l’aide aux trans

Danielle Chénier - CHanger le regard que l’on porte sur les trans

Denis-Daniel Boullé
Commentaires

Un vendredi après-midi dans le nouveau quartier près du métro Rosemont, un petit café qui vient d’ouvrir. Danielle arrive à l’heure. Et si elle est prête à parler d’elle, nous commençons à parler de la journée trans du mois de mai et de ce qui se passera.

Nous abordons aussi l’exposition Trans Egeria, une expo photo puis la discussion glisse autour de ce que l’on peut montrer ou ne pas montrer dans une exposition. Trans Egeria est l’œuvre d’un curateur qui a approché des photographes, ces photos peuvent choquer ou tout du moins réduire les trans à des exhibitionnistes. Est-ce que cela pourrait servir ou desservir la sensibilisation auprès d’un public plus large. Une refonte de l’exposition a été faite pour qu’elle corresponde mieux au Québec et à la mission de l’ATQ. On oublierait presque que nous ne sommes pas là pour parler argent, financement, relation avec les autres groupes communautaires et de la difficulté d’instaurer une solidarité réelle et désintéressée, du style : «on veut bien nous aider mais qu’est-ce que cela nous rapporte?».

Nous reprenons un deuxième expresso. Impossible de parler de son engagement, de sa transition, sans évoquer l’ATQ. «Quand je suis arrivée à Montréal à 18 ans, je me posais beaucoup de questions sur qui j’étais. J’ai rencontré des transsexuelles et en les fréquentant, j’ai obtenu des réponses à mes questions et j’ai commencé à rencontrer les personnes de l’ATQ. C’est avec leur soutien, leur accompagnement que j’ai commencé ma transition». Une nouvelle famille pour Danielle Chénier. Elle qui a grandi dans une famille qu’on appellerait aujourd’hui recomposée, a connu très tôt le rejet, la discrimination en raison de son physique et de son comportement qui ne correspondait à l’image du petit garçon puis de l’adolescent dans laquelle on mettait tous les espoirs. « Le plus dur, c’est d’être rejeté alors qu’à l’époque, je ne comprenais pas ce rejet. Je ne savais pas ce qui en moi faisait naître autant de rejet de mes pairs », avance Danielle. «Je viens d’une famille très religieuse, donc très conservatrice. Je n’ai aucune relation avec mes demi-frères et mes demi-sœurs. Cependant, mes parents et un oncle ont été proches de moi-même s’ils ne comprenaient pas trop».

Pour des raisons économiques, les parents de Danielle quitte la région de Valleyfield pour les Laurentides. Mais à la fin du secondaire, il ne fait aucun doute pour Danielle qu’elle doit s’installer à Montréal, se rapprocher et s’entourer de monde qui ne la jugera pas. «À 19 ans, je parti-cipe à ma première gay pride. J’avais une apparence très androgyne, et j’avais compris déjà que cela dérangeait mon entourage. À Montréal, j’ai rencontré des personnes que cela ne dérangeait pas. Et à l’âge de 20 ans, j’ai commencé la transition, avec le soutien de mon entourage, de l’ATQ, et de Marie Marcelle (La fondatrice de l’ATQ)».

Augmentation mammaire, s’habiller et se présenter tout le temps comme femme, Danielle Chénier peut enfin être celle qu’elle a toujours voulu être. Aujourd’hui a trente-quatre ans, Danielle continue de croire à la nécessité d’apporter un soutien et de l’aide pour les jeunes qui ressentent un conflit entre leur sexe biologique et leur identité de genre. «Je viens d’une famille où malgré l’incompréhension parfois, mes parents avaient le cœur sur la main. Pour moi, c’est naturel d’être engagé dans tout ce qui touche aux transsexuel-le-s».

Puis la conversation retourne aux enjeux actuels de la communauté trans. La difficulté pour les trans qui demandent un passeport quand il n’y a pas eu changement du sexe sur leur papier. Leur apparence ne correspondant à leur sexe officiel, ils et elles pourraient être de dangereux terroristes. Aux exigences parfois excessives de la part de l’état civil pour que le changement de sexe soit enfin reconnu et la préparation de la journée de la fierté trans dont Danielle Chénier a la charge. Celle qui a été longtemps la présidente de l’ATQ prend à cœur ses nouvelles fonctions d’archiviste de l’organisme. Tout comme lui tient à cœur
l’exposition de photos Trans Egeria qui rend hommage à des trans qui ont marqué leur époque, dont des trans du Québec. Danielle Chénier souhaite que l’exposition attire le plus de monde possible et aide à changer le regard que l’on porte sur cette catégorie de la population.

ATQ, www.atq1980.org Ligne d'écoute: 514-254-9038

 

  Envoyer cet article

l’aide aux trans

Danielle Chénier - CHanger le regard que l’on porte sur les trans

Nous abordons aussi l’exposition Trans Egeria, une expo photo puis la discussion glisse autour de ce (...)

Publié le 17 avril 2012

par Denis-Daniel Boullé