en route vers les jeux olympiques de Londres 2012

courage, détermination et simplicité…

Denis-Daniel Boullé
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On l’oublie peut-être trop souvent, mais Alexandre Despatie n’est pas uniquement le triple médaillé du monde de plongeon. Les titres, il les collectionne, et ce, depuis l’âge de 13 ans. En effet en 1998, il est le plus jeune médaillé des jeux du Commonwealth, ce qui lui vaut une inscription au livre des records Guiness.

À 15 ans, il est le plus jeune représentant de la délégation canadienne aux Jeux olympiques de Sydney. Et surtout, il termine quatrième de la compétition de la plate-forme de 10 mètres. De la graine de champion. En 2004, aux jeux d’Athènes, il monte sur le podium pour la médaille d’argent au tremplin de 3 mètres. Il devient dans le même temps le premier Canadien de l’histoire à être médaillé olympique en plongeon masculin. Rien de moins. Il a 19 ans.

La liste des records, médailles et récompenses est si longue que le jeune sportif pourrait prendre une retraite bien méritée après une carrière exemplaire. Eh bien non, Alexandre Despatie est en lice pour les Jeux olympiques de Londres. À bientôt 27 ans, le jeune plongeur se sent au meilleur de sa forme.

Choisi par Gillette comme athlète canadien sur l’importance de soutenir et d’encadrer les jeunes athlètes canadiens de la campagne «Un bon départ fait toute la différence», Alexandre Despatie a interrompu son entraînement à la piscine du Stade olympique de Montréal pour rencontrer les journalistes.

La poignée de main est franche. Le regard noir, mais direct. Et s’il y a de la détermination, il y a dans l’attitude comme dans sa façon de s’exprimer la force tranquille de celui rompu à la discipline de l’entraînement consacré à l’excellence. Mais transparaît aussi, l’autre Alexandre, réservé, mais dont on devine qu’il aime s’amuser. Le jeune homme qui sait aussi relâcher la pression n’est pas très loin. Il se prête à l’exercice des questions-réponses avec sérieux, mais sans en rajouter. Là est toute la vraie simplicité, la vraie séduction. «Je suis habitué à ces rencontres avec la presse même si en ce moment, toute mon énergie et tout mon temps sont consacrés à la préparation», précise-t-il. Cela demande une discipline et une hygiène de vie particulière ? «Bien sûr, mais je prends du temps pour relaxer les fins de semaine. Je fais très attention, mais j’adore en fin de semaine dîner chez mes parents, ou encore souper avec des amis dans un restaurant. Mais c’est une routine à laquelle je suis habitué depuis des années, car en fait compte tenu du nombre de compétitions, je m’entraîne onze mois sur douze».

Derrière nous, un panneau avec la marque et sur une tablette les produits Gillette. Est-ce donc nécessaire pour un plongeur de se raser le corps comme pour un nageur ou un coureur cycliste? « Non, la friction de l’air sur la peau pour un coureur cycliste ou de l’eau pour un nageur peut faire une différence. En natation, un dixième de seconde peut faire gagner ou faire perdre. Pour les plongeurs ce n’est pas nécessaire. Mais dans l’appréciation par les juges au moment de la notation d’un plongeon, l’esthétique est aussi un critère. Je ne pense qu’un gars qui se présenterait sur le plongeoir avec des poils très longs serait apprécié. Et pour ma part, je suis assez poilu et je n’aime pas tellement cela. Je préfère me raser le corps parce que j’aime cela », avance Despatie.

Pour lui, l’homosexualité n’est pas un problème et donc il ne comprend pas que l’on puisse encore de nos jours se cacher. « Je connais très bien Matthew Mitcham, c’est un ami. J’étais heureux pour lui quand il l’a dit. Nous le savions tous, comme nous le savons pour d’autres plongeurs. Mais, c’est important aussi que le monde le sache, que l’on peut réussir en étant soi-même, tout comme moi en étant hétérosexuel ». Et Alexandre enfonce le clou. « De toute façon, je ne comprends pas qu’en 2012 l’homosexualité puisse être un problème, que des gens encore ne l’acceptent pas. J’ai des amis homosexuels depuis longtemps, aussi bien dans mon entourage sportif qu’à l’extérieur, et ça ne fait aucune différence pour moi. Ce qui est important, c’est que tous les gais puissent être bien dans leur peau».

Et lorsque nous lui disons que pour beaucoup de gais, il est un peu une icône dans le monde sportif, un athlète modèle, le plongeur sourit mi-gêné, mi-flatté. Il sait qu’il ne laisse pas indifférent les gais. « Si cela peut servir à des jeunes gais à faire du sport et à se lancer dans la compétition en sachant qu’ils sont les bienvenus, alors je veux bien être une icône », conclut-il. Plus gay-friendly que cela tu meurs.

En fait, Alexandre Despatie représente bien sa génération qui n’a plus la même appréhension que les générations sportives précédentes face à l’homosexualité. Il est temps pour lui de reprendre l’entraînement. C’est sur un plongeoir où le jeune est le plus à l’aise. Son élément naturel. De nouveau, seul, face au bassin bleu. Et tous les regards d’un public conquis portés sur lui.

 

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Publié le 17 avril 2012

par Denis-Daniel Boullé