Un pas important pour les droits des trans

Julie Maude Beauchesne
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Quand Mona Greenbaum, de la Coalition des familles homoparentales est venue me chercher au printemps 2005 afin que je me joigne aux travaux du Groupe de travail mixte de lutte contre l’homophobie encadrés par la Commission des droits de la personne et de la jeunesse qui, après un long débat, avait finalement accepté d’accueillir une représentante des communautés trans en leur sein, je n’avais vraiment aucune idée de ce dans quoi je m’embarquais.

Ce dont je ne me doutais absolument pas à l’époque c’est que sept longues années de militantisme acharné, de démystification des réa-lités trans et de déconstruction des préjugés allaient être nécessaires pour que l’ensemble des revendications des personnes transsexuelles et transgenres puisse être pris en considération, tant par le gouvernement que par les différents acteurs des communautés LGBT!

Ainsi donc, au cours des derniers mois, les communautés trans du Québec ont vécu une série d’événements historiques. Pour la première fois, des représentants de leurs communautés ont eu la chance de s’asseoir seuls avec le gouvernement du Québec afin d’exposer leurs revendications et de travailler conjointement à l’obtention de l’égalité juridique des personnes transsexuelles et trans- genres, ainsi que l’amélioration de leur bien-être et de leur qualité de vie. C’est pourquoi j’étais extrêmement émue lorsque le 4 mai dernier j’ai déposé, au nom du Comité trans du CQGL et de ses membres, le Plan de revendication trans qui regroupe l’ensemble des revendications qui font actuellement consensus au sein de la communauté trans, entre les mains du ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier.

L’objectif de ce Plan de revendication? Combler les lacunes de l’actuel Plan gouvernemental de lutte contre l’homophobie et du rapport de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, dont il s’inspire, qui n’avait pas tenu compte de nombreuses revendications provenant des communautés trans.

D’ailleurs, lors dépôt du Plan de lutte contre l’homophobie en mai 2011, le ministre Fournier reconnaissait ces lacunes et s’est montré très ouvert à les combler. C’est ainsi que le CQGL, qui travaille activement depuis plusieurs années à défendre les droits des personnes transsexuelles et transgenres, a pris le leadership sur cette question en me confiant le mandat de créer un comité trans dont le principal objectif serait de rassembler les différents groupes dont le mandat et la mission touchent les personnes transsexuelles et transgenres.

C’est ainsi qu’on a regroupé au sein de ce comité la quasi-totalité des organismes trans ou ayant un volet trans : Élyse Bourbeau, d’AlterHéros, Nora Butler Burke, d’Action santé travesti(e) et trans-sexuel(le) du Québec (ASTT(e)Q), Gabrielle Bouchard, du 2110 . Center for gender advocacy, Bruno Laprade, de la Coalition jeunesse montréalaise de lutte contre l’homophobie (CJMLH), Dominique Dubuc, de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Billy Hébert, de PolitiQ Queers solidaires et Max Primeau, de Projet 10, la psychologue Françoise Susset et les militantes Maude Demers et Karol Ann Ladouceur.

J’aimerais en profiter pour remercier ces personnes et organismes d’avoir cru en ce projet de comité trans, au pouvoir de la concertation et au rapport de force collectif et politique qui en découle.

Pour vous donner une idée du contenu de ce Plan de revendication trans, il comporte une trentaine de revendications touchant sept secteurs d’activités : la justice, l’État civil, la santé et les services sociaux, l’éducation, la sécurité publique, le marché du travail et le financement des organismes.

S’il y est question d’enjeux bien connus tels l’inclusion de l’identité sexuelle et de l’expression de genre comme motif de discrimination dans la Charte des droits et liberté de la personne du Québec, ou encore de la possibilité d’obtenir un changement légal de sexe sans que la chirurgie de réassignation sexuelle ne soit obligatoire, plusieurs autres aspects moins connus du grand public, mais qui touchent tout autant les droits et la qualité de vie des personnes transsexuelles et transgenres y sont abordés. À titre d’exemple y sont traités la création de ressources pour faciliter la transition en milieu de travail, le maintien en milieu carcéral des soins de santé liés à la condition des personnes trans, le développement d’un système de formation continue pour le personnel de la santé afin d’offrir des soins adéquats aux personnes trans, ou encore, la révision des normes de publications des changements apportés à l’état civil qui obligent à publier dans les grands journaux un avis de changement de prénom ou de sexe.

Dans ce plan trans, nous avons également démontré toute l’urgence d’agir. Les dernières statistiques compilées sont à faire frémir! Comme le démontre l’étude ontarienne Transpulse, environ 77% des personnes trans ont sérieusement envisagé le suicide, 43% d’entre eux ont fait au moins une tentative, dont 27% dans l’année précédant l’accès aux services médicaux et sociaux essentiels à leur transition et leur adaptation sociale.

De plus, la discrimination envers les personnes trans est telle que seulement une personne trans sur trois (33%) a la chance de travailler à temps plein, 15 % ont un emploi à temps partiel. Une personne trans sur cinq est au chômage ou reçoit des prestations d’aide sociale!

Nous savons le ministre Fournier très sensible à la question trans. Il me l’a réitéré personnellement à plusieurs reprises. Dans le cadre des travaux, il a d’ailleurs signalé lors du dernier Gala Arc-en-ciel qu’il faisait du Comité trans du CQGL son interlocuteur privilégié dans ce dossier. Maintenant que le ministre et les fonctionnaires ont en main ce Plan de revendication trans, reste à voir maintenant comment ces revendications pourront être arrimées au Plan de lutte contre l’homophobie et se transformer en actions concrètes!