Les réalités trans

Quand on devient parent trans

Denis-Daniel Boullé
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Si certains et certaines trans ont eu des enfants dans des relations antérieures à leur changement, d’autres souhaitent, une fois la réassignation faite, avoir des enfants. Et si la première situation semble acceptée, la seconde relève d’un parcours difficile, puisqu’il implique souvent de la procréation assistée.

Impossible alors de ne pas se confronter aux résistances de l’administration, du monde médical, de la société en général. La photo de cet Américain qui porte un enfant (en fait, une femme devenue homme) a fait le tour du monde, soulevant aussi bien de la réprobation et de l’amusement que de l’approbation. Pour la première fois, à Montréal, une conférence tentait récemment de cerner les différents enjeux de la transparenta-lité en se fondant sur l’expérience de parents trans ou futurs parents trans.

Organisée par la coalition des familles homoparentales, la conférence tenait à mettre en lumière les problématiques auxquelles sont confrontées les familles transparentales, comme l’explication donnée aux enfants sur le changement d’identité sexuelle d’un de leur parent ou encore l’opinion de la société, qui découvre ces nouvelles réalités familiales. Ont été invités à témoigner Tylan Jarret, un intervenant à l’Université McGill qui s'occupe d'une fille dont les deux parents sont trans, et Marie-Ève Baron, mère de deux petites filles qu’elle a eues en tant qu’homme et qui envisage aujourd’hui d’avoir un autre enfant avec sa conjointe actuelle. Avoir un enfant lorsque l’on est trans devient un projet de vie où, de la conception ou de l'adoption jusqu’à l’éducation, les embûches peuvent être nombreuses. Cependant, tous les conférenciers se sont accordés pour dire que les enfants en bas âge étaient les moins troublés par cette réalité, en comparaison avec les adolescents ou encore avec la famille proche. Si les études sur le développement de l’enfant dans les familles transparentales sont rares, comme l’a souligné la psychologue Françoise Susset, il existe assez de cas qui démontrent que ce type d'environnement a peu d’impact sur la santé mentale des enfants. Françoise Susset travaille d'ailleurs sur une thèse à propos des enfants qui présentent des ambiguïtés de genre et de la façon dont ils sont perçus par la société.

Éducateur, écrivain, militant très engagé pour les droits des LGBT et avant tout père trans, J. Wallace a conseillé aux trans d'envisager toutes les possibilités pour réaliser leur projet de famille. Il a suggéré, par exemple, aux hommes de faire congeler leur sperme avant la réassignation sexuelle et aux femmes de se faire prélever des ovules, qu'elles pourront ensuite utiliser par le biais de mères porteuses. Ce procédé permet de contourner des critères imposés par certaines législations qui imposent à la personne qui change de sexe d’être stérilisée. Actuellement, la procréation assistée permet de redéfinir le cadre dans lequel un enfant peut être conçu et ouvre d’autres options trop souvent réservées aux couples hétérosexuels dont un des deux partenaires est stérile. Mais si la science permet cette ouverture, le législateur, tout comme le corps médical, ne voit pas toujours d’un très bon œil ces glissements qui s’opèrent dans le repérage identitaire. Comme l'a rappelé Françoise Susset, nous avons une conception binaire extrêmement rigide (homme/femme, hétéro/homo) définie essentiellement par les caractères sexuels secondaires (les organes génitaux) qui impose socialement cette dichotomie, alors que l’identité de genre et l’orientation sexuelle seraient plus fluctuantes que cela en chacun de nous. Ainsi, les opposants au mariage entre personnes de même sexe veulent maintenir les catégories homme et femme pour le bon développement des enfants, même s’il n’y a aucun fondement scientifique qui soutient cette théorie, sinon la tradition.

 

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Publié le 17 avril 2012

par Denis-Daniel Boullé