Journée internationale de lutte contre l’homophobie

Une première pour la Chambre de commerce du Montréal métropolitain

André-Constantin Passiour
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La Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM), en collaboration avec la Fondation Émergence, invitait le monde des affaires pour un dîner-causerie, le 17 mai dernier, sous le thème «Tirer profit de la diversité sexuelle». C’est le chic hôtel Fairmount Le Reine Élizabeth qui accueillait cet évènement unique où plusieurs représentants d’entreprises se sont relayés pour inciter le milieu des affaires à non seulement reconnaître la réalité LGBT, mais également d’entreprendre des programmes qui visent à la satisfaction et à la rétention du personnel.

Michel Leblanc, président de la CCMM, revenait de l’hôtel de ville où l’on reconnaissait Jeanne Mance en tant que cofondatrice de Ville-Marie au même titre que Chomedey de Maisonneuve, une importance que l’administration municipale voulait annoncer pour souligner le 375e anniversaire de la ville (en 2017). En résumé, M. Leblanc a indiqué que la société a avancé, qu’elle a cheminé pour reconnaître l’apport des femmes, que cela n’aurait pas pu se faire avant «cela prenait un homme [à cette époque-là] !», a-t-il dit. Il en est de même avec l’homosexualité. Il a dressé un parallèle entre l’acceptation des femmes dans le milieu du travail et le respect envers le personnel LGBT, «peut-on s’en passer ?», a-t-il lancé surtout dans un marché hautement compétitif comme le nôtre.

«C’est toute une première. La CCGQ [Chambre de commerce gaie du Québec] est heureuse d’être associée à cette initiative de Fierté au Travail, de la CCMM et la de la Fondation Émergence. Il nous faut sortir de nos ornières et aller vers l’extérieur pour sensibiliser les entreprises à la réalité LGBT. C’est un évènement très intéressant il nous en faudrait plus de ce type», de commenter pour sa part, Thierry Arnaud, le président du conseil d’administration de la CCGQ.

Laurent McCutcheon, président de Gai Écoute/Fondation Émergence, dans son allocution d’ouverture du panel a rappelé que si l’on célèbre cette Journée internationale à cette date, c’est qu’«officiellement, le 17 mai 1995, l’Organisation mondiale de la Santé a rayé l’homosexualité de sa liste des maladies mentales». Rappelons que le thème 2012 de cette Journée internationale de lutte contre l’homophobie était justement «La diversité sexuelle au travail, ça rapporte !». Murillo Rego, directeur principal, Services au développement de marchés de Deloitte, a ouvert le bal en livrant un témoignage parfois touchant sur ses expériences personnelles. Par la suite il a expliqué le fonctionnement de LEAD (LGBT Employees At Deloitte) qui est présent dans quatre villes canadiennes et qui comprend environ 75 personnes. Il a parlé, également, de l’implication communautaire des employés LGBT de Deloitte, mais aussi dans le milieu corporatif. «Chaque année, aux États-Unis, Deloitte participe à la rencontre Out & Equal et qui regroupe plus de 2 000 personnes», a-t-il précisé. À la fin de sa présentation Murillo Rego, natif du Brésil, a encouragé les compagnies à faire partie de Fierté au Travail et de former un comité gai au sein de l’entreprise.

Les intervenants suivants, soit Sylvain Hogue, directeur exécutif, Développement des affaires chez IBM Services d'affaires mondiaux, et François Côté, président de TELUS Québec et TELUS Solutions en santé, ont tous les deux soulignés les bienfaits d’avoir des employés satisfaits, qui vivent ouvertement dans leur milieu de travail ce qui, en retour, assure qu’ils seront plus fidèles. «Que faites-vous pour vous assurer de garder vos employés chez vous ?», a interrogé M. Hogue qui a fait un court bilan de ce qui se passe chez IBM et ce, depuis les années 1960 et l’établissement des comités Nuances un peu partout dans ses succursales dans le monde «même dans les pays émergents où l’on connaît moins la réalité de la diversité sexuelle». En plus de Nuances, IBM a développé un volet «Out» pour les membres LGBT de la haute direction. Jusqu’à présent, cinq personnes font partie de ce groupe et 40 en tout sur la planète IBM qui compte 400 000 salariés. «Je ne cours pas les tribunes, mais je trouve important de venir vous parler [aujourd’hui] de la diversité sexuelle», a dit d’entrée de jeu M. Côté. Un peu sur le modèle d’IBM, TELUS, depuis plusieurs années maintenant, a mis sur pied son propre comité d’employés LGBT appelé Spectrum. D’ailleurs, M. Côté a souligné le fait que les membres montréalais accueillaient, le jour même, des collègues de Spectrum d’autres régions du pays, dont certains étaient à cette rencontre. «Mais il reste de grands défis, car la réalité LGBT n’est pas partout la même au Canada, [donc il faut continuer cette oeuvre] parce qu’on veut des gens contents, heureux et qui resteront chez TELUS», a-t-il affirmé. Le 26 mai, les gens de TELUS se mobiliseront pour venir en aide à la Maison Plein Cœur a noté François Côté.

«Nous sommes, malheureusement, une des rares entreprises canadiennes à avoir appuyé le mouvement It Gets Better [visant les adolescents LGBT]», a dit M. Côté en référence à la vidéo réalisée par les employés de TELUS en 2010 et au fait qu’au Canada, contrairement aux États-Unis, les corporations se sont senties moins interpellées par cette problématique.

De longues procédures
Quant à la présidente de la Commission des lésions professionnelles, madame Marie Lamarre, qui est également juge en chef de l’institution, a énuméré les diverses législations touchant les entrepreneurs et employeurs en ce qui a trait à un climat serein de travail. Bien entendu, la Charte des droits et libertés de la personne du Québec, la Loi sur les Normes du travail mais aussi l’article 2087 du Code civil destiné à «protéger la santé et la sécurité et la dignité» des employés, a expliqué Mme Lamarre. C’est que, s’il se sentent lésés, s’ils vivent du harcèlement psychologique, les salariés ont des recours auprès de la Commission «dont les décisions sont finales et sans appel». Elle a plaidé que les employeurs prennent toutes les mesures possibles pour éviter des plaintes et des auditions longues et coûteuses, «ce n’est pas souhaitable d’en arriver là, car les conséquences peuvent être très graves [pour les travailleurs autant que pour l’employeur]», a-t-elle spécifiée.

«Je ne peux dire combien de cas concernent la communauté LGBT, mais nous avons 247 dossiers d’harcèlement psychologique ou sexuel et plusieurs seront traités en rapport avec l’orientation sexuelle et les gestes qui peuvent être autant de violence psychologique que physique, il y a plusieurs cas, en effet, mais je ne peux dire exactement combien», nous a révélé Mme Lamarre à la fin de la de la rencontre.

En tout, 400 billets avaient été vendus pour cette occasion. TELUS et les Caisses populaires Desjardins, à eux seuls, étaient représentés par plus d’une soixantaine d’employés, gestionnaires et partenaires.

 

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Publié le 20 mai 2012

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