. Seront-ils d’accord pour payer alors que le condom est efficace (même si on connaît les limites de cette méthode de prévention) ? De plus, il y a encore des questions sur l’utilisation optimale de la prise de ces médicaments. Est-ce bien nécessaire d’en prendre tous les jours ou est-ce qu’un comprimé avant les relations sexuelles et un comprimé après serait suffisant ? Ce genre de question n’est pas encore réglée. Une étude en France nommée Ipergay — NDLR : auprès d’hommes gais à risques —, vient de débuter pour essayer de répondre à ces questions. Il ne faut pas oublier que la PEP se donne pour un mois alors que la PREP serait donnée sur de beaucoup plus longues périodes. Cela dit, la FDA [Food & Drug Administration] étudie actuellement la possibilité de recommander la PREP et quelques cliniciens le font à l’occasion dans certaines circonstances spéciales.

En parlant du PEP, on n'a pas vu des données nouvelles la concernant, mais je crois que la plupart des recherches montrent un certain taux de succès, non ?

Il est très difficile de démontrer l’efficacité de la PEP, car il faudrait comparer des dizaines de milliers de personnes avec un traitement et d’autres avec un placebo. Ces études n’existeront probablement jamais. Cela dit, on a certaines études animales et certaines études chez des professionnels de la santé qui ont reçu un traitement avec une PEP suite à un accident. Ces études ont démontré une efficacité probable. Depuis l’an 2000, il est recommandé de traiter aussi les gens qui ont eu une relation non protégée ou dont le condom a brisé avec une personne séropositive ou avec une personne à risque élevé. Il faut consulter rapidement, soit à l’intérieur de 24 heures idéalement, dans un maximum 48 à 72 heures.

A-t-on abandonné l'idée d'un vaccin contre le VIH et qu'arrive-t-il aux recherches quant à un vaccin «thérapeutique» puisqu'il semblerait plus facile, selon certains chercheurs, d'orienter les études vers cette piste que vers un vaccin «préventif» ?

Les chercheurs n’ont pas abandonné l’idée d’un vaccin préventif pour les gens non infectés, non plus que l’idée d’un vaccin thérapeutique pour les gens infectés. Actuellement, ces études ne donnent pas de très bons résultats, mais les recherches continuent et il ne faut pas désespérer, car la recherche cause parfois des surprises. D’ici à ce qu’on en arrive là, il ne faut pas oublier que le dépistage et le traitement des personnes infectées demeure le meilleur outil de prévention biomédicale efficace à 96% de réduction des risques. Mais pour cela, les gens doivent être dépistés et accepter d’être traités, ce qui n’est pas toujours le cas.

Si quelqu'un est infecté aujourd'hui, quelle serait la combinaison de médicaments la plus gagnante pour cette personne et pourquoi ?

Chaque traitement doit être individualisé. Il y a de plus en plus de traitements disponibles et avec moins d’effets secondaires. L’an prochain, il y aura trois trithérapies disponibles à un [seul] comprimé par jour et il y a d’autres traitements de combinaison assez simples et bien tolérés. Une chose est certaine, en 2012, il vaut mieux savoir si l’on est séropositif ou non. Donc, il faut passer régulièrement un test de dépistage. De plus en plus, on recommande à toute personne infectée par le VIH qu’elle soit traitée. Ainsi, à New York, depuis décembre 2011, pour toute personne infectée par le VIH, on recommande qu’elle soit traitée avec une trithérapie sans attendre. Ceci diminue de façon significative les risques de transmissions du virus à d’autres et, pour le malade séropositif, les bénéfices sont probablement significatifs [en termes de santé et pour le système immunitaire]. Pourquoi attendre ? Si on a un cancer, attend-on d’avoir des métastases pour débuter ? Ceci dit, il y n’a pas de consensus complet sur ce sujet…

 

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Publié le 22 mai 2012

par André-Constantin Passiour