MÉLODIE RABATEL

De la pop jazzifiée à saveur pétillante

Julie Vaillancourt
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C’est par un beau jour de printemps montréalais, ensoleillé, mais frisquet, que j’ai rencontré la pétillante Mélodie Rabatel, originaire du sud de la France. À l’intérieur des murs du café Kilo, entre deux gorgées de thé, la musicienne raconte avec fébrilité l’aventure de son premier EP. Discussion sur la musique, la France, le Québec et la communauté LGBT, autour des 4 titres qui composent le premier EP de l’auteure-compositrice-interprète de 28 ans.

1. LA CLÉ DES CHAMPS
«Quand je balade sur les Champs… Me laissant porter par le vent…»



Après une formation de 10 ans en piano classique, Mélodie se consacrera à des études universitaires en Lettres. Elle reviendra au piano par le biais de l’accompagnement et du chant. C’est alors qu’elle découvre sa voix, qui deviendra son principal instrument. En ce sens, elle poursuit ses études à l’École Nationale de musique de Lyon: « un jour, un prof nous propose de monter un théâtre musical, un trio (piano, chant, contrebasse) sur Boris Vian. C’était très ludique, mais ça a marché professionnellement», explique Mélodie. Cette année-là, le trio se présente au Festival d’Avignon, ce qui lance la carrière du spectacle et de la troupe. Les musiciens gagent leur vie avec la musique!

Mais début 2009, Mélodie prend la clé des champs. Elle se laisse emporter par le vent, par l’amour, et quitte sa patrie pour le Québec : «c’est certain qu’en confort matériel j’ai perdu. Mais moi j’ai acquis en aventures. Ça n’a pas de prix. Je ne regrette rien. Peut-être que j’y retournerai, je ne sais pas. Là je suis dans mes années de folies» lance à la blague Mélodie avant d’ajouter que «même si je peux me construire de très belles branches, je ne pourrai jamais me construire de racines».

Si Mélodie a d’abord quitté la France par coup de cœur/tête romantique, «j’étais aussi très curieuse. On me disait que les Québécois étaient très gentils. Et on ne m’avait pas menti». Aussi, musicalement, l’artiste avait envie de découvrir autre chose que «la chanson française», en s’immergeant dans une autre culture : «Au Québec, il y a des métissages : on est plus entre l’Amérique et L’Europe. Aussi, il y a la culture du spectacle, des chanteuses à voix. Il n’y a pas de complexe à chanter. En France, c’est plus introverti à ce niveau-là. Peut-être que collectivement on a plus de force, mais qu’individuellement on est plus introvertis.» Ainsi, ce fut l’appel de l’aventure; nouveaux projets, nouvelle culture qui lient Mélodie à la Belle Province : «au début, je ne pensais pas forcément rester. J’avais dit un an et demi et ça fait deux ans et demi», avoue Mélodie avant de conclure qu’il est facile de se sentir chez soi à Montréal.



2. SOUS MON ÉDREDON
«Mon ami on n’va pas passer toute notre vie comme des marmots à jouer au chat à la souris»


D’emblée, c’est le genre de titre de chanson et de mots qui inspi-rent une question... J’ai donc demandé à Mélodie, avec qui elle joue le jeu du chat et de la souris sous son édredon : «Moi je ne suis pas lesbienne», lance Mélodie. Et, oui, l’homme avec lequel elle est venue à Montréal est quant à lui rentré en France. C’est dit. Cependant, Mélodie a toujours eu des affinités parti-culières avec la communauté LGBT : « je suis très impliquée dans la communauté, je suis membre de l’Ensemble vocal Extravaganza et un de mes musiciens est gai, comme plusieurs personnes que je côtoie », précise Mélodie. D’ailleurs, de par son ouverture d’esprit, Mélodie déplore le fait que l’on divulgue son orientation sexuelle comme une caractéristique identitaire, alors que cela devrait être «banal» dans nos sociétés, «mais bon, c’est normal, car plus tu es opprimé, moins tu es reconnu et plus tu as besoin de l’affirmer. Mais c’est déplorable, car l’homosexualité devrait être banale comme le fait de dormir à gauche ou à droite du lit…»


3. DANAÉ (la sirène)
«Fredonnant de sa voix claire…»


Si la petite sirène Ariel envoute par sa voix, tel le fait Mélodie avec ses textes et ses mélodies. Comme elle l’explique, «tout le positif d’être auteure-compositrice-interprète c’est que lorsque les gens viennent te voir, ils viennent te voir toi, ton univers, tu en es le centre. Le négatif c’est que tu portes ton projet et c’est parfois lourd pour les épau-les. Le stress est décuplé». Mélodie aura la chance de croiser des musiciens de talents, à priori son batteur : «10 jours après mon arrivée à Montréal, j’ai rencontré mon batteur, qui est maintenant mon meilleur ami et qui est gai!» précise Mélodie, tout en discutant de ses autres rencontres artistiques avec son bassiste et son nouveau saxophoniste. La réalisation de l’album fut assumée par André Papanicolaou, en mettant de l’avant la couleur recherchée par Mélodie: «je voulais que l’album sonne plus pop que ce que je fais sur scène, plus jazzé». Mélodie définit sa musique comme «de la pop jazzifiée, pour divertir au sens noble», en citant des influences, dont Rachmaninov, Brel, Ferré, Barbara, Camille, Ariane Moffatt et les chanteuses aux timbres particuliers, Alanis Morissette et Dolores du groupe The Cranberries.




4. SI SEULEMENT
«Si… seulement. Si la lune était moins haute…»


Lorsque l’on questionne Mélodie Rabatel sur son processus de création, elle s’explique : «je suis un peu laborieuse dans l’écriture de chansons. Ça ne coule pas de source. J’ai mille idées et on dirait que je ne sais pas par où commencer. Je n’ai pas assez de discipline et de rigueur. Lorsque tu es sociable comme moi, il y a toujours mille choses qui te détournent de la création! Il y a des gens qui sont des artisans de la chanson; tous les jours ils travaillent leurs textes, c’est super! Moi je ne le fais pas, mais il le faudrait», affirme la sympathique musicienne. «Dans quelques mois, si je n’arrive pas à avoir la production que je veux, je vais me faire une retraite de 4 mois, en Asie, sur une plage! J’amène ma guitare, un petit clavier, c’est tout! Sans internet, ni Facebook et pas de téléphone. Ça va être parfait! Je veux trop faire ça un jour! Quand je reviendrai, j’aurai douze chansons!»


Pour plus d’informations sur Mélodie Rabatel et pour vous procurer son album, visitez son site web : www.melodierabatel.com et la page de l’artiste sur Facebook.


 

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Publié le 17 avril 2012

par Julie Vaillancourt